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Besoin d'apaisement : l'allocution d'Emmanuel Macron attendue tant par les policiers que par les victimes de violences
©ludovic MARIN / POOL / AFP

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Besoin d'apaisement : l'allocution d'Emmanuel Macron attendue tant par les policiers que par les victimes de violences

L'allocution d'Emmanuel Macron, ce dimanche, intervient dans un contexte de grogne autour des violences policières.

Chloé Morin

Chloé Morin

Chloé Morin est ex-conseillère Opinion du Premier ministre de 2012 à 2017, et Experte-associée à la Fondation Jean Jaurès.

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Atlantico : Comment, dans son allocution de ce dimanche, Emmanuel Macron doit il se positionner politiquement face à la gronde populaire autour des violences policières ?

Chloé Morin : La grande difficulté de la crise actuelle est qu’elle intervient sur un terrain miné. Nous évoluons en effet dans un contexte où :
- les priorités sanitaires et économiques occupent déjà les esprits, et créent une atmosphère de tensions, voire de souffrance psychologique, qui fait que les gens sont pour certains déjà à fleur de peau
- les sujets des violences policières, comme du ras le bol policier face à des conditions d’exercice de leur métier ressenties comme de plus en plus difficiles, sont des sujets qui remontent à loin et n’ont pas été traités assez tôt. Dès lors, il s’agit de les traiter de la pire des manières, c’est à dire à chaud, dans l’urgence et dans l’émotion.

Dans ce contexte, Emmanuel Macron est attendu tant par les Policiers, qui attendent une reconnaissance des sacrifices consentis depuis plusieurs années, que par les victimes de violences policières ou de racisme, qui là aussi attendent que l’on reconnaissent leurs souffrances. Le pire serait de mettre le doigt dans la mécanique mortifère de la concurrence victimaire. Le Président doit également contourner un écueil fréquent : celui de mettre en concurrence la demande de justice (ici, sur les violences et le racisme) et la demande d’ordre engendrée dans l'opinion par les manifestations des derniers jours. Si la période n’était pas si dramatique, on pourrait faire un clin d’oeil à Ségolène Royal en empruntant son expression d’ordre juste, car il s’agit bien de l’enjeu ici.

Quelles sont les attentes de l'opinion sur cette question ?

En quittant son ministère, Gérard Collomb - celui qui a dit au Monde, il y a quelques jours, que comme il était parti, le Président risquait de ne pas être réélu …- évoquait sa crainte que deux France ne finissent « face à face », et que les tensions ne dégénèrent en affrontements. Il faisait là référence à une peur très largement partagée. Souvenons nous que la guerre de religions, la guerre civile, fait partie de notre imaginaire pour des raisons historiques. Plus de 80% des français disent avec constance, depuis 15 ans, craindre un embrasement prochain des banlieues. Il y a donc des craintes très largement partagées et c’est sans doute la demande d’ordre qui l’emportera sur la demande de justice, si les deux exigences venaient à être mises en concurrence - ce que je crains.

Il faut bien saisir le mécanisme qui est à l’oeuvre ici, un cercle vicieux par lequel deux extrêmes, deux dérives anti-républicaines s’affrontent et se nourrissent l’une-l’autre. D’un côté, se trouveront toujours quelques groupes au républicanisme douteux qui plaqueront sur les humiliations leur logiciel différentialiste. Qui diront aux victimes de racisme ou de discriminations: si c’est “en tant que” -noirs, arabes, musulmans, que sais-je…- que l’on vous maltraite, alors retournez le stigmate, revendiquez cette identité à laquelle on vous réduit. L’universalisme, la République, ne font rien pour vous, seule la communauté saura vous rendre justice et vous protéger.

De l’autre, ceux qui – les policiers, mais aussi ceux que Marion Maréchal Le Pen a désignés cette semaine, dans une courte vidéo, de “blancs” qui n’auraient pas à s’excuser - las de s’excuser de crimes et de fautes dont ils ne se sentent nullement responsables, ont le sentiment que les demandes d’égalité viennent réduire un peu plus leurs propres droits. C’est un groupe composé de tous ceux qui, souvent, ne revendiquent rien alors qu’il y aurait tant à dire –sur l’accès aux soins, le pouvoir d’achat…- et ne supportent pas que d’autres osent encore demander à une promesse républicaine qui a trahi tout le monde d’être à la hauteur. 

L’enjeu, pour le Président, est d’éviter que les deux groupes - le second pesant bien plus que le premier - ne s’exaspèrent et ne s’affrontent. Donc de les réconcilier autour de principes républicains, car au fond, chaque groupe dérive en raison d’aspirations républicaines déçues. Pour le premier groupe, la dominante sera la justice et l’égalité, pour le second, ce sera l’ordre - mais l’ordre entendu au sens de respect des droits et des devoirs de chacun, sans qu’aucun citoyen ne soit « au dessus » ni en dessous des autres, sans que l’on n’accorde davantage de droits à certains en raison d’un statut de victime.

Peut-il jouer la carte de l’apaisement comme lors de la crise des gilets jaunes ?

L’apaisement est attendu, il est même urgent. Mais l’apaisement n’est pas le « en même temps ». C’est d’ailleurs une des difficultés d’Emmanuel Macron depuis le début, que de chercher des compromis « pragmatiques » là où lorsque les principes Républicains sont en jeu, ils ne peuvent être ni négociés, ni découpés en tranches. 

Le Président est le garant des institutions et des principes fondamentaux de la Nation. Notre culture étant profondément différente de celle des Etats Unis - démocrate avant tout, alors que nous sommes républicains plus que démocrates -, il n’est pas question de reconnaitre des communautés ou des clans, mais de rendre justice à des individus, des citoyens. 
La réponse Présidentielle ne peut être « quelque chose pour les policiers, quelque chose pour les manifestants », un point équidistant des deux pôles qui semblent ici s’affronter. 
Il me semble qu’il faudra articuler la demande d’égalité, de justice, et d’ordre, mais un discours ne suffira pas. Cela fait bien longtemps que les Français ont le sentiment que les valeurs républicaines ont perdu de leur sens, car elles ne s’appliquent plus dans leur quotidien. Manuel Valls avait tenté de leur redonner du contenu, après les attentats de 2015, à travers une série de « Comités interministériels ». Mais les progrès accomplis s’étaient révélés très en deçà des attentes. Il me semble donc que l’enjeu principal pour le Président n’est pas simplement de faire un discours républicain, mais de se donner les moyens de sa déclinaison concrète et rapide - et ce, dans un contexte où l’on vient de se rendre compte, avec la COVID-19, que nos procédures administratives étaient des freins à la bonne application des décisions politiques...

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