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"Les décisions des agences fonctionnent comme des prophéties autoréalisatrices"
"Les décisions des agences fonctionnent comme des prophéties autoréalisatrices"
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EDITORIAL

Agences de notation : thermomètres garde-fous ou pompiers pyromanes ?

Moody's ou Standard and Poor's : innocentes têtes de turc ou dangereuses irresponsables ?

Les coupables ne sont pas ceux que vous croyez en matière d'endettement et de crise économique. Les vilaines, les pelées, les galeuses, ce sont les agences de notation financière. Hier considérées comme très cool par les banques et les gouvernements, elles se mettent à donner des notes en dessous de la moyenne pour un oui ou pour ou non. Du coup les spéculateurs (humains ou informatiques) s'en donnent à coeur joie en jouant à la baisse ou à la hausse. Mais c'est la loi du marché. Non les irresponsables ce sont ces fameuses agences de notation.

On croyait avoir compris que la crise américaine avait été provoquée par des banques qui ont distribué des prêts à tout va à des emprunteurs qui rêvaient de maisons au dessus de leurs moyens en alimentant une spéculation immobilière effrénée. On croyait avoir compris que la Grèce avait dépensé sans compter, accepté un premier prêt sans vraiment se mettre à la rigueur, que l'Irlande, ou l'Espagne étaient les suivants sur la liste des irresponsables qui coulent l'euro avec des déficits budgétaires abyssaux.

Lorsque l'Italie, toute aussi peu économe se trouve elle aussi montrée du doigt, et que les agences de notation financière comme Moody's ou Standard and Poor's (S&P pour les intimes) dégradent leur note, et menacent de faire de même pour les USA, alors qu'Obama tente (vainement pour l'instant) de faire voter le rélèvement de la limite (atteinte) du droit d'emprunt de son pays, face à des Républicains peu enclins à lui faire des cadeaux, trop c'est trop !

On découvre qu'en fait ce ne sont ni les banques (qui se seraient écroulées sans l'injection des milliards de chaque état), ni les gouvernements qui endettent à tout va les générations futures qui sont responsables. Non ce sont ces satanées agences de notation qui cassent l'ambiance.

Du coup, on se demande comment faire pour les remettre au pas ? Leur interdire de noter la dette d'un pays qui fait l'objet d'un plan d'asssistance comme la Grèce ? Michel Barnier, commissaire européen en parlait  récemment. Mais cela ne fait pas peur aux agences, la preuve "Les agences de notation ont porté deux nouveaux coups, mardi soir et mercredi, à des pays sous perfusion financière internationale. Moody's a dégradé d'un cran la note de la dette à long terme de l'Irlande en catégorie « spéculative » (de Baa3 à Ba1) comme elle l'avait fait quelques jours plus tôt pour le Portugal, tandis que Fitch a fait plonger de trois crans (à CCC contre B +) la note souveraine de la Grèce, qui n'est plus qu'à trois niveaux du « défaut » tant redouté." comme le souligne le quotidien Les Echos.

Dans Libération, Nicolas Petit, un professeur de droit explique qu'après la crise américaine qu'elles n'ont pas vu venir "les agences, pour rétablir leur réputation, sont devenues assez conservatrices dans leurs prédictions et très dures dans leurs notations. Surtout, elles se montrent incroyablement anticipatives, alors que la prédiction, même à court terme, est un exercice périlleux."

Et il ajoute "Les décisions des agences fonctionnent comme des prophéties autoréalisatrices: les marchés, nerveux, surréagissent, ce qui étrangle les pays dégradés et les pousse davantage chaque jour vers le défaut, ce qui donne raison aux agences".

Bref, les agences provoquent la panique, il faut les mettre au pas. Fallait-il faire taire tous ceux qui criaient "Nous coulons" sur le Titanic parce qu'ils aggravaient la panique ? Bien mais dans ce cas, faut-il aussi interdire aux journaux de faire des gros titres sur la crise. Au Financial Times britannique, souvent accusé de "jouer contre l'euro", mais aussi au Monde.

Exemple avec Le Monde le 21 juin 2011 : "Dette grecque : dix jours pour éviter l'effet domino en Europe" Ce n'est pas anxiogène ? Paniquant pour les marchés ? Vu la crédibilité du journal est-ce plus ou moins irresponsables qu'une analyse d'une agence de notation ?

Alors bien sûr il faudrait éviter que la stabilité de l'euro ou l'avenir immédiat du dollar dépendent des humeurs deux ou ou trois entreprises de notation financière. Mais évitons de nous en prendre (verbalement pour l'instant d'ailleurs) uniquement aux opportunistes, aux messagers aux thermomètres alors qu'il faudrait surtout que les Etats cessent de vivre à crédit, comme le ménage surendetté avec sa carte Cofinoga. Mais il sera plus facile de réformer le système de notation que de sevrer les Etats pour qui la dette est devenue une drogue, même si l'on voit que cela peut être aussi une menace de mort à crédit.

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