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Les classes moyennes ont le sentiment d'une dégradation de leur niveau de vie.
Les classes moyennes ont le sentiment d'une dégradation de leur niveau de vie.
©Reuters

C'était mieux avant

Ces indicateurs qui montrent que les classes moyennes vivent moins bien aujourd’hui qu’hier

Les classes moyennes ont le sentiment d'une dégradation de leur niveau de vie. Pourtant, il n'existe pas d'indicateurs précis pour mesurer cela, la notion de "classe moyenne" étant particulièrement floue. Cependant, plusieurs signes ne trompent pas et démontrent le lent déclin de la qualité de vie des revenus intermédiaires.

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico : Quels sont les principaux indicateurs qui peuvent laisser sérieusement penser que les classes moyennes vivent aujourd'hui nettement moins bien qu'avant la crise, et a fortiori qu'il y a une dizaine d'années ?

Philippe Crevel : Même s'il n'y a pas d'indicateur précis qui annonce clairement une baisse du niveau de vie, d'autres ne laissent aucun doute. 
  •  L'évolution des salaires : si le SMIC a augmenté plus vite ces dix dernières années que le salaire moyen, en revanche les salaires dans le milieu de la hiérarchie salariale ont moins progressé. Les salaires des classes moyennes ont donc tout simplement augmenté moins rapidement, voire ont stagné.
  • La fiscalité : les classes moyennes, qui ne peuvent pas optimiser fiscalement en travaillant sur toutes les niches fiscales ou l'immobilier, sans même parler d'expatraition, ont subi de plein fouet la hausse de l'impôt sur le revenu, la fiscalité sur l'épargne, les impôts locaux et – comme tout le monde – l'augmentation de la TVA
  • La restriction des prestations sociales : c'est vrai bien sûr pour les prestations familiales, auxquelles on peut ajouter la réduction des avantages familiaux dans le domaine fiscal. Les classes moyennes ont été les premières concernées.
  • La revalorisation de l'immobilier : les classes moyennes ont été le plus direment touchées, d'autant plus que le logement social – qui peut atténuer en partie les effets de ces hausses –, ne bénéficient pas aux classes moyennes. Ces dernières se sont retrouvées acculées soit à payer plus cher pour leur logement, soit à se déplacer en banlieue plus lointaine.  

Les classes moyennes représentent des niveaux de revenus pour le moins divers, y a-t-il, à l'intérieur de ce groupe disparate, des niveaux de revenus plus touchés ou épargnés que d'autres ?

La partie la plus concernée est celle qui se trouve à la marge des revenus les plus modestes, c'est à dire approximativement le deuxième quintile. Ils ne peuvent plus bénéficier de prestations sociales importantes, ils subissent les impôts sur le revenu de plein fouet. Cette population s'est donc retrouvée vraiment fragilisée, dans le sens où elle se trouve avec des revenus relativement modestes et est exclue du système d'assistance sociale. Cette zone défavorisée représente pour un couple, avec un ou deux enfants, autour de 3000 euros de revenus mensuels. C'est une concomitance de la hausse des prélèvements, des dépenses "pré-contraintes" et d'une stagnation relative des revenus qui génèrent cela. Et, en se combinant, elles amènent le pouvoir d'achat des Français mesuré en unité de consommation. 

Quelles sont les principales dépenses de "loisirs" (issues du moins du revenu restant après les dépenses contraintes) qui souffrent de ce tassement du pouvoir d'achat ? 

L'alimentation étant une dépense assez peu flexible, ce sont les loisirs, et notamment les dépenses pour les vacances, qui en ont souffert. Deux phénomènes viennent particulièrement mettre cela en valeur. 

Primo,en 2014 les Français ont moins consommé de nuits d'hôtel, privilégiant l'hébergement dans la famille, le camping, ou les sorties de proximité. Et on voit bien que des nouvelles pratiques décrites comme "à la mode", comme les plateformes de location de logements de particuliers, type "Air B'n'B", sont les conséquences d'une stagnation des revenus. Idem pour les transports avec le covoiturage.  

Secundo, le vieillissement du parc automobile. Les Français, année après année, reportent leur investissments dans une voiture. On est aujourd'hui à plus de neuf ans, et notre parc auto a pris en moyenne deux ans d'ancienneté depuis la crise. Il y a évidemment une conséquence visible et avérée de la stagnation du pouvoir d'achat. 

Comment se situe la classe moyenne par rapport aux autres couches de la population ? Souvent décrite comme celle qui supporte la plupart des efforts fiscaux et la hausse des dépenses contraintes, cette interprétation est-elle réelle ou un peu abusive ?

La classe moyenne est par définition très large, allant du seuil de 20% pour les moins riches à 90% pour les plus riches. Des catégories très différentes se trouvent mélangées : ce n'est évidemment pas la même chose d'avoir 3000 euros de revenus en habitant dans une petite ville de province et en étant propriétaire de son logement, que d'avoir 3000 euros en étant locataire en région parisienne. Et comme la classe moyenne est importante en nombre, elle représente la plus grande réserve pour l'effort fiscal. On ne peut pas s'expatrier et optimiser sa situation fiscale quant on est salarié, locataire avec deux enfants. Les marges de manoeuvre sont faibles, et la classe moyenne se retrouve dans une situation de "punching ball" où elle  prend tous les coups. Et je pense, d'ailleurs, que le sentiment de pouvoir d'achat rabaissé est encore plus fort que la réalité. Tous les abonnements divers, les assurances et les remboursements de crédits divers ont énormément augmenté dans les années 2000. Tout allait bien tant que les revenus augmentaient. A partir du moment où ils stagnent, on a le sentiment de ne plus pouvoir faire face et de se sentir étranglé. Surtout si dans le même moment les impôts augmentent et que certains donennt l'impression de pouvoir y échapper...

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