Arnaud Montebourg : "Hollande ment tout le temps" | Atlantico.fr
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Pour Montebourg, 'Hollande ment tout le temps"
Pour Montebourg, 'Hollande ment tout le temps"
©REUTERS/Bertrand Guay/Pool

Bonnes feuilles

Arnaud Montebourg : "Hollande ment tout le temps"

Jusqu’où ira le tonitruant Montebourg, promu à l’Économie dans le gouvernement de Manuel Valls, avant d’en être écarté cinq mois plus tard pour divergences de vues ? Et que veut-il vraiment : la VIe République, l’Élysée… ou les deux ? Extrait de "Montebourg : Moi, président…", de Valentin Spitz, publié chez l'Archipel (1/2).

Valentin  Spitz

Valentin Spitz

Journaliste à i>télé, chroniqueur pour le "Plus" du Nouvel Observateur, La Régle du jeu.org et Sud Radio, Valentin Spitz est l'auteur d'une biographie de Najat-Vallaud Belkacem (First, 2012).

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Je retrouve Arnaud Montebourg deux mois plus tard, le 10 janvier 2014. Il est assis sur le canapé de son grand bureau ministériel. Derrière lui, Paris, la Seine. Notre discussion est enregistrée. Pour le titiller, j’évoque la une de Voici, où il apparaît au côté de l’actrice Elsa Zylberstein, présentée comme sa nouvelle compagne. Fidèle à lui-même, il refuse d’évoquer sa vie privée. Il a d’ailleurs attaqué l’hebdo people, condamné à lui verser 23 000 euros. Sa voix tonne :

— On les massacre ! Ils le savent : dès qu’ils me touchent, je frappe ! Pourquoi ? Je ne parle jamais de ma vie privée. Je ne fais même aucun commentaire quand paraît ce type d’article. J’attaque. Je fais condamner. Et le tarif monte. Voilà. C’est la sixième condamnation que j’ai obtenue de ces journaux.

Nous passons du coq à l’âne. Je lui demande s’il va au cinéma et s’il aime les séries. Cet hiver, il s’est pris de passion pour Homeland.

— Il n’y a pas beaucoup de séries comme ça. Elle est géniale ! Extraordinaire… Je suis addict ! La saison 1, vous savez, c’est sept ou huit heures de film… Et j’attends la saison 3 avec impatience !

J’écoute et je regarde Arnaud Montebourg. Il a des cernes sous les yeux. Oui, me dit-il, il est épuisé. Il ne dort pas assez. Il semble dissimuler de l’impatience, un agacement pourtant palpable. Mais, comme souvent avec lui, the show must go on…

L’un de ses deux téléphones n’arrête pas de sonner. Se sent-il harcelé ?

— Si je suis harcelé ? Normal, je suis ministre. C’est tout le temps comme ça.

Il n’est plus député, mais n’a pas changé de numéro. Pour « garder le contact avec les gens ».

— C’est un travail à plein temps, me dit-il.

Je le sens d’humeur à répondre à toutes mes questions. Je me lance. Que représente le pouvoir pour lui ?

— C’est un outil pour changer le monde, point barre ! Rien de plus. Il faut le voir de façon très froide.

Aimerait-il rencontrer Obama, son modèle en politique ? Il me répond du tac au tac :

— J’ai rencontré Poutine, Erdoğan, l’empereur du Japon, le Premier ministre japonais, Mme Merkel. En fait, j’ai rencontré tout le monde. Pourquoi ne pourrais-je pas rencontrer Obama ?

Sa mère est-elle fière de ce qu’il est devenu ?

— Je ne sais pas… Elle est sévère avec moi, ma mère. Elle est toujours en train de me dire : “Tu ne devrais pas faire ci, tu ne devrais pas faire ça.” C’est une mère… et c’est une prof. Elle a toujours eu ce côté un peu professeur !

Venons-en à l’avenir. Se verrait-il prendre la tête du PS ?

— J’ai fait le tour. Vous savez, j’ai cinquante ans, j’ai quand même vécu pas mal de choses, de situations. Je n’aime pas le déjà-vu, j’aime inventer des nouvelles frontières. La référence à Kennedy est notable.

Mais se voit-il toujours en politique ?

— La politique n’est pas un métier, c’est une mission. On peut accepter d’en sortir, d’y revenir. Ce n’est pas un problème. En fait, ce qui lui plairait vraiment, c’est l’entreprise.

— J’admire beaucoup ceux qui entreprennent, qui organisent les métiers. Je trouve ça génial. Je serais très content de faire ça. Et, d’ailleurs, je serais tout à fait à ma place. Avocat, c’était un métier, j’étais artisan de luxe. Non, même pas, car j’étais un petit artisan, je travaillais à mon compte avec deux employés. J’étais mon propre patron, c’est une chance. Voyez-vous, moi, j’aime la liberté.

Comme lors de notre dernier entretien, je coupe l’enregistreur et ses traits se relâchent brusquement. Et ce téléphone qui n’arrête pas de sonner… La fatigue, la lassitude, l’irritation envahissent son visage. Depuis octobre, rien n’a changé. Au contraire. Oui, il a toujours envie de partir. Ayrault, Hollande ? Il n’en peut plus. Mais, cette fois, c’est pour le président qu’il a le moins d’indulgence.

— Hollande ment tout le temps, me dit-il. C’est pour ça qu’il est à 20 % dans les sondages. Il ment. Il ment tout le temps. Depuis le début.

Je mesure sa déception, sa frustration. Sa voix baisse d’un ton. Il semble libéré.

— De toute façon, je finis deux ou trois dossiers qui me tiennent à coeur, et basta. Je vais leur dire que ça commence à bien faire…

Extrait de "Montebourg… et moi, et moi, et moi", de Valentin Spitz, publié chez l'Archipel, 2014.

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