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©JIM WATSON / AFP

Survie économique

Ce que nous apprend le top 100 des entreprises mondiales ayant le plus bénéficié de la crise du Coronavirus

Le journal économique britannique Financial Times a publié un classement des 100 entreprises ayant le mieux résisté à la crise du coronavirus. Quelles sont les grandes "gagnantes" de cette pandémie ? Vont-elles le rester durablement ? Quelles sont les surprises de cette liste ?

Pierre  Bentata

Pierre Bentata

Pierre Bentata, Fondateur de Rinzen, cabinet de conseil en économie, il enseigne également à l'ESC Troyes et intervient régulièrement dans la presse économique.

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Atlantico.fr : Quelles sont les entreprises qui sortent grandes vainqueures de cette pandémie ? 

Pierre Bentata : La liste du Financial Times confirme un invariant sociologique: deux grands principes motivent les hommes: la santé et le divertissement. On disait autrefois "le pain et les jeux"; l'adage n'a pas véritablement changé, si ce n'est que, la prospérité aidant, on craint moins de manquer de nourriture que de médicaments. Aussi, en période de crise, on se tourne vers des entreprises satisfaisant l'un ou l'autre de ces besoins essentiels.

Parallèlement, la moitié de la population mondiale a été confinée au cours des derniers mois, ce qui a eu pour effet de favoriser les services virtuels, aussi bien pour les activités professionnels que pour se divertir.

La conjonction de ces deux phénomènes explique le poids des entreprises numériques et pharmaceutiques dans le classement. Parmi les 18 entreprises ayant le plus bénéficié de la situation, 17 proposent des services en ligne. Le e-commerce est largement représenté (Amazon, Pinduoduo, Metiuan Dianping, Shopify, JD.com), tout comme les services de communication (Microsoft, T-Mobile, Apple), de sécurité en ligne (DocuSign, PayPal). Mais évidemment, les grands gagnants du numérique, grands gagnants parmi les grands gagnants sont les entreprises de divertissement, qu'il s'agisse des réseaux sociaux (Facebook), des plateformes médias (YouTube, Netflix) ou des plateformes de jeux (Tencent, Nvidia puis plus loin dans le classement, Acitivision Blizzard ou Flutter, site de paris en ligne).

Plus bas dans le classement, on retrouve un grand nombre d'entreprises pharmaceutiques, du Big Pharma, Abbvie, Roche, ELi Lilly, Gilead et des noms moins connus du public, Moderna, Chugai Pharmaceuticals. Toutes ces entreprises ont bénéficié de la crise parce qu'elles développement de nouveaux produits ou repositionnent d'anciens traitements afin d'apporter des solutions à la covid-19. 

A côté de ces deux secteurs, quelques géants de l'alimentaires ont surnagé, en raison de la peur de manquer de nourriture et de la surconsommation qui en a résulté (Nestlé, Unilever). 

Quelles sont les surprises de cette liste ?

Globalement, la liste n'est pas très surprenante: les géants du numériques et du pharmaceutique sont très largement majoritaires et cela se comprend parfaitement. Certains pourraient le déplorer, mais d'un point de vue économique, le fait qu'une crise sanitaire doublée d'un confinement, pousse la population a consommer davantage de divertissement en ligne et les investisseurs à parier sur une croissance du secteur pharmaceutique n'est pas très surprenant. 

De même, qu'en temps de crise, les producteurs de biens inférieurs - de première nécessité - aient le vent en poupe est une évidence. 

Pour autant, on peut être surpris de l'absence d'un secteur en particulier: celui de la sécurité physique. En période de crise, la peur du chaos pousse souvent particuliers et entreprises vers les entreprises de sécurité, de gardiennage ainsi que, lorsque c'est autorisé, vers les armuriers. Or, ceux-là sont absents de la liste. Bien qu'on ne puisse en tirer de conclusions définitives, cette absence est sans doute assez rassurante.

Pour autant, la présence de deux entreprises spécialisées dans l'extraction d'or laisse penser qu'à la crainte d'un chaos social s'est substitué celle d'un effondrement des institutions économiques traditionnelles, à commencer par les monnaies ayant cours légal. Aussi, il faut relativiser cette relative sérénité de la population et des investisseurs.

Enfin, ce qui n'a rien de surprenant mais devrait tout de même nous alerter, nous Français ou Européens, c'est la quasi-absence d'entreprises européennes. Côté numérique, toutes les places sont trustées par les Etats-Unis ou, dans une moindre mesure, la Chine; ce qui confirme deux choses: l'Europe est la grande perdante de cette crise qui révèle notre dépendance absolue à l'égard des GAFAM et autres BATX. Mais peut-être plus étonnant pour ceux qui se laisse convaincre par le discours ambiant: les Etats-Unis restent, et de loin, la grande puissance économique, et particulièrement dans le domaine du numérique. 

Ces grandes gagnantes de la pandémie de coronavirus vont-elles le rester durablement ?

Il est impossible de faire ce genre de prévisions. Pour autant, on peut se risquer à certaines projections car le classement confirme certaines tendances lourdes.

Concernant les entreprises du numérique, le développement du télétravail, des solutions de communications virtuelles ainsi que l'essor du e-commerce ne marquent pas une rupture mais une accélération des mutations de l'activité. On peut donc prévoir que leur poids ne déclinera pas dans les années à venir. Amazon, Apple, Google, Microsoft vont conserver leur influence et même l'accroître; tout comme certains réseaux sociaux, même s'il est difficile de savoir lesquels finiront par l'emporter sur les autres.

Concernant le secteur pharmaceutique, les choses sont différentes: elles sont en course pour fournir un vaccin ou un traitement à la maladie, et sont aussi en concurrence pour développer des thérapies innovantes de rupture. Or, dans cette configuration, il y a souvent peu de gagnants et beaucoup de perdants. Autrement dit, s'il est presque certain que le secteur pharmaceutique croîtra dans les années à venir, la composition du secteur et les parts de marchés de chaque entreprise en son sein sont beaucoup plus incertaines. 

Enfin, certaines entreprises ne sont présentes dans la liste qu'en raison du rôle véritablement ponctuel qu'elles ont joué au cours de la crise: Hermès a simplement bénéficié d'une panique des clients chinois qui se sont rués sur ses produits par peur d'une fermeture; Nestlé et Unilever ont bénéficié du confinement et de la peur d'une pénurie alimentaire; et certains distributeurs d'électroménagers ont seulement profité d'un effet de redistribution et de réallocation d'une épargne forcée. Pour ceux-là, les gains supplémentaires marqueront simplement un événement particuliers, mais n'ont pas de raison de se poursuivre à moyen et long termes. 

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