Affaire Jacqueline Sauvage : entre démagogie, compassion et respect des décisions de justice | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Société
Une manifestation de soutien à Jacqueline Sauvage.
Une manifestation de soutien à Jacqueline Sauvage.
©

dilemme

Affaire Jacqueline Sauvage : entre démagogie, compassion et respect des décisions de justice

François Hollande a reçu ce vendredi 29 janvier à l'Elysée les filles de Jacqueline Sauvage, condamnée à 10 ans de prison pour le meurtre de son mari. Alors qu'elles demandent la grâce présidentielle, le président désire prendre "le temps de la réflexion".

Gilles Gaetner

Gilles Gaetner

Journaliste à l’Express pendant 25 ans, après être passé par Les Echos et Le Point, Gilles Gaetner est un spécialiste des affaires politico-financières. Il a consacré un ouvrage remarqué au président de la République, Les 100 jours de Macron (Fauves –Editions). Il est également l’auteur d’une quinzaine de livres parmi lesquels L’Argent facile, dictionnaire de la corruption en France (Stock), Le roman d’un séducteur, les secrets de Roland Dumas (Jean-Claude Lattès), La République des imposteurs (L’Archipel), Pilleurs d’Afrique (Editions du Cerf).

Voir la bio »

Qui pourrait nier que Jacqueline Sauvage, condamnée une seconde fois en décembre 2015,  par la cour d’assises de Blois statuant en appel, à 10 ans d’emprisonnement pour le meurtre de son mari, n’a pas connu l’enfer pendant 47 ans ? Qui pourrait nier que Jacqueline Sauvage n’a rien d’une criminelle classique ? Mais qui  pourrait nier, que cette femme âgée de 66 ans, ne pouvait en droit invoquer la légitime défense puisqu’elle a tué son mari d’une balle tirée dans le dos avec un fusil ? Trois questions qui depuis un mois reviennent en boucle dans les journaux.

Ces journaux, qui comme pris dans un tourbillon médiatique, ce qu’adore l’opinion, se font le relais de la demande des filles de Jacqueline Sauvage et de son entourage : le président de la République doit, conformément, à l’article 17 de la Constitution accorder le droit de grâce – survivance de la monarchie- à la meurtrière de Norbert Marot en septembre 2012… D’ailleurs, la preuve que cette demande est justifiée, c’est que la classe politique,- même si elle ignore tout du dossier jugé par les deux cours d’assises- pour une fois unanime, de Valérie Pécresse à Jean-Christophe Lagarde en passant par Anne Hidalgo et Nathalie Kosciusko-Morizet  sollicite elle aussi la grâce de cette femme, qui, est à bout de souffle. Qui pourrait blâmer ces élus par tant de compassion ? Personne

Sauf que deux  jurys populaires auxquels les Français sont si attachés, ont prononcé, à deux reprises, dans des cours d’assises différentes, une peine identique : 10 ans de prison. Le président de la République qui vient de recevoir la famille de  Jacqueline Sauvage  avec les deux avocates de Jacqueline Sauvage, Mes Nathalie Tomasini et Janine Bonnaggiunta, - celles-ci menant au demeurant un combat estimable- se trouve aujourd’hui dans une situation délicate, lui qui, dit-on, n’aime guère prendre de décisions radicales. Va-t-il suivre cette demande de grâce sous prétexte qu’elle est signée par près de 400 000 personnes ? D’abord, ce serait faire fi des arrêts des deux Cours d’assises, rédigés dans l’intime conviction des magistrats-professionnels et non professionnels- Ensuite, ce serait ouvrir la porte à un fâcheux précédent puisque tout justiciable condamné à une forte peine de prison par une Cour d’assises pourrait la contester en demandant la grâce présidentielle.

Bien sûr, cette affaire dramatique pose la question de la femme battue, de la femme qui n’ose avouer qu’elle mène une vie d’enfer à cause d’un mari violent…A coup sûr, le président de la République se la pose. Mais, on le sait, François Hollande n’est guère emballé, c’est le moins qu’on puisse dire, par l’exercice du droit de grâce. Depuis son élection en mai 2012, il ne l’a exercé qu’une seule fois en libérant le plus vieux détenu de France, demeuré 38 ans en prison. Son prédécesseur, Nicolas Sarkozy y était hostile. Quant au président Jacques Chirac, il l’avait exercé, sur intervention du Maroc, à propos de la célèbre affaire du jardinier Omar Raddad, condamné, en 1994, pour le meurtre de Ghislaine Marchal. Omar Raddad, même gracié en 1998, demeure coupable, car la grâce n’enlève pas la culpabilité.

Si Jacqueline Sauvage était graciée, en sortant rapidement de prison, elle resterait coupable du meurtre de son époux… Alors, que va décider François Hollande ? Quoiqu’il fasse, il sera critiqué. De démagogie par la magistrature qui se sentira désavouée s’il gracie Jacqueline Sauvage. D’homme insensible à la cause des femmes battues s’il refuse la grâce… Alors, quelle solution qui ne déboucherait pas sur une nouvelle défiance entre juges et pouvoir exécutif ?

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !