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Les Beach Boys d'aujourd'hui ? "Pas une escroquerie" mais presque...
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Wouldn't it be nice ?

Les Beach Boys d'aujourd'hui ? "Pas une escroquerie" mais presque...

Les Beach Boys remontent sur une scène parisienne : Mike Love, le chanteur du groupe né en 1961, et les siens se produisent mercredi 6 juillet au Grand Rex. Au programme, les vieux tubes mondialement connus. Mais le co-fondateur Brian Wilson ne sera pas de la partie. Selon Gaël Tynevez, auteur d'une biographie du groupe californien, le groupe actuel des Beach Boys n'a plus rien à voir avec la troupe d'origine des années 60.

Gaël Tynevez

Gaël Tynevez

Gaël Tynevez est avocat au barreau de Paris et grand amateur de musique pop.

Il a écrit une biographie des Beach Boys, "L’enfance pour l’éternité", (Camion Blanc, 2002) et "Pet Sounds, l'achèvement de Brian Wilson" (Autour du livre, 2007).

Voir la bio »

Atlantico : Que représente le groupe aujourd’hui ? Comment expliquer sa longévité ?

Gaël Tynevez : Ce groupe a été créé à l’été 1961. C’est donc l’un des groupes de musique en activité le plus ancien. En réalité, cette affirmation est un peu trompeuse car le groupe d’origine, celui des années 60, n’a pas grand-chose à voir avec le groupe d’aujourd’hui.

Les Beach Boys, à vrai dire, sont devenus une marque déposée. Ils jouent leurs vieilles chansons, qui font partie du patrimoine musical. Le dernier single, Kokomo remonte à 1988, et ce n’est pas ce qu’ils ont fait de mieux…

Le chanteur, c’est certes celui d’origine, Mike Love, le cousin des frères Wilson. L’un des fondateurs du groupe, Brian Wilson, n’a, en revanche, pas joué avec les Beach Boys depuis quelques décennies. Il se produit sous son seul nom et il jouera d’ailleurs à Paris au mois de septembre prochain. Il fait des albums en solo depuis une vingtaine d’années. La dernière fois qu’il s’est produit avec les Beach Boys à Paris, c’était en 1980.

Mike Love et Bruce Johnston, qui a rejoint le groupe en 1965, sont les seuls, parmi les musiciens qui seront mercredi soir sur scène, à pouvoir revendiquer historiquement le titre de Beach Boys.

Pour ceux qui ne les ont jamais vus, cela reste un spectacle sympa, qui vaut le déplacement. Je ne dis pas que c’est une escroquerie. Mais si l’on veut voir quelqu’un qui représente le mieux l’esprit et l’âme du groupe, autant aller voir Brian Wilson en septembre.

Les Beach Boys restent associés à l’image de la Californie des années 60, des plages, du surf, des Etats-Unis, donc, puisque la Californie est l’un des symboles les plus forts de ce pays. C’est grâce à cette image que le groupe survit encore. Cela joue énormément sur la nostalgie des amateurs des Beach Boys qui ont, pour la plupart, passé la quarantaine, voire la cinquantaine ou la soixantaine. Cela leur fait plaisir d’écouter des chansons qu’ils connaissent…

Les Beach Boys, c’est à l’origine trois frères Wilson et leur cousin, Mike Love… Comment s’entendaient-ils ?

Les relations entre ces membres d’une même famille ont toujours été exécrables. Surtout parce que Brian Wilson, fondateur, producteur des chansons les plus connues et compositeur des Beach Boys, était le seul maître à bord durant la période faste du groupe : 1963-1966. Mike Love n’a pas fait grand-chose dans le répertoire des Beach Boys.

L’histoire du groupe est émaillée d’une dizaine de procès intentés les uns aux autres : Mike Love, justement, n’a eu de cesse de poursuivre son cousin dès lors qu’une chanson était utilisée sur une compilation sans son accord.

Je les ai vus plusieurs fois en concert et pas une seule fois je n’ai entendu Mike Love citer le nom de Brian Wilson. Ne pas le faire alors qu’on joue un répertoire composé essentiellement par Brian Wilson, c’est fort. Je ne sais pas s’il va réitérer cet exploit mercredi soir. C’est un peu comme si un guide touristique travaillant à Auvers sur Oise ne parlait jamais de Van Gogh !! On trouverait ça plutôt curieux …

Mike Love a ses qualités, toutefois : c’est un bon performeur sur scène. Il représente l’image des Beach Boys. Il a juste tendance à tirer la couverture vers lui. Pendant des années, il a dit, par exemple, que l’album « Pet Sounds » ne valait pas grand-chose. Dès que Brian Wilson a rejoué l’album sur scène, reconnu comme une œuvre majeure, Mike Love et « ses » Beach Boys ont repris les morceaux  de l’album. Cela va se reproduire : Capitol Records, la maison de disques historique du groupe, va sortir l’album « Smile » - sous forme de coffret - fin août ou au mois de septembre. Mike Love a toujours affirmé que cet album, à l’époque inachevé, était une impasse musicale. Là, il commence à dire dans les interviews : « Non, c’était pas mal, en fait ! » Le personnage est certes sympathique, mais il a tendance à réécrire l’histoire…

Souvent les groupes de rock ont eu un chanteur super-médiatisé, comme Jim Morrison avec The Doors ou encore Mike Jagger avec les Stones. Ce n’est pas trop le cas des Beach Boys…

C’est vrai : seul le groupe est mis en avant et ses chansons telles que « Good Vibrations ». On n’identifie pas trop les Mike Love et les Brian Wilson, ce qui permet d’ailleurs au premier d’exploiter le répertoire de son cousin. Au contraire d’autres groupes : Paul McCartney ne peux pas dire, par exemple, qu’il se produit au nom des Beatles. Quand il joue à Paris, c’est Paul Mc Cartney et non son ancien groupe qui joue. C’est parce que les gens identifient ses ex-compères : John Lennon, John Harrison et Ringo Star…

L’identité est plus floue en ce qui concerne les Beach Boys.  Bon, tout de même, on sait qui est Brian Wilson aux Etats-Unis, il a sorti des disques, on connaît son histoire… En France, en Europe, c’est moins le cas.

Les amateurs de musique américaine louent aussi le rôle joué par Dennis Wilson dans l’histoire du groupe, le batteur originel et seul surfeur des Beach Boys. Dennis s’est noyé dans l’Océan Pacifique il y a presque 30 ans et, en toute logique, le groupe aurait du déposer les armes à ce moment là. Si Mike Love perd sa casquette demain soir sur scène, ce sera probablement un coup du fantôme de Dennis !

Les Beach Boys vont-ils se produire éternellement ?

On peut imaginer que les Beach Boys se produisent encore de nombreuses  années : les descendants des fondateurs, des membres actuels pourront reprendre le flambeau. Cela pourrait devenir une troupe, qui interprèterait les chansons des Beach Boys. Ce n’est pas une idée grotesque, on sait que le business autour d’Abba ou de Pink Floyd est très rentable... 

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