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Bilan 2019

Bilan 2019 : en économie, une année grise où la France a (encore) manqué d'élan

A l'occasion de la fin d'année, Atlantico a demandé à ses contributeurs les plus fidèles de dresser un bilan de l'année. Aujourd'hui Jacques Bichot, économiste, s'attaque à faire le bilan d'une année grise en matière d'économie.

Jacques Bichot

Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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2019 est l’année de l’abandon par l’Occident de ses alliés Kurdes. Menacée par Erdogan d’un afflux de réfugiés, l’Europe a dit en substance : « courageux mais pas téméraires, laissons faire ». Après l’abandon de nombreux Harkis, puis celui des interprètes afghans, la France a trahi à nouveau cette année des hommes, des femmes et des enfants qui avaient eu confiance en elle. Par ricochet, les chrétiens d’Orient pâtissent de cette lâcheté. Certes, nos alliés américains ont encore plus mal agi que nous, mais notre honneur est souillé.

2019 a vu le maintien par la BCE et d’autres banques centrales de taux d’intérêt négatifs. Cette fois, l’aspect trahison (des épargnants), pour réel qu’il soit, est supplanté par la dimension bêtise. A force d’emprunter pour financer les déficits budgétaires, les Etats occidentaux et le Japon sapent la base de leur économie : le lien entre épargne et investissement. Le Président de la bientôt première puissance économique mondiale peut se réjouir : à la différence d’un certain pays qui est soi-disant « en marche », sans trop qu’on sache bien vers quoi, la Chine est réellement « en marche » pour la première place. Même la natalité, qui fut son point faible durant des décennies, s’y redresse, tandis que les naissances françaises continuent doucement leur dégringolade.

Face à cette marche vers la suprématie chinoise, l’Europe ne se décide pas à jouer la carte russe. Pourtant, le jour où la Chine aura mis la main sur la Sibérie comme sur une bonne partie de l’Afrique, que restera-t-il du monde libre ? Sur le plan géostratégique, 2019 nous a encore un peu rapproché du jour où nos syndicalistes en retard de plusieurs décennies seront mis au pas sur instructions de Pékin. 

De ces syndicalistes et des politiciens au pouvoir à Paris, on peut se demander, vu la façon dont est gérée la réforme des retraites, qui est le plus éloigné du minimum de connaissances et de bon sens qui permettrait de réaliser cette réforme vitale. Une réforme qui aurait pu contribuer fortement au renouveau de notre vieux pays est, sous nos yeux attristés, menée en dépit du bon sens par des gens qui n’ont pas compris que si l’on veut couper la queue du chat en le faisant souffrir le moins possible et en ne se faisant pas trop griffer, il faut y aller un bon coup plutôt que de faire durer le suplice.

Certes, tout n’est pas noir. L’épouvantable incendie de Notre Dame a révélé que l’attachement de la France à ses racines n’est pas encore un lointain souvenir. Le mouvement des gilets jaunes, s’il n’avait pas été parasité par des casseurs, aurait agréablement montré qu’il existe encore un peuple français, râleur mais généreux, parfois plus réaliste que ses dirigeants. La mise en place assez réussie de la retenue à la source de l’impôt sur le revenu a montré que notre administration a encore la capacité de réaliser une réforme techniquement délicate : le jour où elle sera au service d’un gouvernement intelligent, cette qualité sera précieuse.

Reste que la France aura une fois de plus mal utilisé les deux ressources les plus précieuses dont elle dispose, l’intelligence et le cœur, dont l’union forme l’intelligence du cœur. La francophonie est un atout considérable, auquel nous n’avons pas assez eu recours, par exemple pour proposer à nos amis africains des solutions autres que celles apportées par les communistes chinois. Nous ne sommes pas bêtes, mais il nous faudrait des Lyautey du XXIème siècle, capables d’agir intelligemment au service de ces différents peuples amis. 

La France a une carte très importante à jouer, pour une bonne part en Afrique, mais aussi en Asie, où les peuples qui constituèrent pendant quelques décennies ce que l’on appelait l’Indochine ont de grandes potentialités. En 2019 la coopération avec ces pays a suivi son train-train : il serait grand temps de la faire passer du stade de la locomotive à vapeur à celui du TGV. Les palinodies européennes ont absorbé trop de notre énergie en 2019, avec un rapport coût/efficacité décevant : allons donc respirer un peu plus l’air du large ! 

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