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Avis aux sportifs du dimanche : cette saison si vous voulez échapper aux épidémies, mieux vaut éviter les salles de sport
©Reuters

Contrintuitif

Avis aux sportifs du dimanche : cette saison si vous voulez échapper aux épidémies, mieux vaut éviter les salles de sport

Le début de l'année est la saison des grippes et des résolutions minceur : les salles de sport font partie de ces lieux où il faut apprendre à se prémunir contre les microbes, si l'on veut rester fidèle aux vœux de nouvelle année. Ou envisager de sortir de la salle pour faire du sport au grand air !

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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Atlantico : Alors que la grippe touche près d'un demi-million de Français, faut-il commencer à éviter des lieux de promiscuité, comme les salles de sport ?

Stéphane Gayet : La saison hivernale est en effet une période d’intense circulation de virus respiratoires. Il s’agit bien sûr du virus de la grippe, mais aussi des virus apparentés au virus grippal et donnant une infection respiratoire nettement moins sévère que la grippe (ce sont des virus dits "paragrippaux"). Il est utile de rappeler que le vaccin contre la grippe ne protège aucunement contre les virus paragrippaux qui sont au moins aussi fréquents que le virus grippal, voire plus fréquents.

Comment se transmet le virus de la grippe ?

La contamination se fait surtout directement d’individu à individu. On pense immédiatement à la toux qui émet des gouttelettes microscopiques chargées de virus. Certes, mais le simple fait de parler provoque aussi cette émission de microgouttelettes contagieuses. Cet aérosol émis par la personne infectée a une portée d’un mètre, au maximum un mètre cinquante. Ceci indique la distance de sécurité à observer si l’on veut se protéger. Mais à côté de cette transmission respiratoire à laquelle on pense intuitivement, il y a aussi une transmission par contact direct ou indirect. Elle est même aussi importante que la première. Ce sont surtout les mains qui interviennent ici. Quand on éternue, on met sa main devant sa bouche et elle se trouve aussitôt chargée en virus. C’est la même chose quand on se mouche. Il est clair que tout ce que la main va toucher ensuite sera contaminé par le virus. Il suffira alors qu’une autre personne récolte ces particules virales avec sa main dominante puis la porte à sa bouche ou touche un objet qui va à sa bouche, pour qu’elle se contamine. Les particules virales persistent sur les objets au minimum une heure et souvent plus, ce qui est beaucoup.

Quelles sont les circonstances à risque élevé de transmission ?

Les transports en commun, les salles de restaurant, les bars et d’une façon générale les lieux de travail et de rencontre sont à haut risque. On y croise beaucoup de personnes, on touche beaucoup d’objets et l’on utilise les toilettes qui sont des réceptacles de virus. On est souvent préoccupé par ce que l’on fait ou va faire et l’on n’est pas assez vigilant vis-à-vis des risques de contamination.

Les salles de sport sont-elles des foyers particulièrement propices à la transmission de maladies  ?

Les salles de sport constituent un environnement particulièrement propice à la contamination par les virus respiratoires. En plus de la promiscuité, il y a les très nombreux contacts avec les agrès et tous les appareils de sport. Étant donné que l’on y rencontre des amis, on se serre la main et on se fait la bise. Le fait de se faire la bise permet de récolter des virus qui sont sur la joue d’une personne, au cas où elle est infectée. Mais la poignée de main n’est pas mieux et même plutôt pire. La sueur en elle-même ne contient pas de virus quand elle s’écoule des glandes sudoripares, mais elle entraîne avec elles les particules virales qui se trouvent sur la peau des doigts, des paumes et des poignets. Il y a donc de multiples occasions de se contaminer. N’oublions pas qu’une personne ne se sait pas toujours contagieuse : c’est surtout le cas en tout début de maladie. L’autre facteur favorisant en salle de sport est le fait que l’on augmente sa respiration étant donné que l’on fait des efforts : quand on expire fort, on rejette plus de particules virales et souvent plus loin. La salle de sport est donc vraiment propice à la transmission de virus respiratoires. Heureusement, quand on est bien malade, on n’a pas envie ni la force d’aller faire du sport. Mais le risque est surtout élevé en tout début de maladie, quand on se sent affaibli, mais pas suffisamment pour renoncer à ses activités.

Il faut encore ajouter, à propos des salles de sport, le facteur température. En effet, les virus respiratoires se transmettent d’autant mieux que l’air est sec. Or, plus l’air est frais et plus il est sec. Dans les salles de sport, la température est en principe minimale étant donné que le corps s’échauffe rapidement avec l’exercice. Ce n’est pas en faisant des efforts physiques que l’on risque de se refroidir, mais immédiatement après. De ce fait, si la température d’une salle de sport est un peu fraîche, le risque de transmission de virus est plus élevé.

Quelles précautions doit-on prendre pour ne pas attraper de maladie dans une salle de sport, ou plus généralement dans des lieux similaires ?

