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Pour l'ancien ministre, l'élection du président de l'UMP ne peut « se résumer à un duel Fillon-Copé ».
Pour l'ancien ministre, l'élection du président de l'UMP ne peut « se résumer à un duel Fillon-Copé ».
©Reuters

Candidat du renouveau ?

Bruno Le Maire : " le pire risque de division serait que la campagne pour la présidence de l'UMP se résume à un affrontement Copé-Fillon "

Dans une interview au Figaro, publiée dimanche, Bruno Le Maire officialise sa candidature pour la présidence de l'UMP. L'ex-ministre de l'agriculture, qui veut incarner "le renouveau", pourra-t-il émerger face aux deux grands favoris, François Fillon et Jean-François Copé ?

Bruno Le Maire

Bruno Le Maire

Bruno Le Maire est député LR de l'Eure, et candidat à la primaire de la droite et du centre.

Il a été successivement directeur de cabinet de Dominique de Villepin, secrétaire d'État aux Affaires européennes et ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche.

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Atlantico : Dans une interview accordée au Figaro dimanche, vous vous lancez officiellement dans la course à la présidence de l'UMP. Pourquoi avez-vous décidé d'être candidat ?

Bruno Le Maire : Je suis candidat pour incarner "le renouveau". La droite est dans une situation sans précédent depuis 1958. Elle a perdu tous les pouvoirs locaux et nationaux. Si nous voulons retrouver le chemin de la victoire en 2014, le renouveau est une condition nécessaire : dans les idées, dans la pratique politique en redonnant la parole aux militants, également dans les visages... L'UMP a besoin de voir émerger de nouvelles têtes.

Vous prétendez vouloir incarner "le renouveau", mais qu’est-ce qui vous différencie vraiment des deux favoris Jean-François Copé et François Fillon ?

Ce qui me différencie, c'est la clarté des propositions que j'ai avancées. Mon projet, qui a fait débat tout l'été et qui comprend quatre volets, a le mérite de clarifier la ligne politique de l'UMP.

Le premier volet de ce projet est axé sur l'Europe. Elle doit radicalement changer de cap : mieux défendre les intérêts des producteurs, les emplois européens. L'Europe doit arrêter avec le principe de libre-échange, pour aller vers le principe de réciprocité. Toutes les normes qui s'appliquent à nos producteurs, doivent s'appliquer aux produits que nous importons de l'extérieur. Pour aller dans cette direction, j'assume une intégration politique plus poussées avec un gouvernement économique européen, un ministre des finances européen, et même un ministre de l'Intérieur européen qui doit nous permettre de résoudre les difficultés liées à l'immigration irrégulière ou à des questions comme celle des Roms, auxquelles nous nous sommes heurtés cet été. Je suis favorable à une vraie union politique européenne.

Je fais également des propositions très précises sur le plan économique : sortie négociée des 35 heures, simplification du droit du travail, allègement des contraintes administratives qui pèsent sur les PME, relance de la formation professionnelle pour les jeunes.

Le rétablissement de l'autorité dans la société française est aussi un des points cardinaux de ma doctrine politique. On a besoin que les règles au sein de la société française soient mieux respectées : cela va du respect de l'autorité de l'enseignant jusqu'à l'école, en passant par un meilleur contrôle des flux migratoires pour que nous ayons une vraie maîtrise de notre immigration en France, ce qui n'est malheureusement pas le cas aujourd'hui.

Enfin, le dernier point de ma doctrine est le renouvellement politique. Je souhaite la limitation du cumul des mandats, la limitation du nombre de mandats nationaux successifs possibles à trois, la réduction à 450 du nombre de députés, la transparence sur le revenu des élus.

Toutes ces proposition sont concrètes. Elles ont le mérite de la clarté et de l'audace.

Vous avez obtenu seulement 1 000 parrainages sur les 8000 nécessaires pour pouvoir vous présenter… Irez-vous jusqu’au bout quoi qu’il arrive ou est-ce une candidature de témoignage?

Je suis déterminé à défendre mes convictions et mes idées jusqu'au bout. Ensuite, il y a des gens autour de moi. C'est une démarche collective. En outre, c'est l'intérêt de l'UMP d'éviter un duel Jean-François Copé / François Fillon pour avoir un vrai débat public sur notre ligne politique. Ce sera difficile, mais je pense que je suis dans une bonne dynamique.

Les candidatures se multiplient. N’y a-t-il pas un risque de division ?

