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L'ancien président de la République, Jacques Chirac, annonce son plan anti-cancer lors d'une allocution, le 02 février 2004, dans les salons de la préfecture à Marseille.
L'ancien président de la République, Jacques Chirac, annonce son plan anti-cancer lors d'une allocution, le 02 février 2004, dans les salons de la préfecture à Marseille.
©BORIS HORVAT / AFP

Bonnes feuilles

Cancer et dépistage : les plans de lutte contre la maladie déployés par certains dirigeants politiques ont-ils eu de réels effets bénéfiques pour les malades ?  

Marc Menant publie « L’inquiétante histoire des vaccins » aux éditions Plon. Profitant de la crise du Covid-19, la médecine foule au pied le plus grand de nos principes républicains : la liberté. L'histoire des vaccins depuis Pasteur peut nous aider sur ce débat au cœur de nos vies. Extrait 2/2.

Marc Menant

Marc Menant

Marc Menant est journaliste et auteur de nombreux essais et romans. Il est chroniqueur dans l'émission quotidienne Face à l'info de Christine Kelly, et participe avec Franck Ferrand à l'émission dominicale La Belle Histoire de France sur CNEWS.

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Équipée comme des militaires des découvertes technologiques les plus révolutionnaires, la médecine. IRM, scanner, TEP (« tomographie par émission de positions »), sans oublier des radiographies de plus en plus inquisitrices. Aucun ennemi, même le plus invisible, n’échappe à la prodigieuse machinerie.

Parfois nos propres gènes, les assaillants, mais, là encore, le décryptage du génome avant même la naissance permettrait de repérer les félons et d’établir les prédispositions à diverses pathologies.

Détections et thérapies précoces sont l’assurance d’une humanité centenaire. Limpide, imparable, la perspective serinée depuis des décennies par les mandarins. Dès le 28 novembre 1999, Le Figaro rapportait les propos du professeur Maurice Tubiana, ancien président de la Faculté de médecine, membre de l’Académie des sciences, directeur honoraire du mythique Institut Gustave-Roussy de Villejuif. Pareille accumulation de titres confère à ses avis une autorité de référence :

«Comme on ne peut empêcher l’apparition de nouvelles maladies, la vigilance médicale devra être fondée sur des études épidémiologiques et des observations de santé, afin de détecter de nouvelles maladies, tandis que des laboratoires de recherche mettront au point les parades. On ne gagne pas une guerre en construisant des lignes Maginot mais en réagissant rapidement, en étant plus créatif […]. Dans ce combat, il faut s’appuyer sur la science pour connaître les risques et les hiérarchiser car on ne peut tout faire ; même les pays les plus riches et technologiquement les plus avancés n’y parviendraient pas.»

La guerre… la guerre totale de l’homme contre la nature qui l’a pourtant engendré, tel est bien le fondement de la médecine allopathique et, comme dans toutes les guerres, l’état-major, en l’occurrence les multiples autorités de santé, ministère, Agence nationale de sécurité sanitaire, Institut national du cancer, nous bichonnent des communiqués réguliers sur l’avancée des combats, que chacun soit bien conscient de la furieuse détermination des ennemis ligués contre nous. Deux groupes se distinguent à l’hallali : Le cancer et les maladies cardiovasculaires. Dernier bilan, en France en 2019, 157000 morts imputés au premier et 140000 aux secondes. Infime, l’écart entre les deux fléaux. Pour autant, le cancer détient toujours la couronne de l’épouvante, et cela malgré la guerre contre la maladie initiée par le président Nixon le 23 décembre 1971. Pas esbroufe politicienne, la déclaration! Sincère comme jamais, Nixon, il faisait sien l’optimisme des scientifiques comme l’éminent cancérologue le docteur Sidney Farber :

«Dans la lutte contre le cancer nous touchons au but! Ce dont nous avons besoin, c’est de l’énergie et des crédits identiques à ceux qui ont permis d’envoyer l’homme sur la Lune.»

Aubaine, la perspective de victoire sur l’abominable maladie pour un Nixon en amorce de campagne pour un second mandat. Non seulement engager le défi lui rabattait les suffrages, mais être l’instigateur d’un plan si bénéfique à l’humanité le propulsait dans l’histoire, à l’égal de son grand rival John Fitzgerald Kennedy! Ça ne se mégote pas, la certitude de réalisation d’une utopie ! Comme Kennedy, Nixon se montre prolixe aux crédits, il bourre la cagnotte de la recherche d’un million de dollars par an. Ce n’est pas tout : enragé par une foi de dévot en la science, il se hisse messie et annonce qu’en 1983, pour l’anniversaire de l’indépendance, le cancer aura été terrassé ! Grande foirade, le défi! Selon l’OMS en 2018, la maladie a fauché 9,6 millions de personnes dans le monde. Les engagements budgétaires du National Cancer Act signé par Nixon et repris par ses successeurs n’ont cessé de gonfler, jusqu’à passer en 1980 le milliard de dollars, fièvre inflationniste qui, en 2019, dota le National Cancer Institute (NCI) d’une manne de 5,2 milliards. Exemple, les États-Unis! Au fil du temps toutes les nations riches ont suivi. Il est vrai, inespérée la cause de santé publique pour les élus dont les pouvoirs sont de plus en plus restreints dans un monde sous la tenaille des financiers. Reflambent à l’envergure les élus avec sous la langue la promesse de guérison du cancer. Alors, le 23 mars 2003, Jacques Chirac, dans une envolée martiale, déclarait faire de la lutte contre ce fléau l’un des plus grands chantiers de son second mandat :

«J’en rendrai compte devant le Français! […] Avec 150000 décès par an, le cancer est la première cause de mortalité avant l’âge de 65 ans. Au cours des dix dernières années, il a fait autant de victimes que le conflit le plus meurtrier de notre histoire, autant de victimes que la Première Guerre mondiale, un million et demi de personnes.»

Pareille horreur exige des mesures d’exception et malgré le budget de la France en alarmante saignée, le Président alloue un demi-million d’euros par an durant cinq ans, somme qui permettra l’achat de 70 PetScan, 180 IRM, 180 scanners et de lancer plus de 200 programmes de recherche menés par 700 équipes, soit 4000 scientifiques membres de l’Inserm, CNRS, Commissariat à l’énergie atomique (CEA), enfin, 1468 établissements de santé sont modernisés pour accueillir les patients. Bien oubliées, les jérémiades du docteur Sidney Farber dans les années 1970 aux États-Unis et sa quête de «crédits identiques à ceux qui ont permis d’envoyer l’homme sur la Lune ! » Largement dépassées, ses attentes, planétaires, les efforts des spécialistes en frénésie de gamberge multipliant les voies expérimentales : génétique, génomique, thérapie cellulaire, thérapie intelligente avec la nanotechnologie, biologie des systèmes… Traitements administrés de plus en plus tôt grâce aux dépistages, entre autres, celui du cancer du sein.

Ainsi, en France en 2019, 2551000 femmes se sont soumises à l’examen, ce qui constitue une légère baisse par rapport au pic de 2011-2012 avec alors une participation de 52,4%.

Chaque radiologue engagé dans cette politique de dépistage organisé interprète plus de 500 mammographies par an qui sont relues par un second professionnel, deuxième lecture qui, selon les autorités, ne remet en cause que 7% des diagnostics jugés normaux, en revanche, elles ne donnent aucun chiffre sur d’éventuelles détections erronées de lésions. Bilan, sur un million de femmes dépistées, 6000 cancers décelés et traités alors que certaines lésions étaient inférieures à 10 mm et selon le réseau Francim (France cancer incidence et mortalité) qui regroupe l’ensemble des registres français des cancers, le nombre de nouveaux cas de cancer du sein diagnostiqué chaque année a doublé entre 1980 et 2000, passant de 20 000 à 42 000, avec un pic de 49 326 en 2004. D’après le docteur Brigitte Seradour, auteur d’une étude à partir des dossiers de l’assurance maladie, la légère baisse de diagnostics serait due à la diminution de la prescription des traitements hormonaux substitutifs (THS). Reste que le taux d’incidence entre 2010-2018 reste positif, avec une augmentation des cas de 0,6%. En revanche, la mortalité a baissé de 1,3%.

A lire aussi : Avant ses découvertes contre la rage, Louis Pasteur avait entamé des recherches sur les vaccins en étudiant des animaux porteurs de la fièvre charbonneuse

Extrait du livre de Marc Menant, « L’inquiétante histoire des vaccins », publié aux éditions Plon

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