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Après le Louvre, Montpellier : ce que nous indique les attentats déjoués sur l’état du risque terroriste en France
©Reuters

Amateurisme

Après le Louvre, Montpellier : ce que nous indique les attentats déjoués sur l’état du risque terroriste en France

D'abord l'attentat du Louvres qui a échoué. Hier, l'arrestation de djihadistes présumés prêts à faire un attentat. Pour Patrick Calvar, patron de la DGSI "Il y a des montées de violences au sein de différentes communautés qui pourraient, demain, nous confronter à des situations complexes entre la communauté musulmane, les islamistes et certains extrémistes qui voudraient en découdre."

François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe

François-Bernard Huyghe, docteur d’État, hdr., est directeur de recherche à l’IRIS, spécialisé dans la communication, la cyberstratégie et l’intelligence économique, derniers livres : « L’art de la guerre idéologique » (le Cerf 2021) et  « Fake news Manip, infox et infodémie en 2021 » (VA éditeurs 2020).

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Atlantico : Au vu de l'arrestation ce matin à Montpellier d'individus susceptibles de commettre un attentat et de l'attaque au Louvres la semaine dernière, on voit que les profils des "terroristes" sont emprunts d'amateurismes. Qu'est-ce que cela nous dit du risque terroriste en France à l'heure actuelle ? Ces profils sont-ils nécessairement moins dangereux ?

François-Bernard Huyghe : Le risque est évidemment élevé. On a eu un profil atypique avec l'Egyptien venu faire un attentat de proximité à la machette au Louvres. Pourquoi venir en France pour faire cela. Dans le cas du groupe de Montpellier interpellé ce matin, ce qui est frappant c'est que l'on a un couple. L'homme voulait faire un attentat suicide et sa future épouse devait aller en Syrie et ils avaient dû discuter de son statut de veuve de martyr. Ce sont des points difficiles à comprendre de notre point de vue évidemment mais ce n'est pas nouveau, Coulibaly et sa compagne avaient élaboré le même scénario.

Une des force de l'Etat islamique c'est qu'il est capable de faire des attentats professionnels comme ceux du Bataclan, très bien organisés, fomentés de longue date et de l'autre côté ils incitent au passage à l'acte du tout à chacun. C'est ce que disait Abou Mohamed al-Adnani lorsqu'il déclarait " Si vous ne pouvez pas trouver d'engin explosif ou de munitions, alors isolez l'Américain infidèle, le Français infidèle, ou n'importe lequel de ses alliés. Écrasez-lui la tête à coups de pierres, tuez-le avec un couteau, renversez-le avec votre voiture, jetez-le dans le vide, étouffez-le ou empoisonnez-le". Le groupe de Montpellier fabriquait des explosifs, mais c'était du TATP, très facile à fabriquer qui ne demande rien d'introuvable dans le commerce. 

On peut parler d'amateurisme évidemment mais beaucoup d'amateurs, ça peut faire une réussite de temps en temps et c'est ce qui est terrifiant. La dangerosité qu'il n'y a pas dans leurs compétences techniques, elle est compensée par l'imprévisibilité de ces acteurs. Ils peuvent rentrer en action quand ils veulent, peuvent prendre n'importe quelle cible et ne communiquent pas forcément avec des grandes structures ce qui faciliterai leur repérage.

Est-ce que l'on peut considérer cet amateurisme comme étant aussi la résultante d'un recul de l'Etat Islamique au Moyen-Orient et révélateur de l'impossibilité ou tout du moins d'une plus grande difficulté pour le groupe terroriste d'organiser des actions de grande envergure ?

Il y a plusieurs éléments. D'une part le fait que l'EI soit en perte de vitesse, qu'ils aient perdu al-Adnani, qu'ils enchaînent les déroutes militaires (comme à Mossoul pour prendre un exemple d'actualité), doit donner moins de possibilité d'organiser des attentats centralisés, planifiés depuis Raqqa de longue date. En revanche ce n'est pas un mécanisme de compensation car cet appel aux attaques de proximité n'est pas nouveau. Dès les débuts, l'Etat Islamique a appelé à cela, ils avaient les deux fers au feu en quelque sorte.

Il est aussi plus difficile pour eux d'orchestrer des actions en France car avec le temps les services apprennent. Cela doit être plus difficile qu'il y a trois ans c'est une certitude. Les services progressent on le voit au fait qu'ils font des tas d'interventions préventives même s'il y a encore probablement trop de bureaucratie. Enfin, la méfiance est plus généralisée vis-à-vis des signes suspects.

Patrick Calvar patron de la DGSI déclare que la France est au bord de confrontations communautaires entre d'un côté des extrémistes (de droite) et de l'autre des musulmans français en s'appuyant sur ce qu'il s'est passé à Québec et en Allemagne. Vous, comment réagissez-vous à cette inquiétude et quel analyse pouvez-vous apporter ?

Je réagis avec le plus grand scepticisme. C'est un peu la vieille idée de la stratégie de tension des années 1970 en Italie. Je suis sceptique car d'abord l'Etat Islamique cherche à multiplier les attentats et les actions sur le territoire français mais sans avoir pour but de favoriser ce genre d'actions et de tensions.

Ensuite, si Patrick Calvar veut dire par là qu'il aurait des groupes d'extrémistes armés qui se prépareraient à commettre des actions contre les musulmans, pour ma part je ne les ai pas vu et on peut poser la question de savoir d'où lui viennent ces informations sur ces dangereux extrémistes. Si on se réfère au cas de Québec, un cas isolé ne permet pas de faire des prévisions et de supposer que l'on va vers ce genre d'actions en France. Gardons de la mesure.

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