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Halte aux abus ! De l'économique, les agences de notation glissent vers le politique...
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Ivresse des cimes

Halte aux abus ! De l'économique, les agences de notation glissent vers le politique...

La crise a révélé le pouvoir grandissant des agences de notation sur les États. Après s'être cantonnées au domaine économique, Standard & Poor's et ses congénères semblent aujourd'hui investir le terrain politique. Faut-il tirer la sonnette d'alarme ?

Henri Spitezki

Henri Spitezki

Henri Spitezki est économiste. Docteur en Sciences de gestion, titulaire d'un D.E.S.S. de Sciences économiques, lauréat de la Faculté en Économie et licencié en sociologie. Il a enseigné aux Universités Paris 1-Panthéon-Sorbonne et Paris-Dauphine (notamment la macro-économie et l’économie financière).

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Ce vendredi, Moody's a dégradé les notes du Crédit Agricole, de la BNP Paribas et de la Société Générale. Ce lundi, c'était Standard & Poor’s qui plaçait sous surveillance négative les notes des Etats européens puis, quelques heures plus tard, de plusieurs grandes institutions financières du continent. Les agences de notation mettent donc l’Europe au pied du mur : il faut sauver l’euro en danger !  

En regardant de plus près le communiqué de S&P, un point attire l’attention : une fois de plus, l’agence est allée bien au-delà de sa mission d’analyse financière. En portant un jugement sur la politique des Etats concernés, elle a outrepassé son mandat.

Le reproche habituellement adressé aux agences est qu’elles précipitent (involontairement) les États dans un cercle infernal : la dégradation de la note entraîne une élévation des taux d’intérêt, qui fait augmenter mécaniquement le poids de la dette. Il s’agit là d’un phénomène d’anticipations auto-réalisatrices caractérisé : en période de crise, les annonces des agences sont un élément important d’aggravation du poids de la dette.

Depuis quelques mois, on semble être passé à un nouveau stade, celui de l’interventionnisme politique des agences. Le 5 août, déjà, S&P avait fait savoir que sa décision de dégrader la note des États-Unis tenait à "des risques politiques", faisant craindre des mesures insuffisantes contre le déficit budgétaire. Le gouvernement américain a alors démontré que l’agence avait fait une erreur d’estimation d’environ 2 000 milliards de dollars. Il n’empêche que le glissement des agences vers des appréciations de nature politique - forcément subjectives – était bel et bien engagé.

Qui peut croire que le communiqué de S&P de ce lundi intervient à un moment fortuit, quelques jours seulement avant le sommet décisif de Bruxelles ? Les explications de l’agence sur ce sommet, qu’elle qualifie d’"opportunité" pouvant déboucher sur "une réponse crédible à la crise", montrent bien que l’opération ne doit rien au hasard, et qu’il s’agit d’une tentative d’infléchir les politiques suivies à ce jour.

Jusqu’à quel point les agences continueront-elles de s’immiscer dans le politique ? Standard & Poor’s ne s’ingère pas seulement dans l’agenda européen, mais va jusqu’à avancer des propositions de réformes, qui "impliqueront non seulement de plus importantes économies dans le secteur public, mais aussi des mesures pour renforcer les exportations et la flexibilité des marchés du travail, des biens et des services". Cette apologie du tout-marché est complétée par un appel, à peine déguisé, à une intervention élargie de la BCE.

Donc, non contentes d’avoir contribué à allumer l’incendie des subprimes - en leur attribuant des notes fantaisistes - et d’avoir maintenu le AAA de Lehman Brothers jusqu’à deux jours avant sa faillite, voilà que les agences se piquent, à présent, de donner des conseils aux gouvernants…

En s’aventurant sur le terrain politique, elles semblent ne pas se rendre compte qu’elles se heurtent à une contradiction. De deux choses l’une : ou bien le pouvoir politique - par ses interventions - peut infléchir l’activité économique, et la notation des agences repose sur des prédictions erronées. Ou, au contraire, le politique n’a plus de réel pouvoir économique, celui-ci étant passé entre les mains des marchés. Dans ce cas, quel est l’intérêt pour les agences d’intégrer le paramètre politique dans leur raisonnement ?

Les agences de notation se croient-elles arrivées au sommet de l’Olympe ? Peut-être, mais, alors, elles ont tort d’oublier que, à partir d’une certaine altitude, l’oxygène manque au cerveau et déclenche des malaises pouvant aller jusqu’à la perte de connaissance.

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