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Quel candidat représentera la gauche en 2012 ?
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Gueule de bois

Primaires : après DSK, le PS face à lui-même

La chute du candidat tout désigné révèle les ambiguïtés et les contradictions des primaires socialistes. Que veut vraiment le PS ?

Frédéric de Gorsse

Frédéric de Gorsse

Frédéric de Gorsse est le pseudonyme d'un consultant en poste auprès du gouvernement.

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L’empêchement de Dominique Strauss-Kahn pour la présidentielle de 2012 place le parti socialiste dans l’embarras. Or l’embarras des socialistes n’est pas seulement lié à la gravité des faits pour lesquels le favori pour la présidentielle de 2012 est inculpé ni à la difficulté de devoir faire désormais sans DSK. Ce sont les ambiguïtés d’un choix mal assumé, celui de soumettre à des « primaires ouvertes » la désignation du candidat socialiste pour l’élection présidentielle de 2012, qui apparaissent au grand jour.

Malaise au PS

Ce qu’il convient d’appeler « l’Affaire Strauss-Kahn » n’est pas seulement une affaire judiciaire où se joue l’honneur d’un homme. C’est un révélateur des fractures politiques françaises qui se déploie sur plusieurs niveaux, celui des mœurs, celui de la justice et des différences de mentalités de part et d’autre de l’Atlantique, et, plus encore, celui des rapports entre les élites politiques et les peuples.

Il est trop tôt pour percevoir ce que cette affaire va changer en France et pour interroger ce que Christopher Caldwell appelle dans le Weekly Standard« l’effondrement des élites françaises ». Ne considérerons à ce stade que les conséquences politiques objectives de l’inculpation de Dominique Strauss-Kahn : le questionnement de la relation entre le PS et la société française. Si l’embarras des leaders socialistes et des proches est compréhensible, les difficultés que traverse le PS  en raison de cette affaire vont au-delà de la simple remise en cause de la donne électorale et de l’équilibre des forces : elles révèlent un malaise plus profond, l’abus de position dominante du principal parti d’opposition dans la perspective de la présidentielle de 2012.

Dès le surlendemain de l’arrestation de DSK, invoquant le devoir d’unité, certains hiérarques socialistes mettent en doute le processus des « primaires citoyennes » qui doivent permettre, les 9 et 16 octobre 2011, à tous « les citoyens inscrits sur les listes électorales » et à ceux qui auront 18 ans au moment de l’élection présidentielle, mais aussi les mineurs adhérents des MJS, de désigner le candidat du PS. Manuel Valls, pourtant candidat prédéclaré, demande une « mise entre parenthèse » des candidatures, avant de préciser, quelques jours plus tard, « les primaires auront lieu, doivent avoir lieu parce que c'est l'occasion précisément de nous tourner vers les Français ». De son côté, Claude Bartolone reprend l’idée de « primaires de confirmation », cette fois-ci au profit de Martine Aubry,  proposition déjà avancée lorsque des enquêtes d’opinion avait laissé entrevoir la possibilité d’une présence de Marine Le Pen au second tour de la présidentielle. Henri Emmanuelli pour sa part explique qu’il faut en revenir à la tradition qui fait du premier secrétaire du parti le candidat, tradition interrompue par… Lionel Jospin en 1995.

Les primaires, victimes collatérales ?

Alors les primaires seront-elles les victimes collatérales de l’affaire DSK ? Dans les faits, à ce stade, le PS ne peut renoncer aux primaires sans se renier et porter sérieusement atteinte à sa crédibilité. Au demeurant, le dispositif est acté et un site internet dédié aux primairesinforme au jour le jour les citoyens intéressés. Pour autant l’empêchement de DSK dévoile les ambiguïtés d’une procédure en fin de compte mal assumée, les dirigeants socialistes demeurant réticents à l’idée de laisser trancher par des personnes extérieures au PS le choix de leur candidat. Prendre prétexte des circonstances exceptionnelles liées à l’inculpation de DSK pour renoncer aux primaires ferait surtout apparaître que ce dispositif n’était pas sincère et ne visait qu’à asseoir la légitimité du candidat désigné par un pacte.

