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Les services secrets français auraient joué un rôle dans la divulgation de l'affaire Cahuzac selon "L'Hebdo".
Les services secrets français auraient joué un rôle dans la divulgation de l'affaire Cahuzac selon "L'Hebdo".
©Reuters

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Ces raisons qui auraient pu pousser l'armée française à vouloir se débarrasser de Jérôme Cahuzac

Des informations révélées par "L'Hebdo" mettent en cause les services secrets français dans la divulgation de l'affaire Cahuzac. Un "coup" qui aurait été dicté par la volonté de faire tomber le ministre du Budget alors que ce dernier préconisait des coupes massives dans le budget de la Défense.

Se mêler de trop près des affaires de l'armée française peut-il coûter cher politiquement ? C'est en tout cas ce que sous-entend la dernière édition du magazine suisse l'Hebdo. Des "sources sécuritaires" dont plusieurs membres de la Commission de Défense de l'Assemblée nationale ont ainsi affirmé à la rédaction romande que les services secrets français auraient provoqués la chute de Jérôme Cahuzac en transmettant les informations sur son compte suisse à la presse.

Bien qu'aucune preuve formelle n'ait été avancée, ces mêmes sources évoquent une suite logique d'évènements qui auraient empoisonné les relations entre Bercy et l'hôtel de Brienne autour de la question du budget de l'armée. Sans se prononcer sur la véracité de cette histoire d'alcôve, il n'en reste pas moins que les deux ministères sont effectivement bien en froid depuis plusieurs mois sur la question...

L'origine de la dispute remonterait à novembre dernier, date de la présentation du projet de budget de la Défense pour 2013 à l'Assemblée nationale. Jean-Yves Le Drian est alors sommé, au nom de la "stabilisation des ressources", de prévoir des économies dans son ministère avant la parution du Livre blanc pour l'année suivante. D'après Etienne de Durand, expert de défense à l'IFRI interrogé par Atlantico, deux options étaient alors sur la table :  "Il y a un premier seuil, proche du budget actuel, en deçà duquel les ambitions françaises devront être temporairement revues à la baisse, notamment parce que des commandes d’équipements devront être étalées et que notre budget d’intervention extérieure sera moindre. Il y a ensuite un deuxième seuil, plus grave s’il est atteint, en deçà duquel un déclassement stratégique serait en effet « irréversible ». Le risque serait alors que la France devienne une sorte de « Hongrie avec la Bombe »."

Cette perspective d'une forte baisse budgétaire fait rapidement réagir les milieux militaires inquiétés par des coupes sauvages. Edouard Guillaud, chef d’État-major des armées, met ainsi en garde les députés contre les "impacts stratégiques, opérationnels et industriels irréversibles" d'une telle décision.

La grogne des hauts-gradés prendra une nouvelle ampleur à partir du mois de mars alors que Bercy vient de préciser deux scénarios budgétaires pour l'armée. Le premier, baptisé hypothèse Y, prévoit des coupes nettes bien qu'équilibrés dans tous les secteurs, tandis que le deuxième (hypothèse Z) avance des solutions radicales comme la vente du Charles de Gaulle, la suppression de 30 régiments ou encore l'arrêt des chaînes de production du Rafale. Qualifiée "d'apocalypse budgétaire" par Jean Guisnel, journaliste au Point, cette option vertement défendue par Jérôme Cahuzac est considérée par la plupart des militaires comme un suicide géopolitique pour la France. De nouveau contacté par Atlantico, Etienne de Durand confirme le caractère peu consensuel de la mesure :

"L’hypothèse Z n’est même pas un modèle, ce serait plutôt "Z comme zéro". C’est une optique dans laquelle le gouvernement massacre complètement son armée pour porter peu à peu le budget annuel de 32 à 20 milliards d’euros constants 2012 - c’est-à-dire un déclassement total. Il n’y a aucun précédent historique à une telle coupe dans le budget de la Défense si ce n’est l’armée de Vichy postérieure à la défaite de 1940 [...] Si la situation ne semble pas dangereuse actuellement, elle le deviendra peut-être or nous ne pouvons pas "couper dans le gras" car il n’y a plus de gras, il n’y a même plus de chair. Il n’y a plus que les membres que nous pouvons encore trancher et c’est ce qui risque de se passer. Les équipements actuels, qui ont souvent 20, 30 et parfois 40 ans vont finir par tomber en ruine et comme nous n’aurons pas payé pour les remplacer, il ne restera plus rien."


Jean-Yves Le Drian, après plusieurs échanges musclés avec Bercy, finira par remporter une demi-victoire le 20 mars en annonçant devant l'Assemblée nationale que la discussion sur la loi de programmation militaire, prévue pour cet été, était finalement repoussée à l'automne 2013. Un débat auquel l'ex-ministre du Budget n'aura plus la chance de participer depuis sa démission le 19 mars....

S'il est impossible de confirmer l'affaire, il est clair que l'Hotel de Brienne devra désormais avoir la négociation plus facile avec Bernard Cazeneuve, nouveau ministre en charge du Budget issue de la région de Cherbourg, connue pour son important complexe militaro-industriel. Quoiqu'il arrive, ce dernier devra visiblement se montrer prudent, alors que l'une des sources de l'Hebdo affirme que "d'autres ministres pourraient suivre si Hollande continue sur cette voie".

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