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"La communauté internationale ne peut plus agir comme si l’Iran, sous la pression de l’embargo, allait céder un pouce de son indépendance et abandonner son programme nucléaire."
"La communauté internationale ne peut plus agir comme si l’Iran, sous la pression de l’embargo, allait céder un pouce de son indépendance et abandonner son programme nucléaire."
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Bonnes feuilles

Arme nucléaire : Barack Obama peut-il discuter avec l'Iran ?

Ardavan Amir-Aslani aborde toutes les questions cruciales en suspens (dossier nucléaire, relation Iran-Israël, visées chinoises, etc.) et révèle la source historique d'un profond malentendu entre l'Iran et les Etats-Unis. Extrait de "Iran - États-Unis, les amis de demain ou l'après Ahmadinejad" (1/2).

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani

Ardavan Amir-Aslani est avocat et essayiste, spécialiste du Moyen-Orient. Il tient par ailleurs un blog www.amir-aslani.com, et alimente régulièrement son compte Twitter: @a_amir_aslani.

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Barack Obama, qui ne peut ignorer ces données que je viens brièvement d’énoncer, en a tiré un double enseignement. D’une part, la théocratie iranienne ne peut pas être délibérément marquée du sceau de l’infamie, sauf à fermer les yeux sur la réalité politique des rapports de force à Téhéran. Les dirigeants iraniens ne sont pas les croisés d’un messianisme apocalyptique, ni les nouveaux Hitler, ni les va-t-en-guerre inconscients et suicidaires, comme on a pu le lire dans les télégrammes diplomatiques révélés par WikiLeaks. Parvenir à un accord entre les États-Unis et l’Iran, ce n’est pas recopier le pacte signé par Daladier et Chamberlain avec le Führer du IIIe Reich. D’autre part, la communauté internationale ne peut plus agir comme si l’Iran, sous la pression de l’embargo, allait céder un pouce de son indépendance et abandonner son programme nucléaire.

Depuis 1979, les autorités iraniennes n’ont rien lâché sur ce terrain et ne lâcheront rien, pas plus aujourd’hui que demain. Devant une telle inflexibilité, on peut évidemment s’interroger sur la manière dont elles accueilleront la main tendue de Washington. Saisiront-elles réellement la perche qu’on leur tend ou bien, tout en proclamant leur volonté de dialoguer, vont-elles se rétracter ? Je ne pense pas que l’Iran puisse actuellement relancer le bras de fer avec les États-Unis et braver l’opinion internationale en procédant à une explosion atomique expérimentale. Une telle initiative lancerait la course aux ADM dans toute la région. Dans la seconde, la Turquie, pays technologiquement avancé et soucieux de préserver son influence, exigerait de se doter de l’arme nucléaire. L’Arabie saoudite aurait la même prétention. Les Saoudiens ne veulent plus confier aux seuls Américains le soin d’assurer leur sécurité : ils perçoivent la tentation des États-Unis de se retirer peu ou prou de la région, comme ils redoutent l’activisme des communautés chiites dans les pétromonarchies.

Très minoritaires au sein de l’Islam, les chiites sont majoritaires dans les principales régions d’exploi tation d’hydrocarbures. En Iran et en Irak bien sûr, mais aussi en Arabie saoudite, où le pétrole est concentré dans la province chiite de l’Est, ou encore au Bahreïn. À l’intérieur de toutes ces zones nous assistons, je le répète, à une guerre de religion : deux blocs s’affrontent, l’un chiite soumis à l’influence grandissante de l’Iran, l’autre sunnite soumis au leadership saoudien et qatari.

Il s’agit ni plus ni moins d’une redéfinition de la cartographie régionale. L’amarrage des bâtiments de guerre iraniens en Syrie en février 2011, ainsi que la présence continue de la 14e flotte iranienne dans la mer Rouge, sous prétexte de repousser les pirates somaliens, participaient de ce jeu d’influence . Ces événements, quasi ignorés en Occident, traduisent symboliquement les capacités de l’Iran à agir au-delà de sa sphère naturelle : une présence de sa flotte en Méditerranée ne s’était pas vue depuis la chute du shah en 1979.

Les Israéliens ne s’y sont pas trompés, comme il ne leur a pas échappé que le gouvernement égyptien a, sans difficulté, donné l’autorisation aux navires iraniens de traverser le canal de Suez. Certes, le traité régissant le canal l’y obligeait, mais cette autorisation aurait traîné si Moubarak n’avait pas été renversé. On notera qu’elle est intervenue au moment où débutaient les révoltes en Syrie, un pays allié de l’Iran depuis toujours.

Dans cette configuration, les autorités iraniennes n’ont aucun intérêt à détenir matériellement l’arme nucléaire, sauf à vouloir provoquer leurs voisins et prendre le risque d’une dramatique escalade. En revanche, elles entendent, et ne l’ont jamais caché, être en capacité technologique et industrielle de construire la bombe. C’est sur ce positionnement stratégique qu’elles se tiennent, et se tiendront. Les États-Unis et Israël le savent, comme ils savent que le programme nucléaire iranien ne bénéficie d’aucun parrainage étranger, à l’inverse, par exemple, de la Corée du Nord qui, protégée par la Chine, peut narguer la planète entière. L’Iran n’est pas et ne souhaite pas devenir une Corée du Nord. Quand bien même on entend, à Téhéran, des Iraniens s’écrier :« Mieux vaut être la Corée du Nord que l’Irak ! »

Conclusion : en Iran, l’idée de négocier avec les États-Unis était, dans la sphère dirigeante, un tabou. Très peu de responsables islamiques ont eu le courage de le briser à l’exception de Rafsandjani, l’ancien président de la République. Au lendemain des élections législatives de 2012, il déclara : « Il nous faut renouer le contact avec les Américains pour aboutir à un rétablissement des relations diplomatiques. » Jamais un haut dignitaire iranien n’avait évoqué publiquement la possibilité d’un tel dialogue sans être aussitôt contesté ou condamné par une autre autorité politique ou religieuse.

En 2013, les discussions avec Washington ne sont plus un tabou. Le pouvoir iranien a fini par se rendre à cette évidence : son isolement international n’est plus supportable et il veut en sortir. Khamenei lui-même fait maintenant des déclarations en ce sens.

 Extrait de "Iran - Etat-Unis, les amis de demain ou l'après Ahmadinejad" (Éditions Pierre-Guillaume de Roux), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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