Alors même que les écologistes ont acté, le 14 mai dernier, le principe de primaires de leur côté pour départager Eva Joly et Nicolas Hulot, et ouvert un site appelant les électeurs à s’inscrire avant le 10 juin, les atermoiements des dirigeants socialistes sur leurs « primaires citoyennes » révèlent les ambiguïtés du recours à la procédure d’une élection informelle, en dehors des élections officielles, et en dehors du parti, pour régler la crise de leadership et la détérioration du lien avec la société.

Mais l’empêchement du candidat apparemment providentiel est l’arbre qui cache la forêt. La seule question qui importe est de se demander si l’échec annoncé de 2012 découle la responsabilité du Parti socialiste, de sa manière de hiérarchiser les enjeux.  Que veut vraiment le PS ? Gagner la présidentielle. Mais pour quoi ? La question de la finalité, « gouverner, pour quoi faire ? », est devenue secondaire par rapport à l’affirmation de l’objectif électoral.

Le PS obsédé par la présidentielle

Depuis 2002 le PS est obsédé par la défaite à une élection présidentielle imperdable.  De là découle cette « maladie présidentielle » des socialistes dont parlaient, en 2009, les auteurs du « rapport pour des primaires ouvertes et populaires », Arnaud Montebourg et Olivier Ferrand, président et fondateur du think tank « progressiste » Terra Nova.  Sans insister sur le fait, non négligeable, que les « primaires citoyennes » n’auront pas l’ampleur que souhaitaient ses promoteurs, impressionnés par l’exemple américain et fascinés par la campagne d’Obama en 2008, la relecture de leur rapport s’avère particulièrement instructive sur la question essentielle du lien entre le parti socialiste et les Français. Il est en effet question, dès les premières pages, de l’incapacité du PS à trancher la question du leadership et à sortir d’un « projet dépassé ». Puis, vient cette proposition : « Notre projet ne pourra venir que d’une collaboration active avec les Français, avec des retrouvailles sur le terrain (…). Les Primaires Populaires est ce projet politique permettant d’associer les Français et le peuple de gauche à la fabrication de notre projet, en même temps qu’au choix du futur Président de la République. » Tout est dit, ou presque : une procédure tient lieu de projet politique.

Plus qu’un dispositif visant à renforcer le lien entre les citoyens et les partis et à « démocratiser l’élection présidentielle », plus qu’un « geste de confiance dans la société », le recours aux primaires est la conséquence de la crise de légitimité des organisations partisanes et de la pression plébiscitaire qui s’impose à gauche comme à droite depuis que l’élection présidentielle a accru, avec le quinquennat, sa domination sur la vie politique nationale. En somme la tentation des dirigeants socialistes est grande d’écrire à l’avance le scénario de ces primaires imposées par la réalité, face aux démons de la division mais aussi face à l’inconnue d’un véritable choix populaire.

L’affaire Strauss-Kahn a fait passer au second plan une autre controverse née d’un récent rapport de Terra Nova intitulé « Projet 2012 - Gauche : quelle majorité électorale ? ». Dans ce rapport, le groupe de travail conduit par Olivier Ferrand s’efforce de déterminer sur quelle base sociologique la gauche doit s’appuyer pour l’emporter sans renoncer à ses valeurs, compte tenu du fait que la classe ouvrière, base historique, est déclinante et gagnée par le populisme de droite. Là encore, l’enjeu est bien celui du lien entre la gauche et la société française, mais le calcul l’emporte sur les finalités de l’exercice du pouvoir. L’objectif, être majoritaire sociologiquement et électoralement, et la condition, imposer les « valeurs culturelles de la gauche », font passer au second plan la raison d’être de tout parti politique, à savoir s’adresser à l’ensemble de la société, définir les contours d’une société meilleure, où chacun, dépassant ses intérêts ou ses préjugés, adhère à un projet commun. Si le PS perd le contact avec la société française, c’est par son double abandon à un idéalisme sans exigence (le culte des valeurs de gauche) et à un réalisme sans vergogne (le calcul électoral) qui lui permet de ne pas se demander « gouverner pour quoi faire ? ». Affronter de nouveau l’incertitude des gens ordinaire, l’interrogation sur le sens de l’appartenance à une même société et sur les enjeux et les possibilités de l’action politique du peuple français dans son ensemble, est peut-être ce qui lui arrive de mieux.

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