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Brexit : décryptage de la rencontre May/Macron
©Sebastien NOGIER / POOL / AFP

Tea time studieux à Brégançon

Brexit : décryptage de la rencontre May/Macron

Emmanuel Macron a reçu hier Theresa May afin d'aborder les négociations sur le Brexit et la question de la relation entre le Royaume-Uni et l'UE. Le président français semble rester sur ses positions et vouloir négocier l'accord de retrait.

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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Atlantico : Emmanuel Macron a reçu hier Theresa May pour s'entretenir des négociations sur le Brexit. Cette dernière a évoqué des propositions pour définir la relation entre le Royaume-Uni et l'UE, mais le président français semble rester sur ses positions, négocier l'accord de retrait, discuter de la relation après. Est-ce que l'attitude d'Emmanuel Macron est la bonne selon vous ? 

 
Christophe Bouillaud : C’est la seule acceptable du point de vue européiste qui demeure à ma connaissance celui d’Emmanuel Macron. Dans la mesure où Emmanuel Macron veut relancer par ailleurs l’Union européenne dans ses aspects les plus intégrationnistes (dont la création d’un budget de la zone Euro par exemple), il serait contradictoire pour lui d’affaiblir publiquement la position de négociation adoptée par les 27. En effet, cette position unitaire face au retrait britannique constitue l’un des rares victoires morales que l’UE a pu enregistrer ces dernières années. Cela serait d’autant plus absurde de s’en dissocier publiquement qu’un français, Michel Barnier, aux idées proches sur l’Europe de celle d’E. Macron, mène les négociations. 
 
En même temps, les bonnes relations franco-britanniques (qui remontent à l’Entente cordiale, pour ne pas dire au traité de commerce de 1860  entre le Royaume-Uni et le Second Empire) forment l’un des axes presque toujours gagnants de notre diplomatie depuis presque deux siècles. Il est donc difficile d’envisager du côté français un échec total des négociations autour du Brexit (un « no deal »), qui compliquerait cette très vieille relation de coopération fructueuse. Et il est donc à supposer qu’E. Macron n’a aucune envie d’avoir à gérer des relations tendues avec les Britanniques, avec lesquels la France coopère beaucoup en matière militaire par exemple. Il ne lui est donc pas interdit d’agir pour faciliter un accord. 
 

Au regard des rapports de force actuels et de la position de Theresa May, comment anticiper le résultat des négociations qui s'annoncent ?

 
Toute personne qui prétendrait savoir comment cela va bien ou mal finir peut s’inscrire directement parmi la société des descendants autorisés de Nostradamus. 
 
On peut dire toutefois que l’incertitude tient presque exclusivement au côté britannique. La population est divisée, sur des lignes sociales, géographiques, idéologiques. Et surtout les intérêts économiques organisés sont apparemment presque à 100% pour le maintien dans le Marché unique (avec les quatre libertés correspondantes). C’est là tout le paradoxe de cette affaire : le Brexit, envisagé comme un choix indépendantiste, ou souverainiste, de la part du peuple britannique, ne correspond nullement à une poussée d’intérêts économiques correspondants, qui voudraient se couper de l’économie européenne. Par exemple, personne ne parle outre-Manche de nationaliser au lendemain du Brexit sans indemnités les entreprises européennes présentes sur le territoire britannique pour renforcer le capitalisme national, privé ou public. 
 
On retrouve la même contradiction du côté de la frontière irlandaise. On ne peut pas dire que le vote du Brexit exprime une volonté de séparer plus nettement les deux parties de l’Irlande et de revenir aux années troublées précédant les accords de paix dits du « Vendredi Saint », et pourtant, c’est à la frontière entre les deux Irlande que la solution trouvée, si elle finit par l’être, devra être la plus subtile – d’une subtilité telle que personne ne sait vraiment comment s’y prendre. 
 
C’est cette contradiction du côté britannique – volonté populaire très générique de ne plus être dépendant de « Bruxelles » et d’être envahi d’ « étrangers » d’une part et refus très circonstanciés de toute une série d’intérêts organisés britanniques (entreprises exportatrices et importatrices, « City », résidents britanniques dans l’UE, frontaliers d’Irlande, etc.) d’autre part – qui rend l’issue incertaine. Bien que se déclarant comptable de ce vote (« Brexit is Brexit »), T. May voudrait sauver tous ces intérêts particuliers britanniques, ce qui, au final, revient à sortir sans vraiment sortir, ou à sortir sans léser l’intérêt d’aucun Britannique, tout en respectant la volonté populaire exprimée lors du référendum. Tout cela rend compliqué au possible l’acceptation d’un accord par Londres, sans compter en plus les dynamiques au sein du Parti conservateur. 
 
Tout cela explique les craintes montantes d’un « No deal », d’une absence d’accord de sortie, sauf sur la date (29 mars 2019). Probablement, T. May et ses partenaires européens veulent tous un accord. Personne n’a en effet économiquement intérêt à une absence d’accord, et politiquement seuls quelques personnages, situés aux extrêmes, comme Matteo Salvini le souhaitent. Mais cet accord, s’il finit par exister, sera nécessairement byzantin vu les contraintes britanniques. 

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