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A droite, avantage à la tendance sarkozyste mais la clarification idéologique n’est pas tout à fait sortie des urnes
©Reuters

Oui au nini

A droite, avantage à la tendance sarkozyste mais la clarification idéologique n’est pas tout à fait sortie des urnes

Au vu des résultats, il est possible de dire que la stratégie de Nicolas Sarkozy du nini (NDLR : ni PS ni FN en termes d’alliance) l’a emporté.

Atlantico : En quoi ces résultats ont-ils permis une clarification idéologique à droite? Quelle droite sort renforcée ? Quelle droite sort affaiblie ? Laquelle renforcée ?

Philippe Tesson : A mes yeux, il n’y a qu’une droite qui est actuellement en crise. Elle se trouve dans une confusion totale. Donc il est difficile de dire qu’une droite l’a emporté plus spécifiquement sur une autre. Le scrutin n’apprend rien de nouveau sur les divisions de la coalition des Républicains ni sur la cause de ces tensions et la carence d’idéologie totale. Cela ne signifie pas que je sois désespéré pour la droite. D’ailleurs on n’est jamais désespéré par le parti que l’on a choisi si je puis dire car je suis de ce côté-là. Je pense simplement que le moment n’était pas venu pour la droite de redéfinir ou de renforcer son idéologie actuelle. La droite est obsédée par des primaires qui lui empêchent toute espèce de réflexion.

Si l’on oppose la droite dure à la droite modérée, l’une d’entre elles, a-t-elle réussi, au minimum, à prendre une certaine avance ? Et si ce n’est pas encore le cas, peut-on prévoir cette clarification idéologique d’ici la fin des primaires ?

A l’inverse de beaucoup d’autres, j’ai tendance à relativiser la signification de ce scrutin. Et ce pour des raisons bien précises. Tout d’abord, il s’agit du contexte politique français dominé par les récents évènements, à savoir les attentats de Paris. Ils ont « pollué » les conclusions et les réflexions que l’on peut faire. Deuxièmement, il n’y avait pas de véritables enjeux à ces élections. Aux régionales, on ne vote pas sur un engagement définitif d’ordre national. Enfin, ce type de scrutin se caractérise par une abstention relativement forte.

Cela dit, pour répondre à votre question, en France il y a deux droites depuis le milieu du XIXème siècle. Ce n’est pas nouveau. Bien sûr, selon l’époque on les colore et on les définit selon une terminologie particulière mais il y a une droite que l’on peut appeler autoritaire qui s’oppose à une autre libérale. Ce n’est, bien entendu, qu’une schématisation grossière des clivages à droite mais il est vrai qu’il y a deux tendances majeures à droite qui se manifestent par deux choix stratégiques ou tactiques. Il y a d’un côté la droite Juppé avec la tentation centriste qui a toujours existé, même si cela peut sembler étonnant qu’un gaulliste historique se présente aujourd’hui comme un centriste giscardien. Il s’agit sans doute là d’une forme d’opportunités. Mais il y a toujours en face cette droite plus autoritaire historique. Il ne faut pas oublier d’autres clivages à droite avec celle souverainiste de Dupont Aignan ou encore celle morale. Ces droites sont nombreuses et justifient la tenue de primaires. Je pense que cette question de clarification idéologique n’a pas été réglée à droite grâce à ces régionales. Elle le sera par contre à l’issue des primaires qui obligeront les droites à se recentrer sur une idéologie bien précise. Ces primaires vont faire beaucoup plus que les régionales en termes de réflexion de la droite.

Au-delà de la question de l’idéologie, se pose la question de la stratégie, notamment vis-à-vis du FN. Est-ce qu’une de ces stratégies sort gagnante de ces régionales, malgré la nuance que vous relevez concernant l’impact de ces régionales ?

On est également sur ce plan-là dans la confusion la plus totale. Au vu des résultats, il est possible de dire que la stratégie de Nicolas Sarkozy du nini (NDLR : ni PS ni FN en termes d’alliance) l’a emporté. Mais cette logique n’a pas été suivie partout en France. Donc au final on ne peut pas assurer du fait que la stratégie sarkozyste soit véritablement payante. Disons qu’arithmétiquement, Sarkozy peut à juste titre revendiquer la victoire, et pourtant il le fait modestement pour une fois, mais ce n’est pas la seule stratégie utilisée par la droite lors de ces élections. Et toute, ou presque, ont été payante. Donc ce constat est à relativiser.

Et selon vous laquelle des stratégies serait la plus efficace ?

Je ne suis qu’un simple citoyen, je ne suis qu’un journaliste. Mais ce qui me semble allant le plus dans l’intérêt de la France et des Français, c’est une forme de besoin et de volonté d’union, de rassemblement ou encore pourrait-on dire de modération. Je le ressens à travers notamment ces élections régionales. Il s’explique par une forme d’angoisse liée au contexte actuel de crises multiples. Il y avait quelque chose de consensuel à la lecture de ces résultats et à la tonalité des commentaires. Certes, il y a presqu'un Français sur deux qui vote FN, ce qui relative grandement les choses, mais je parle bien ici de l’autre moitié. Il y a une impression qui est celle que l’on s’est trop divisé et qu’il faut retrouver de l’unité pour arriver à des solutions. Et si c’est cela l’attente des Français, il va falloir que les politiques répondent enfin à cette volonté de l’opinion et en tiennent en compte.  

Que ce soit le retrait de M. Sarkozy, président des LR, ou les paroles de M. Bertrand annonçant la victoire des citoyens et non d’un parti, peut-on à partir de ce constat parler d’une telle évolution plus consensuelle ?

Je crois que c’est le principe profond que l’on peut observer à partir de ces régionales. Le problème c’est que pour les primaires, on va se retrouver avec des candidats qui sont en grande partie d’accord sur ce « recentrage ». Or ils vont être obligés lors de ces primaires de se battre et que vont-ils faire sinon se battre sur la forme et non par conséquent sur le fond ? Encore une fois, tous les dés vont être pipés car les débats vont se faire à travers à combat sur la forme seule, et je le regrette sincèrement. La situation présente renforce cette position que je défends.

Le mode de scrutin des régionales ne favorise-t-il pas cette impossibilité à clarifier finalement la ligne idéologique d’un parti, à savoir ici de la droite ?

Il faut dire que dire que c’est un scrutin, excusez-moi le terme, que qualifierais de « bâtard ». Il mélange en effet pour ces régionales la proportionnelle et le scrutin majoritaire à deux tours. Ce système est donc perverti par la possibilité d’alliances comme on l’a bien vu. D'ailleurs un scrutin proportionnel qui empêche un parti qui a recueilli 40% des voix au premier tour de l’emporter est un peu paradoxal. Donc c’est qu’il y a quelque chose qui ne va pas. Ce mode de scrutin est une forme d’entre deux entre le système de la IVème République et celui de la Vème entre proportionnel et fait majoritaire. C’est donc un motif de confusion de plus. Et c’est bien le problème, il n’y a plus que ça. Et toutes ces confusions empêchent à proprement parler une clarification idéologique même si celle-ci me semble nécessaire et obligatoire pour la droite d’ici la fin des primaires.

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