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Ce qu'il faut comprendre de la vision russe sur la Syrie
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Explication de texte

Ce qu'il faut comprendre de la vision russe sur la Syrie

Cet article décrypte la tribune de Natalia Narotchnitskaïa publiée sur Atlantico, dans laquelle la présidente de l'Institut de la Démocratie et de la Coopération russe affirme que les exactions perpétrées par l'Armée syrienne libre sur la population sont plus sanglantes que les répressions de l'Etat syrien.

Alain Chouet

Alain Chouet

Alain Chouet est un ancien officier de renseignement français.

Il a été chef du service de renseignement de sécurité de la DGSE de 2000 à 2002.

Alain Chouet est l'auteur de plusieurs ouvrages sur l’islam et le terrorisme. Son dernier livre, "Au coeur des services spéciaux : La menace islamiste : Fausses pistes et vrais dangers", est paru chez La Decouverte en 2011.

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L'éditorial signé par Natalia Narotchnitskaïa reflète en tout point la position officielle russe dont il traduit les trois principales préoccupations :

1/ Que l'ONU ne se transforme pas au travers de résolutions à vocation "humanitaire" en machine à distribuer les bons et mauvais points et à renverser les régimes en délicatesse avec l'alliance atlantique ;

2/ que la Russie redevienne, comme l'était l'URSS avant 1990 - mais en pire puisqu'ayant perdu ses glacis d'Europe orientale et d'Asie Centrale - un pays stratégiquement isolé et encerclé par l'alliance atlantique sur son flanc ouest et par une mosaïque d'Etats islamistes alliés à l'Occident sur son flanc sud ;

3/ que la Russie ne puisse exercer son rôle traditionnel (assumé même du temps de l'URSS) des chrétiens orthodoxes du Levant et en particulier de Syrie où ils constituent la majorité des chrétiens locaux. Le patriarcat orthodoxe russe, dont on connaît l'influence sur Vladimir Poutine, exerce d'intense pressions à ce sujet.
 
Ces différentes préoccupations qui apparaissent au fil des paragraphes de l'éditorial conduisent leur auteur à présenter une vision un peu univoque de la situation en Syrie. Il est exact que ce pays connaît aujourd'hui une véritable guerre civile violente et sanglante dans laquelle le régime en place porte une lourde responsabilité et ne se montre pas moins brutal que ses adversaires. Mais il est tout aussi exact qu'un véritable "djihad" s'est substitué aux mouvements de revendication populaires du printemps 2011.

Appâtés par les largesses qataries et le soutien opérationnel de l'occident, les volontaires islamistes les plus résolus accourent du monde entier pour grossir les rangs d'une "Armée syrienne libre" qui n'a plus de "libre" et de "syrienne" que le nom. Les principaux officiers syriens dissidents qui avaient constitué cette armée à ses débuts (le colonel Riad al-Assad, les généraux Mohammed el-Hajj Ali et Mustafa al-Cheikh), jugés trop "laïques" par l'Emir du Qatar qui finance la rebellion, ont été récemment écartés du terrain par les autorités islamistes turques. Trop divisé sur le thème de l'islamisme, le Conseil national syrien - instance politique de la révolte - a dû céder la place, toujours sous pression qatarie appuyée par la France et les Etats Unis, à une "Coalition" hétéroclite où seuls les islamistes peuvent compter sur une majorité.
 
On comprend que, dans ces conditions, les nombreuses minorités de Syrie, chrétiens, musulmans hétérodoxes, non-arabes, se sentent menacées et fassent corps, bon gré mal gré, autour d'un régime certes dictatorial et brutal mais qui avait inscrit la laïcité et l'égalité hommes-femmes dans sa Constitution. C'est ce qui explique la sauvagerie de la confrontation civile syrienne et la longue survie du régime face à l'hostilité sans cesse réaffirmée de la puissance militaire de l'Occident et de la puissance financière des théocraties arabes pour lesquelles la laïcité est une menace tout autant que la contestation démocratique des dictatures.
 
Que les "aventuriers du djihad" cherchent de nouveaux terrains d'afrontement, que les monarques d'Arabie souhaitent se débarrasser de régimes arabes qui menacent leur légitimité, que les islamistes cherchent à s'emparer d'un pouvoir qu'ils recherchent depuis près d'un siècle n'est pas surprenant. Mais, comme le relève l'éditorialiste russe, que les Occidentaux et en particulier les Français - qui prétendent lutter contre l'islamisme chez eux - lui apportent leur plein soutien politique et militaire chez les autres procède d'un choix plutôt étrange et qui gagnerait à être expliqué à nos concitoyens car les exemples de la Libye, de la Tunisie et de l'Egypte n'ont rien de rassurant. 
 
Cependant, l'explication qu'en donne l'article de Mme Narotchnitskaïa par d'obscures conspirations autour de l'extraction et du transport des hydrocarbures n'est guère convaincante. Certes, au Moyen Orient, le pétrole et le gaz ne sont jamais bien loin, mais ni l'Egypte, ni la Tunisie, ni la Syrie, aux ressources très limitées dans ces domaines, ne sont concernées par ce problème. Ni les dictateurs, ni les démocrates, ni les islamistes n'ont l'intention d'empêcher le pétrole de couler. Le problème n'est pas là. Reste à savoir où il est....

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