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Le père et la fille Le Pen
Le père et la fille Le Pen
©REUTERS/Jean-Paul Pelissier

Héritage

Ce que le FN de Marine le Pen doit à Jean-Marie

Si le parti frontiste de Marine Le Pen marque une rupture avec la version qu'en proposait son père, il n'en est pas moins l'héritier.

Valérie  Igounet

Valérie Igounet

Valérie Igounet est historienne, chercheuse associée à l'Institut d'histoire du temps présent (CNRS). Valérie Igounet est l’auteure d’Histoire du Front national. Le parti, les hommes, les idées (éditions du Seuil, 2014) et anime le blog francetvinfo "Derrière le Front. Histoire, analyses et décodages du FN".

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Atlantico : Dans votre livre, "Le Front national de 1972 à nos jours, le parti, les hommes, les idées", paru aux éditions du Seuil, vous expliquez que la matrice du Front national est un groupe fasciste, adjectif encore utilisé aujourd'hui pour décrire le parti de Marine Le Pen. Mais en quoi est-ce une erreur  de continuer à qualifier le parti de la sorte ?

Valérie Igounet : Lorsque l'on parle du Front national en 1972, on parle notamment d'Ordre nouveau  à l'origine du FN, un groupuscule qui se réfère ouvertement à certaines valeurs du fascisme. Ce n'est plus le cas du Front national aujourd'hui'. En revanche, le Front national est sans aucun doute un parti d'extrême droite. Au vu du contexte sociétal et historique actuels, certaines anciennes revendications n'ont plus de réalité. Les valeurs de l'extrême droite aujourd'hui sont dans l'air du temps : la laïcité, l'islamophobie. Ordre nouveau se basait, entre autres, sur un racisme outrageux.  

 

 

 
Il est aujourd'hui très facile de qualifier le Front national de fasciste mais il s'agit d'une contre-vérité historique. Ce que l'on va appeler la diabolisation du Front national est inopérant. Cela renvoie à une espèce de bête immonde. La diabolisation ne fonctionne pas et le fascisme ne correspond plus à cette réalité. Il faut expliquer ce parti et en rendre compte de manière rigoureuse. Cela ne sert à rien de faire peur aux gens. Il faut pouvoir parler du Front national calmement.   
 

Que reste-t-il aujourd'hui de la matrice originelle du Front national ?

Le racisme demeure mais il a évolué, il est aujourd'hui dirigé vers l'islam. Le nationalisme également. Ce sont les deux valeurs intrinsèques au Front national. Et ce n'est pas parce que le FN se défend d'être un parti raciste, qu'il ne l'est pas. L'exclusion fait partie intégrante de son logiciel  et il en a toujours fait partie, de manière plus ou moins ouverte. Depuis le congrès de Tours, le FN met en valeur certains marqueurs de gauche et en occulte d'autres mais ceux-ci continuent d'exister.  Le Front national n'est pas antiraciste !
 

Le Front national de Marine Le Pen représente-t-il une rupture relativement au parti de Jean-Marie Le Pen ? 

Sur certains plans, le Front national de Marine Le Pen marque effectivement une rupture avec le parti de Jean-Marie Le Pen. La différence la plus criante est liée au facteur générationnel. La génération née à la fin des années 1960, je pense à Marine Le Pen et à une partie de son staff direct, n'a pas le même regard que la première génération. Notamment sur l'antisémitisme qui est une des premières choses que Marine Le Pen a rejeté ouvertement.  Certaines idées fortes du programme  de 1973 n'ont évidemment plus leur place aujourd'hui en raison de l'évolution de la société mais le Front national s'approprie certains marqueurs qui ne pouvaient pas entrer dans le logiciel lepéniste. Mais dans une certaine mesure le Front national de Marine Le Pen est une continuité du Front national de Jean-Marie Le Pen. C'est même la suite logique.
 

Comment l'ennemi fantasmé du Front national a-t-il évolué depuis 1972 pour passer du juif au musulman ?  Qu'est-ce que cette évolution traduit de la stratégie du parti ?

Cette évolution est assez logique dans le contexte historique. Louis Aliot parle de "verrou idéologique" par rapport à l'antisémitisme. Il a conscience que tant qu'un parti est antisémite, il ne peut pas accéder au gouvernement. C'est pour cela que c'est une des premières choses que Marine Le Pen et ses proches ont renié par rapport au FN de Jean-Marie Le Pen.
 
Mais l'islamophobie est une question de contexte, c'est une thématique dont s'était saisi Jean-Pierre Stirbois dès les années 1980 mais cela n'avait pas fonctionné. Et à partir des années 2010, le contexte s'y prêtait davantage. Et Dès les années 2010, Marine Le Pen a réutilisé cette thématique car il y avait un contexte. Et la thématique de la religion est plus acceptée que l'ethnie.  
 

Que changerait  la disparition de Jean-Marie Le Pen pour le parti frontiste ?

Je pense que lorsque Jean-Marie Le Pen ne sera plus là, les choses seront beaucoup plus simples. Le dernier scandale en date au sujet de l'emploi très connoté du terme "fournée" est très embêtant, pour ne pas dire grave, pour Marine Le Pen et son équipe.
 
Le père se rappelle ainsi au bon souvenir de sa fille, ce qui contrecarre sa stratégie car elle travaille depuis des années à la dédiabolisation du parti.  Lorsque Jean-Marie Le Pen aura disparu, le parti évoluera certainement encore plus rapidement. Pour le moment, elle n'est pas libre.
 
Je pense que le changement de nom qui est dans l'air est assez important. Car beaucoup votent pour un patronyme, pour Le Pen. Le parti restera-t-il le FN ? Quoiqu'il en soit on n'enterrera pas l'héritage idéologique du lepenisme. Le marinisme est lié au lepenisme mais s'il devient Rassemblement Bleu Marine ou Rassemblement patriotique, l'héritage n'est plus aussi flagrant.
 
Evidemment, Jean-Marie Le Pen est très embêtant dans la perspective d'une alliance avec la droite républicaine. Mais Marine Le Pen reste elle-même un obstacle, c'est la fille de son père.
 

Le FN peut-il parvenir à devenir pleinement un parti de gouvernement ?    

En l'état actuel des choses, non. Et notamment en raison de l'histoire du parti. Aujourd'hui en étudiant le programme du FN on voit qu'il n'est pas prêt à être appliqué en tant que programme gouvernemental.
 

 

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