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Cette bombe démographique passée inaperçue et qui se cache pourtant au coeur de notre perception de la démographie française
©SAJJAD QAYYUM / AFP

Natalité et espérance de vie

Cette bombe démographique passée inaperçue et qui se cache pourtant au coeur de notre perception de la démographie française

Le retour des idées néo-malthusiennes, très populaires dans les années 1980 est loin de faire son grand retour sur la scène internationale. Il serait difficile de parler de contrôle des natalités aux pays occidentaux qui se demandent comment ils vont faire pour payer les retraites.

Atlantico : Suite à la publication d'un "cri d'alarme pour la planète" soutenu par 15 000 scientifiques, la question de la décroissance démographique, par le biais d'une pression à la baisse de la natalité a pu être évoquée. En quoi une telle perspective, pour l'occident, pourrait-elle aboutir à son propre effacement ? 

Laurent Chalard : La question du surpeuplement de la planète a occupé le devant de la scène internationale entre les années 1960 et les années 1980, du fait d’une croissance démographique mondiale, qui semblait alors exponentielle et paraissait consécutivement beaucoup trop rapide par rapport aux perspectives envisagées de progression des ressources alimentaires de la Terre. C’est l’époque du triomphe des idées néo-malthusiennes, avec l’ouvrage catastrophiste de Paul R. Ehrlich paru en 1968, intitulé la bombe démographique (The Population Bomb en anglais), qui prédisait la famine de masse pour les années 1980. Dans ce contexte, une politique malthusienne de limitation des naissances fut prônée par les organismes internationaux et largement suivie par les pays pauvres (par exemple, la politique de l’enfant unique en Chine). 

Cependant, dans les décennies suivantes, la situation va évoluer. D’un côté, sur le plan alimentaire, la Révolution Verte des années 1970-80 dans les pays du Tiers-Monde conduisit à une très forte augmentation des rendements agricoles, grâce à une meilleure rationalisation de la production, à la mécanisation et à l’apport des engrais. D’un autre côté, sur le plan démographique, une forte décélération de la croissance de la population est constatée dans les années 1980-2000, consécutive d’une diminution quasi généralisée de la natalité. Ces deux évolutions ont contribué à revoir respectivement à la hausse, les ressources alimentaires mobilisables à l’échelle de la planète, et fortement à la baisse, les projections démographiques, éloignant le spectre du surpeuplement, qui va disparaître progressivement des grands enjeux du débat public international. Au début des années 2000, Malthus semblait définitivement échec et mat !

Néanmoins, les choses ont changé ces dernières années. L’émergence d’un nouveau catastrophisme, climatique cette fois-ci, fait ressurgir la peur du surpeuplement, puisque l’augmentation du nombre d’êtres humains est un des facteurs potentiels du réchauffement d’origine anthropique de la planète, dans un contexte de poursuite annoncée de la croissance démographique mondiale dans les prochaines décennies, du fait des effets de vitesse acquise (de jeunes générations pléthoriques alors que les générations âgées demeurent encore relativement peu nombreuses en-dehors des pays occidentaux) et de la progression de l’espérance de vie. 

En conséquence, certains écologistes prônent, de nouveau, l’adoption d’une politique néo-malthusienne, reposant sur une baisse drastique de la natalité partout dans le monde. Or, cette prise de position est problématique, car, en 2017, de nombreux pays, dont la quasi-totalité de ceux occidentaux, mais aussi des Etats d’Asie Orientale, connaissent une dénatalité importante, qui est éventuellement susceptible de menacer leur niveau de développement économique, leur posant des problèmes pour le financement des retraites ou leurs besoins de main d’œuvre... Donc, ce n’est pas en adoptant une idéologie néo-malthusienne en Occident que l’on va pouvoir faire remonter les niveaux de fécondité dans ces pays à des niveaux plus soutenables, c’est-à-dire proches du seuil de remplacement des générations.  

Cette tentation d'un déclin démographique par le biais de la natalité est elle simplement réaliste ? Comment comprendre ces dynamiques ? 