Il faut bien connaître les circonstances à risque de contamination, telles que nous les avons décrites. Il ne faut surtout pas avoir l’obsession de la contamination, mais gérer le risque de façon avisée en ayant conscience des dangers, c’est-à-dire de la présence des virus dans notre environnement immédiat. Évidemment, on pense au flacon de produit hydroalcoolique pour se désinfecter les mains. C’est efficace, en effet. Mais il s’agit surtout de se désinfecter les mains au bon moment, là réside l’essentiel. Le bon moment, c’est avant de les porter à sa bouche et surtout de toucher un objet qui va aller à sa bouche. C’est cela qu’il faut bien comprendre et garder à l’esprit. Car le virus ne pénètre pas à travers la peau. Il entre dans l’organisme par une muqueuse : la bouche, le nez ou l’œil. Ainsi, le fait de mettre un chewing-gum dans sa bouche, de se curer les dents, de sucer un stylo contaminé, de manger des graines ou biscuits apéritifs, un sandwich, de se frotter l’œil ou encore de se mettre un doigt dans le nez, permettent aux virus récoltés par nos doigts de trouver leur "porte d’entrée" dans notre corps et ensuite de nous infecter.

Alors, quelles précautions prendre ?

La première chose est de se vacciner contre la grippe, mais cette vaccination ne protège que contre le virus grippal, plus exactement contre les trois souches utilisées pour préparer le vaccin de l’année. Mais bien d’autres virus respiratoires peuvent nous rendre malades.

Quand on le peut et sans nuire à nos relations sociales ou professionnelles, il est bien d’éviter de se serrer la main. Car il est sans doute plus cavalier de se désinfecter ostensiblement les mains après avoir serré celle d’une personne, que de s’abstenir de ce geste très occidental, mais à haut risque de contamination. Si l’on ne peut éviter ce geste, il faut dès que possible et sans vexer l’autre se laver ou se désinfecter les mains. Car les virus se propagent très vite et facilement par contact : main vers main, puis main vers stylo, poignée de porte, interrupteur ou encore bouton d’ascenseur… jusqu’à ce que les virus arrivent à notre bouche ou sur notre œil. En somme, il faut faire attention à tout ce que l’on touche, en prendre conscience et garder cette information à l’esprit tant que l’on n’a pas pu se laver ou se décontaminer les mains. Réduire au maximum les contacts et se décontaminer au plus tôt les mains après un contact à risque et en tout état de cause avant de les porter à sa bouche, son nez ou son œil : voilà comment se protéger. Cela demande une connaissance, une vigilance et une réactivité. Ce sont des habitudes à prendre. Elles permettent de gérer au mieux de risque de se contaminer avec des virus, tout en vivant de façon sereine et non obsessionnelle. Mais ces habitudes ne font pas partie de la culture des Français. Il est singulier d’observer à quel point les Japonais sont en avance sur nous dans ce domaine. Il faudra sans doute encore bien des épidémies et de la pédagogie pour que cela évolue.

Il faut aussi avoir conscience que le fait de se faire la bise est une situation à risque, car une personne infectée a des particules virales sur le pourtour de sa bouche. Que peut-on faire après avoir fait la bise à une personne si l’on craint qu’elle soit contaminée ? À dire vrai, pas grand-chose. À supposer que l’on a récolté des particules virales sur ses lèvres, comment les décontaminer ? Boire ou manger aggraverait le danger. Il ne faut surtout pas utiliser de produit alcoolique, très irritant pour les muqueuses. Les antiseptiques efficaces et utilisables sur la muqueuse buccale sont peu nombreux ; il faut privilégier un produit à base de chlorhexidine – comme l’ELUDRIL et ses génériques -, à base de povidone iodée – comme la BETADINE ORL et ses génériques – ou encore à base d’hypochlorite de sodium – comme l’AMUKINE. On le voit, c’est un peu compliqué quand on est hors de son domicile. Quant au port éventuel d’un masque pendant une séance de sport en salle, ce n’est pas une mesure d’une efficacité certaine – cela dépend du masque et de son ajustement au visage – et c’est quand même un peu gênant. Les Japonais osent le faire, mais ce n’est pas du tout dans nos habitudes.

Faudrait-il plutôt privilégier des activités sportives au grand air pendant cette période critique de janvier février, où les salles de sport sont surfréquentées ?

C’est vraiment une question de gestion des risques. Si vous contractez facilement un rhume, un état grippal, une angine, une rhinopharyngite…, si vous vous savez fragile et sensible aux virus, il est sans doute préférable de vous abstenir pendant la période de grande circulation des virus respiratoires. En allant faire du jogging le long d’un canal ou dans un bois, il est certain que vous ne rencontrerez pas de virus respiratoires. Il y a aussi la stratégie qui consiste à aller dans la salle de sport dès l’ouverture, quand l’air et les objets sont encore très peu contaminés. Cela dépend aussi de votre tempérament : il est frappant de rencontrer des gens très fatalistes vis-à-vis des infections respiratoires aiguës virales. Ces personnes se disent qu’arrivera ce qui doit arriver et qu’elles n’en mourront pas. Certes, mais il est quand même logique d’essayer de se protéger quand on le peut. Il y a aussi la natation qui est une très bonne activité physique. C’est bien agréable en hiver, à condition de ne pas prendre froid en sortant de l’eau. Le risque de se contaminer avec des particules virales est très réduit par rapport à ce qu’il est en salle de sport.

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