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Cette combinaison de photos montre le leader de l'opposition russe, Alexeï Navalny, et le président russe, Vladimir Poutine. Alexeï Navalny a accusé Vladimir Poutine d'être à l'origine de son empoisonnement.
Cette combinaison de photos montre le leader de l'opposition russe, Alexeï Navalny, et le président russe, Vladimir Poutine. Alexeï Navalny a accusé Vladimir Poutine d'être à l'origine de son empoisonnement.
©Tiziana FABI, Mladen ANTONOV / AFP

Effet cliquet

Alerte big brother : à Moscou, la reconnaissance faciale mise en place contre le Covid est désormais utilisée pour arrêter les partisans de Navalny

Les opposants à Vladimir Poutine, notamment Alexeï Navalny et ses partisans, sont réprimés et poursuivis par les autorités russes. Les nouvelles technologies et la reconnaissance faciale, via des caméras de surveillance, sont de plus en plus détournées et utilisées contre les opposants.

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

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Atlantico : En Russie, lopposition anti-Poutine fait face à une répression croissante de la part des autorités et le pouvoir nhésite pas à faire usage de nouvelles technologies pour agir contre les dissidents. Comment la police utilise-t-elle le réseau de caméras à reconnaissance faciale de Moscou pour identifier ses ennemis ?   

Fabrice Epelboin : C’est très simple, les autorités ont utilisé le réseau de vidéo-surveillance pour identifier certaines personnes. La partie reconnaissance faciale est de l’ordre du FUD (Fear Uncertainty and Doubt) car cette technologie n’est pas en état de faire ce que l’on imagine qu’elle puisse faire. Elle finira par l’être, mais à l’heure actuelle c’est de la science-fiction, surtout en période de pandémie où chacun porte un masque.

Néanmoins, il faut souligner que si les populations pensent que cette technologie est déjà opérationnelle il y a un effet panoptique modifiant le comportement des êtres humains. Ils vont alors se croire sous surveillance. À ce stade, c’est le principal intérêt de ces technologies. Demain, elles seront capables de reconnaître des visages, mais nous n’y sommes pas encore là.

Dans le cas de la Russie, on entretient une savante confusion entre la réalité d’un système de vidéosurveillance avec des personnes qui identifient des manifestants et une technologie magique.

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Un système de surveillance faciale plus généralisé pourrait-il savérer être une arme indispensable pour un régime totalitaire tel que celui de Poutine pour asseoir son autorité ?

La reconnaissance faciale est expérimentée par les régimes autoritaires comme par d’autres états plus démocratiques. En France on l’expérimente aussi. Avec ces technologies, les régimes vont se transformer que ce soit les démocraties ou des gouvernement plus autoritaire. Lorsque les dirigeants auront accès à ces choix, il va y avoir une nouvelle donne.

En France, aucune limite n’a été fixée au développement de ces technologies, elles sont de l’ordre du symbolique. Aujourd’hui, nous sommes en mesure de pouvoir utiliser la reconnaissance faciale d’un point de vue législatif avec des images de manifestations. Cela ne marche pas mieux qu’en Russie, mais c’est légal. Le jour où cela sera opérationnel les tentations vont venir.

On parle beaucoup de la Chine à propos de cette technologie, est-ce une réalité ?

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Vladimir Poutine aurait-il vraiment eu intérêt à empoisonner Alexeï Navalny ?

La Chine aussi relève du FUD. Néanmoins, il est sûr qu’ils sont beaucoup plus avancés que le reste de la planète. L’important reste que la population pense que cela marche.

Avec le déploiement dun tel système pour « garantir lordre » et servir dans ce cas précis à vérifier si des habitants respectent les restrictions sanitaires, cela pourrait-il être le point dentrée dune société à la Big Brother ? 

On a déployé un algorithme pour vérifier si des personnes portent le masque dans le métro parisien … Pour ce qui est d’assurer l’ordre, il y a un projet européen qui s’appelle INDECT sur lequel travaillent une dizaine d’universités et dont le but est d’interconnecter tous les réseaux de vidéosurveillance (privé et public) pour assurer une "stabilité sociale". Nous faisons la même chose que la Russie ou la Chine.

Concernant le point d’entrée, il y en a une myriade. Généralement c’est le terrorisme, en ce moment c’est le Covid et demain autre chose. Ces opportunités font que l’on avance vers une société plus surveillée. Après l’assassinat de Rambouillet, on a renforcé la surveillance sur les réseaux sociaux alors que le profil de l’assaillant, qui n'utilisait même pas de pseudonyme, n’était pas privé sur les réseaux et les contenus qu'il publiait étaient on ne peut plus explicites... La plupart des lois sur la surveillance en France sont sorties au bon timing, typiquement après un attentat. Leur efficacité, elle, reste à prouver.

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