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Brexit ou pas, Londres s'impose comme la capitale des ultra riches qui désertent Paris, la capitale du luxe
©DANIEL LEAL-OLIVAS / AFP

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Brexit ou pas, Londres s'impose comme la capitale des ultra riches qui désertent Paris, la capitale du luxe

Echanges commerciaux, emploi, etc.: le Brexit aura montré à se détracteurs que le marché libre peut s’adapter et continuer à créer des richesses s’il est débarrassé de l’emprise étatique et réglementaire. C'est d'ailleurs ce qui attire les riches à Londres, dont le nombre risque de fortement augmenter au cours de la prochaine décennie selon une récente étude.

Nicolas Lecaussin

Nicolas Lecaussin

Nicolas Lecaussin est directeur du développement de l'IREF - Institut de Recherches Economiques et Fiscales. Il est aussi fondateur de Entrepreneur Junior

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Atlantico : Selon une récente étude publiée par la société Knight Frank, spécialiste de l'immobilier d'entreprises à l'international, le nombre de riches vivant à Londres devrait croître de 30% d'ici 2026. Dans le contexte du Brexit, quels sont les atouts que présente la capitale britannique et qui pourraient donc attirer les plus riches ?

Nicolas Lecaussin : Nombreux étaient les journalistes et autres spécialistes qui prévoyaient un désastre économique au Royaume-Uni après le vote en faveur du Brexit. C’est une catastrophe qu’on nous annonçait, mais dont la France pourrait profiter économiquement. Or, les données publiées récemment montrent, au contraire, un après-Brexit plutôt rassurant pour le Royaume-Uni avec une croissance économique assez vive. Selon les projections de l’OCDE, le Royaume-Uni connaît une hausse du PIB de 1.7 % en 2016 et de 2 % (prévisions) en 2017. Les échanges commerciaux n’ont nullement souffert. Pour ce qui est de l’emploi, les statistiques sont toujours excellentes pour le pays d’outre-Manche : le taux d’emploi est de 74.5 % (août), ce qui représente le taux le plus élevé depuis 1971, tandis que le taux de chômage est à 4.9 %. En France, le taux de chômage se situe à 9.9 % et celui de l’emploi à 63 %. Pour les "spécialistes", le Brexit allait provoquer un exode des chefs d’entreprise et donc, forcément, un retour au bercail des entrepreneurs français partis à Londres et même – selon les journalistes sportifs - un départ des grands footballeurs qui devaient préférer les cieux plus protecteurs de l’Europe, pour le grand bien du championnat français.

Rien de tout cela ne s’est produit. Les entrepreneurs continuent à préférer l’Angleterre où l’IS pourrait baisser jusqu’à 15 % et les footballeurs sont toujours aussi nombreux à préférer jouer dans le championnat anglais. On a même battu des records de transferts avec un total des dépenses engagées par les clubs anglais atteignant le montant de 1.4 milliards d’euros et un record pour l’achat d’un joueur français, Paul Pogba : 105 millions d’euros. Même la deuxième Ligue anglaise a dépensé plus que la première Ligue française : 247 millions d’euros contre 192 millions. Le Brexit n’a pas débouché sur l’apocalypse escomptée. Hélas, il n’a dopé ni l’économie française, ni le championnat français de football. Il a montré néanmoins que le marché libre peut s’adapter et continuer à créer des richesses s’il est débarrassé de l’emprise étatique et réglementaire. C'est ce qui attire les riches aussi. 

New York, Shanghai, Pékin, Londres, Hong-Kong, San Francisco, Los Angeles, Singapour, Mumbai et Genève : voici le top 10 (dans l'ordre) des villes où devraient vivre les plus riches de la planète dans dix ans selon cette même étude. Par ailleurs, le nombre de "super riches" devrait atteindre 275 000 en 2026 (contre 193 000 en 2016), avec une augmentation significative tout particulièrement dans les pays asiatiques (Inde, Chine, Vietnam, Sri Lanka). Comment interpréter ce nouveau visage de la richesse ? Qu'implique la rivalité qui semble se dessiner entre pays développés et pays asiatiques ? 

Le basculement vers les pays asiatiques est normal tant la croissance est forte dans ces pays. De même, les possibilités d'investissement sont particulièrement propices. Il ne faut pas oublier que les riches d'aujourd'hui, en excluant les mafieux bien entendu, sont des entrepreneurs, des self-made-men. Sur 1 400 milliardaires dans le monde, 960 sont des self-made-men/women et 830 ont créé au moins une entreprise. Et sur les 100 plus riches personnes au monde (classement Forbes), 73 sont des self-made-men/women. Ils se sont enrichis grâce à leur travail. C'est normal qu'ils soient plus présents en Amérique, au Royaume-Uni ou dans des pays à fort potentiel de développement. Nous ne sommes plus à l'époque des nobles ou des rentiers devenus riches. 

Toujours selon cette même étude, nous devrions assister à une très faible croissance du nombre de riches en France au cours des dix prochaines années, tandis qu'un certain nombre envisageraient de quitter le pays, voire même le continent européen. Quels sont les ressorts de la situation française ? A quel point cela est-il préjudiciable ?

Selon les chiffres publiés récemment par New World Wealth, plus de 12 000 millionnaires ont quitté la France en 2015. L'IREF avait montré que la vague des départs des riches aujourd'hui est différente de celle des années 1980. Ceux qui partent maintenant sont plus jeunes (40-50 ans) et ce sont surtout des entrepreneurs. A l'époque du socialisme mitterandien, les riches qui partaient étaient plus âgés et il s'agissait surtout de propriétaires immobiliers matraqués par l'ISF. Les nouveaux départs sont donc beaucoup plus graves : il s'agit d'entreprises et d'emplois perdus. La fiscalité n'est pas la seule raison de l'exil. L'instabilité fiscale et réglementaire les poussent aussi à quitter la France. 

Accuser les riches et demander à ce qu’ils payent encore plus d’impôts est le sport préféré de nombreux politiques, journalistes et autres économistes parmi lesquels Thomas Piketty. Au-delà de leur militantisme gauchisant, ces personnes ignorent complètement qui sont en réalité ces riches et se cantonnent à une vision passéiste et complètement figée. En analysant les profils des riches d’aujourd’hui, on constate que nous sommes très loin de l’image qu’on trouve dans les écrits de Thomas Piketty, qui en fait des rentiers s’enrichissant sur le dos des autres catégories de la population. En fait, nous avons besoin de riches: ce sont eux qui créent des emplois !

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