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L'image du héros du métro remise en cause
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EDITORIAL

L'image du héros du métro remise en cause

L'EDITO DE GILLES KLEIN : Un voyageur mort en défendant une voyageuse agressée pour voler son portable : une belle histoire, malheureusement pas aussi simple.

Gilles Klein

Gilles Klein

Gilles Klein,, amateur de phares et d'opéras, journaliste sur papier depuis 1977 et en ligne depuis 1995.

Débuts à Libération une demi-douzaine d’années, puis balade sur le globe, photojournaliste pour l’agence Sipa Press. Ensuite, responsable de la rubrique Multimedia de ELLE, avant d’écrire sur les médias à Arrêt sur Images et de collaborer avec Atlantico. Par ailleurs fut blogueur, avec Le Phare à partir de 2005 sur le site du Monde qui a fermé sa plateforme de blogs. Revue de presse quotidienne sur Twitter depuis 2007.

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Un voyageur du métro parisien a été transformé en héros, et célébré comme tel à la Une d'un quotidien, après avoir trouvé la mort poussé par un autre voyageur. Il a d'abord été dit que le défunt défendait une voyageuse à qui l'on essayait de voler son portable. Hélas une semaine après la vérité est moins glorieuse, et plus nuancée.

"Paris : tué dans le métro après avoir défendu une passagère" titre Le Parisien, le 1er octobre, précisant  que la scène s'est déroulée, peu après 20h30 : "Dans le wagon, un voyageur d’origine sri-lankaise, accompagné d’une bande d’amis, observe la scène, inquiet. Devant l’attitude agressive du voyageur, il décide d’intervenir."

"La victime, un Indien de 33 ans, surnommé "Babu", est mort jeudi après avoir chuté sur les rails "à l'issue d'une rixe" avec le suspect, a précisé le directeur adjoint de la police des transports. Babu, qui se trouvait dans une rame de la ligne 7 du métro, avait vu un homme en train d'essayer de voler le portable d'une passagère et s'était alors interposé pour la défendre." raconte l'AFP à propos du drame survenu jeudi 29 septembre sur un quai de la ligne 7 à la station Crimée.

Celui qui aurait poussé Rajinder Singh la victime sur les rails a pris la fuite apprend-t-on.

Mardi 4 octobre, des enquêteurs de la sous-direction régionale de la police des transports (SDRPT) qui dépend de la Préfecture de Police arrêtent un suspect dans un bar de Pigalle. "C'est un grand succès policier. C'est le meilleur hommage que l'on puisse rendre à Babu qui, par son acte citoyen, a donné l'exemple de ce que doit être tout usager des transports publics", déclare Serge Riveran le sous-directeur de la police des transports.

Le 5 octobre, l'affaire dont ce quotidien avait déja parlé, fait la Une d'Aujourd'hui en France, qui signale l'émotion des lecteurs, et l'attention aux frais importants de rapatriement de son corps en Inde où devraient se dérouler les funérailles du défunt : "Au sommet de l’État enfin, avec le coup de fil du cabinet du ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, à l’un des proches de Babu, pour lui faire part de son soutien. Grâce à cette mobilisation rare, la question du rapatriement a pu être rapidement réglée. Dès hier matin, la Fondation RATP s’est engagée à prendre en charge le transport."

Le même jour, dans la matinée, le ministre des Transports, Thierry Mariani, et le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand assistent àun hommage et à un dépot de gerbe à la station Crimée. L'après-midi, l'AFP revient sur l'affaire :

"La RATP va prendre en charge les frais de rapatriement du corps. Je l'ai demandé hier soir à Pierre Mongin", le président de la RATP, a déclaré à l'AFP le ministre, après une cérémonie d'hommage à la station Crimée où est mort le jeune Indien de 33 ans, Rajinder Singh."Si cela avait été fait aux frais de la famille, j'aurais trouvé ça indécent", a expliqué Thierry Mariani ajoutant "Son histoire m'a ému. C'est un héros ordinaire. Il vient en France, ne pose pas de problème, travaille, envoie de l'argent à sa famille, se montre respectueux de certaines valeurs, je trouve ça touchant", selon le ministre.

Le 6 octobre, une autre version des faits plus nuancée apparaît sur le site du Parisien. Et aujourd'hui, le Figaro explique, lui aussi, que les caméras vidéo ont permis d'en savoir un peu plus, et évoque la version de l'avocat de la personne suspectée d'être responsable de la mort de Babu : "La télésurveillance montre le suspect qui, un paquet de bonbons à la main, «s'approche de manière insistante» d'une jeune femme. Le même manège se déroule auprès de passagères d'origine asiatique. Une rame arrive, Mohamed monte à l'intérieur. Plus d'images. Selon Me d'Ollone, dans la rame, Mohamed se retrouve face à «Babu» et plusieurs de ses amis. Jugeant le comportement de ce groupe d'Indiens qu'il prend pour des Pakistanais «menaçant», il préfère descendre à la station Crimée mais est suivi par «Babu» et trois autres jeunes gens."

"Le jeune Égyptien finit par agripper son adversaire et par le repousser. «En direction des voies, dans un geste qui semble volontaire», semble indiquer l'enquête. Le jeune homme meurt électrocuté." ajoute Le Figaro qui cite 20 Minutes.

Quelle morale tirer de cette histoire ? Que l'emploi du conditionnel est préférable, et que notre volonté de trouver des héros positifs qui sont si rares, face à l'indifférence, la violence et/ou l'insécurité, conduit quelques fois, journalistes, policiers, puis hommes politiques qui suivent les médias, à simplifier, à habiller la réalité, à la transformer en image d'Épinal, sans attendre qu'une enquête précise permette d'en savoir plus.

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