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Certains médecins qualifient le sport de "multi-médicament". La Haute Autorité de Santé parle quant à elle d'une "thérapeutique non médicamenteuse" depuis 2011.
Certains médecins qualifient le sport de "multi-médicament". La Haute Autorité de Santé parle quant à elle d'une "thérapeutique non médicamenteuse" depuis 2011.
©Reuters

Ne pas baisser les bras

Cancer : le sport, une arme avérée contre les rechutes qu'ignorent encore tant de médecins

La pratique régulière d'un exercice physique lorsque l'on est atteint d'un cancer réduit de 49% les chances de rechute pour le cancer du colon, de 43% pour le cancer du sein et de 57% pour le cancer de la prostate. Pourtant, seul 20% des oncologues prescrivent à leurs patients de faire du sport.

Thomas  Ginsbourger

Thomas Ginsbourger

Thomas Ginsbourger est docteur en STAPS / Sociologie. Sa thèse portait sur le sujet "activité physique et cancers". Il est maintenant coordonnateur national des "Pôles Sport & Cancer" de la Fédération Nationale CAMI Sport & Cancer, une association qui permet aux patients de pratiquer une activité physique pendant et après leur cancer. Il est également membre associé au Centre de Recherches Sciences Sociales, Sports et Corps (creSco) de la Faculté des Sciences du Sport et du Mouvement Humain de l'Université Paul Sabatier Toulouse III.

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Atlantico : La pratique du sport lorsque l'on est atteint d'un cancer permettrait de réduire de plus de 40% les risques de rechute, selon une étude menée par l'association Cancer, arts martiaux et informations (voir ici). Comment expliquez-vous ces résultats ? Quelles sont les relations de causes à effets ? Peut-on parler du sport comme d'un véritable "médicament contre le cancer" ?

Thomas Ginsbourger : Faire du sport diminue les risques de rechute pour trois raisons principales.

Tout d'abord, la pratique d'une activité physique régulière agit sur certaines hormones. En effet, en diminuant la production d'insuline et d'oestrogène, l'activité physique agit sur deux facteurs de croissance tumorale.

Ensuite, l’activité physique atténue les phénomènes inflammatoires en augmentant la sécrétion d’adiponectine (qui favorise l’apoptose, c'est-à-dire la mort naturelle et programmée des cellules) et en diminuant celle de leptine (qui est mitogène, c'est à dire qui favorise la prolifération des cellules).

Enfin, l’activité physique stimule nos défenses immunitaires en augmentant le nombre et l’activité des macrophages et des lymphocytes Natural Killer.

Rajoutons qu'une pratique régulière permet de limiter les effets secondaires des traitements, telles que la fatigue, la prise de poids, le déconditionnement physique ou encore les douleurs articulaires.

Pour toutes ces raisons, certains médecins qualifient le sport de "multi-médicament". La Haute Autorité de Santé parle quant à elle d'une "thérapeutique non médicamenteuse" depuis 2011.

Quels autres bénéfices tire-t-on du sport quand on est atteint d'un cancer ?

Faire du sport quand on est atteint d'un cancer améliore la qualité de vie.

La pratique régulière d'une activité physique améliore le bien-être, l'autonomie, le sommeil, l'estime de soi et l'image corporelle. Elle facilite également le lien social, et diminue l'anxiété et les risques de dépression. 

Concrètement, un patient atteint d'un cancer peut-il pratiquer le sport qu'il veut, comme bon lui semble, ou y a-t-il des conditions à respecter pour que cela soit bénéfique ?

Il y a bien sûr des conditions à respecter.

Certains patients atteints de cancer ne peuvent pas faire de sport du tout, d'autres peuvent en faire mais en étant très encadrés et d'autres encore peuvent en faire presque normalement. Tout dépend de la nature du cancer, de sa gravité, de son stade d'avancement, mais aussi des effets secondaires des traitements. Dans tous les cas, un bilan initial avec chaque patient est nécessaire.

L'idée du sport comme acteur de santé contre le cancer fait-elle son chemin dans les habitudes de prescription des médecins et au niveau législatif ?

Une étude récente montre que seulement 20% des oncologues prescrivent du sport à leurs malades. Il reste donc du chemin à faire.

Il faut dire que c'est un sujet relativement récent : les premières études scientifiques datent des années 2000 et sa mise à l'agenda politique a débuté en 2009.

Cependant, l'idée que le sport est grandement bénéfique pendant et après un cancer rentre petit à petit dans les esprits. Une loi a par exemple été votée récemment pour que les médecins puissent prescrire du sport à leurs patients. Des formations sur l'activité physique commencent à être intégrées aux cursus de médecine. N'oublions pas également les campagnes de santé publique qui sont de plus en plus régulièrement menées sur le sujet.

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