Non, le pire risque de division et de querelles serait que la campagne se résume à un affrontement entre deux personnes. Cela me parait naturel qu'il y ait quatre ou cinq candidats pour la présidence de l'UMP, qui est un enjeu important. En outre, cela témoigne de la richesse et de la diversité des talents qu'il y a à l'UMP. C'est une excellente chose que des gens aussi divers dans leur parcours et leur personnalité que Jean- François Copé, François Fillon, Nathalie Kosciusko-Morizet, Xavier Bertrand ou Christian Estrosi se présentent à la présidence de l'UMP.

La proposition d'Alain Juppé d’organiser une direction collégiale n'était-elle pas une meilleure solution pour exprimer cette diversité ?

On verra où on en est le 18 septembre. Pour le moment, on est dans la période des dépôt de candidature. Je souhaite une campagne sereine et constructive qui nous permette de définir clairement ce que sera la ligne politique de l'UMP.

Vous êtes un des rares cadre de l’UMP à vous opposer à la création de courants au sein de l’UMP. Pourquoi ?

J'ai peur que les courants favorise justement la division au sein de l'UMP.  L'élection du président de l'UMP doit faire émerger une ligne claire. On ne renouera pas le fil du dialogue avec les Français si ne nous disons pas clairement ce que nous défendons. Il faut que nous disions qui nous sommes. Si les Français ne savent pas qui nous sommes, ils ne voteront pas pour nous. Je redoute les chapelles qui brouilleraient notre message politique.

Vous voulez vous inspirez du fonctionnement de la droite allemande, la CDU/CSU. Ce modèle est-il transposable en France ?

L'UMP a été bâtit sur une idée très simple qui est toujours pertinente : le rassemblement de la droite et du centre au sein d'un même parti. Ce sont toujours les deux grands courants de la droite et du centre qui font aujourd'hui l'alliage de l'UMP. Je souhaite que l'on donne plus d'autonomie au centre à l'intérieur de l'UMP comme c'est le cas en Allemagne avec la CDU et la CSU qui forment un seul parti avec deux tendances différentes. Le risque majeur serait de voir le centre prendre son autonomie en dehors de l'UMP.

Cette élection doit-elle être un tremplin pour une nouvelle génération à l’UMP ?  

L'élection à la présidence de l'UMP doit faire émerger de nouvelles têtes. C'est très important de montrer qu'il y a un réservoir de talents, de compétences et d'enthousiasme au sein de notre famille politique. On ne peut plus mettre le couvercle sur tous ces jeunes qui veulent participer à la vie publique, qui veulent exister en politique, à l'échelon local ou national. Dans les villes, pour les prochaines élections municipales, nous devons réussir à faire émerger ces nouvelles têtes. Ce sera le signe de la vitalité de l'UMP.

Nicolas Sarkozy peut-il jouer un rôle dans cette élection ? Doit-il se prononcer en faveur d'un candidat ?

C'est à lui de dire quel rôle il entend jouer. Il reste une référence pour tous les militants. Il a une expérience nationale et internationale sans commune mesure avec les autres membres de l'UMP. De ce point de vue, il a une position particulière au sein de notre Parti. C'est à lui et lui seul de déterminer ce qu'il entend faire de cette position.

Vous considérez-vous comme un héritier de Jacques Chirac plutôt que comme un héritier de Nicolas Sarkozy ?

Je me considère avant tout comme un héritier du gaullisme. Mais je suis à la fois très fier de ce que j'ai réalisé comme directeur de cabinet de Dominique de Villepin à Matignon et de ce que j'ai fait avec Nicolas Sarkozy lorsque j'étais secrétaire d’État aux Affaires européennes, puis ministre de l'Agriculture. J'assume totalement le bilan du travail qui a été fait aussi bien avec Nicolas Sarkozy, qu'avec Dominique de Villepin.

Vous ne vous opposez pas à une éventuelle candidature de Nicolas Sarkozy en 2017. Après sa défaite, peut-il sérieusement incarner le renouveau que vous prônez ?

Le renouveau ne se résume pas à une seule personne : c'est la capacité à faire émerger partout sur le territoire de nouveaux talents. Il ne s'agit de faire table rase du passé ou de faire disparaître tous les anciens. Il faut simplement laisser une place aux jeunes qui veulent s'engager. Cela doit passer par des règles comme la limitation du cumul des mandats ou la limitation à trois du nombre de mandats successifs. On ne peut pas dire que l'on est favorable au renouvellement politique et en même temps ne pas être capable de s'imposer des règles strictes pour construire ce renouvellement.

Propos recueillis par Alexandre Devecchio

 

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