Au premier abord, agir par l’intermédiaire d’une baisse de la natalité pour limiter la croissance démographique planétaire relève du bon sens, en particulier dans les pays où la natalité apparaît encore trop importante (c’est-à-dire essentiellement en Afrique subsaharienne en 2017). Cependant, cette action ne serait pas suffisante pour atteindre l’objectif de réduction du nombre d’êtres humains, car les promoteurs de cette politique oublient un facteur essentiel, qui rend inéluctable, sauf catastrophe planétaire, la poursuite de la croissance démographique. 

En effet, le nombre d’êtres humains augmente de plus en plus pour une raison différente, qui est, tout simplement, la hausse continue de l’espérance de vie (une bonne chose, il convient de le rappeler !), conduisant à faire vivre en même temps sur la Terre de plus en plus de générations. Pour résumer, dans le schéma ancien, une espérance de vie de 25 ans, la planète était peuplée d’une génération de 25 ans. Dans le schéma actuel, une espérance de vie de 75 ans, cela signifie que la terre est peuplée de trois générations de 25 ans, donc nous avons trois fois plus de personnes vivant en même temps uniquement du fait du facteur âge. Or, l’espérance de vie devrait continuer de croître, assurant le maintien d’une croissance démographique mondiale, sauf effondrement de la fécondité planétaire à des niveaux inédits (par exemple, si l’ensemble des terriens adoptaient la fécondité actuelle de la Corée du Sud). D’ailleurs, pour montrer l’influence de ce facteur, les révisions à la hausse des projections de population de l’Afrique subsaharienne sont essentiellement dues à la régression de l’épidémie du SIDA, qui a permis à des pays de (re)gagner en quelques années plusieurs dizaines d’années d’espérance de vie (et donc autant d’habitants futurs) !

A plus long terme, que peut on anticiper des tels enjeux ? Entre une problématique en ciseau, entre progression démographique et limites des ressources ? 

A plus long terme, les perspectives de stabilisation démographique mondiale, qui constituent une sorte d’idéal à atteindre pour certains démographes qui « croient » en la main invisible de la théorie de la transition démographique, apparaissent peu crédibles, dans le sens qu’il n’y a aucune raison qu’un équilibre naturel s’installe, même si les actions conjuguées des pouvoirs publics peuvent tendre à essayer de s’en rapprocher. Dans les faits, deux scénarios d’évolution de la population mondiale sont envisageables pour les prochains siècles. 

Le premier scénario, guère souhaitable mais envisageable, est celui de l’effondrement démographique, faisant suite à l’explosion. L’humanité fatiguée de vivre, n’enfantant plus, pour des raisons principalement psychologiques, mais aussi biologiques (par exemple, une moindre qualité du sperme du fait des pollutions chimiques), finissant par disparaître pour cette raison. La fécondité mondiale passerait largement sous le seuil de remplacement des générations, sans arriver jamais à se redresser. La population diminuerait inexorablement.

Le second scénario, plus crédible à défaut d’être forcément souhaitable, est la poursuite d’une croissance démographique, plus ou moins soutenue, qui conduira tôt au tard, l’humanité à pousser les ressources terrestres jusqu’à ses limites, et l’obligera donc à partir coloniser d’autres planètes. Ce scénario, qui relève de la Science-Fiction aujourd’hui, n’en apparaît pas moins crédible à long terme, d’autant que, comme le martèle l’astrophysicien britannique Stephen Hawking, si l’humanité veut perdurer un certain temps à l’échelle cosmologique, elle sera obligée de quitter la planète Terre, aux ressources limitées et qui sera menacée par des cataclysmes destructeurs, risquant de mettre en péril la vie humaine sur notre planète. 

Finalement, la question de la croissance démographique planétaire relève essentiellement d’une question philosophique : l’humanité a-t-elle vocation à ne jamais quitter son berceau, et donc à péricliter, ou a-t-elle vocation à s’étendre, ce qui ne peut que passer à terme par la conquête de l’espace pour exploiter de nouvelles ressources ailleurs dans l’univers ?

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