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AAAcademy : Paris et Londres se tirent dans les notes !
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C'est pas moi, c'est l'autre

AAAcademy : Paris et Londres se tirent dans les notes !

Depuis la mi-novembre, le temps est orageux au dessus de la Manche. Une "guerre des mots" fait rage autour des notes françaises et britanniques. Quel sera l'impact de ces hostilités sur les relations entre deux pays qui, de toute façon, ne se sont jamais vraiment entendus ?

Bruno Bernard

Bruno Bernard

Anciennement Arthur Young.
Ancien conseiller politique à l'Ambassade de Grande-Bretagne à Paris, Bruno Bernard est aujourd'hui directeur-adjoint de cabinet à la mairie du IXème arrondissement de Paris.

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La semaine dernière avait lieu un dîner à la résidence de l’Ambassadeur de Grande-Bretagne en France, Sir Peter Westmacott. François Fillon et son épouse Penny, en étaient les invités d’honneur. Saluant le prochain départ de son hôte[i], Fillon lui dit sur le ton de l’humour "depuis que l’on sait que tu pars, tout va mal entre la France et la Grande-Bretagne".

Malgré tout le respect que j’ai pour le travail de mon ancien patron, je crains que son départ n’ait que peu à voir avec la récente "guerre des mots" entre les deux meilleurs ennemis d’Europe.

L’origine de cet affrontement verbal remonterait à un commentaire du Chancelier de l’Echiquier, George Osborne, liant la situation grecque et la situation française, le 13 Novembre dernier.

Ce commentaire venu d’un pays hors de la zone Euro, ne contribuant pas à la solidarité européenne et mal en point économiquement[ii] a agacé Paris au plus haut point. Dans un climat européen fébrile Christian Noyer, gouverneur de la Banque de France, a ainsi invité les agences de notation à abaisser la note du Royaume-Uni avant celle de la France. Des propos soutenus par François Fillon puis relayés par François Baroin. Les Français ne comprennent pourquoi la Grande-Bretagne semble bénéficier d’un traitement de faveur et ont jusqu’à suspecté un complot contre la monnaie unique. Ce qui n’est pas nouveau.

Pour les Britanniques, c’est l’angoisse française de perdre le précieux triple A de la France qui explique ces attaques. Les Français chercheraient à faire diversion pour faire oublier leurs propres turpitudes.

Alors au final, quel impact sur les relations entre les deux pays ?

Le très francophone et francophile, Benedict Brogan[iii]écrit que la France a besoin de la Grande-Bretagne pour survivre et qu’en conséquence la France ne devrait pas espérer que la Grande-Bretagne "tombe". Cela n’est certainement pas un objectif mais il existe en France une passion pour l’égalité, et en l’espèce ce que demandent les Français aux agences de notation, c’est l’égalité de traitement.

France et Grande-Bretagne sont coutumières de ses "engueulades" au-dessus de la Manche. Elles font partie intégrante de cette relation d’attraction/répulsion entre les deux pays tout en n’empêchant aucunement les liens de se tisser inexorablement. Toutefois la France et l’Angleterre (car c’est elle dont il s’agit) demeurent des pays irrémédiablement différents malgré certaines similitudes comme leur passé de grandes puissances. Le voile pudique de l’Entente cordiale ne saurait masquer que le seul domaine politique où les deux pays s’entendent réellement bien est celui de la défense. Dans tous les autres domaines (agriculture, culture, économie, finance etc) leurs conceptions s’opposent très souvent.

Avec les Conservateurs au pouvoir, ces différences sont plus brutales et plus visibles qu’avec les Travaillistes, mais ce sont les mêmes. Les Britanniques ne veulent ni de l’Euro ni de l’Union européenne qu’ils perçoivent comme une menace pour leur identité et leur démocratie. La notion d’union politique leur est étrangère. L’Angleterre, comme les Etats-Unis, a une politique par essence isolationniste avec laquelle elle n’a jamais rompu depuis le 19ème siècle

Il ne faut pas se tromper sur la nature de la relation politique entre les deux pays. Elle n’a que très peu de substance comparée à la relation qu’entretient la France avec l’Allemagne. Politiques français et britanniques ne parlent pas la même langue, ils n’ont pas les mêmes références politiques : l'Etat pour les uns, les marchés pour les autres.

Un jour Josselin de Rohan, ancien président de la commission des Affaires étrangères du Sénat, me confiait : "On ne se comprend pas avec eux", en référence aux députés britanniques membre de l’Assemblée de l’Union de l’Europe Occidentale. Cela résume parfaitement la relation franco-britannique : le lien existe mais on ne se comprend pas. Il est donc bien naturel qu’il y ait de temps en temps certaines poussées de fièvres.

Rassurez-vous néanmoins chers amis Français, vous pourrez toujours continuer à aller à Londres pour faire votre shopping, peu importe les noms d’oiseaux qui fusent au-dessus de votre Eurostar, car l’essentiel en Grande-Bretagne c’est d’être "open for business".



[i] En tant qu’ambassadeur de Grande-Bretagne à Washington

[ii] Déficit de 8,8 % du PIB, Dette de 82,4 % du PIB, inflation de 4,5%

[iii] Rédacteur en chef adjoint du Daily Telegraph

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