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Selon un sondage Ifop exclusif pour Atlantico, 65% des Français sont favorables à l'intervention militaire en Irak contre l'Etat islamique
Selon un sondage Ifop exclusif pour Atlantico, 65% des Français sont favorables à l'intervention militaire en Irak contre l'Etat islamique
©Reuters

Déjà lassé ?

65% des Français favorables à l'opération militaire en Irak : une approbation en légère baisse

EXCLUSIF - Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 65% des Français sont favorables à l'intervention militaire en Irak contre l'Etat islamique. Le soutien à cette opération a bondi après l'assassinat d'Hervé Gourdel, mais commence déjà à fléchir.

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Atlantico : Selon un sondage Ifop pour Atlantico, 65% des Français sont favorables à l’intervention militaire en Irak contre l'Etat islamique. Ce chiffre a beaucoup évolué en peu de temps, puisqu'il a baissé de 4 points en une semaine, après avoir gagné 16 points la semaine précédente. Comment expliquer cette fluctuation ?

Jérôme Fourquet : C’est très clair : on est au début de l'opération à 53% d'opinions favorables, ce qui est un niveau assez moyen sur l’historique des interventions militaires – on était bien plus haut au moment du Mali et de la Libye. Comment expliquer ce résultat en demi-teinte au départ ? Sans doute un effet de lassitude, après le Mali et la Centrafrique. Peut-être aussi qu’une partie de l’opinion a estimé qu’il y avait plus de coups à recevoir qu’à donner dans cette affaire ; qu’il y aurait des représailles sous forme d’attentats dans le pays.

Le paysage change radicalement en une semaine, suite à l’atroce assassinat de l’otage français en Algérie, Hervé Gourdel, qui a produit dans la société française un sentiment de colère et de détermination, une volonté de représailles. Le bien-fondé de l’opération contre l’Etat islamique s’en ait retrouvé stimulée. Ce qui explique cette progression de 16 points. On aurait pu penser – et c’était peut-être le but recherché par les islamiques – que cet assassinat aurait fragilisé le consensus national et qu’une part significative de nos concitoyens auraient pu penser que la mort de cet otage était directement liée à cette opération militaire, or il s’est produit le réflexe adverse : une volonté de faire front, de se rassembler. La légitimité de cette opération s’en est trouvée confortée, avec l’idée qu’il n’y a rien de bon à attendre de ces gens-là et que la seule réponse à apporter est de les mettre hors d’état de nuire.

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On a eu exactement le même mouvement d’opinion en Grande-Bretagne. Avant la décapitation de leur otage, une majorité de britanniques était opposée à ce que leur pays rejoigne la coalition, et du jour au lendemain, après l’assassinat, il y a eu un basculement très clair de l’opinion qui s’est déclarée très favorable à la participation de leur pays aux campagnes de frappes aériennes.

Les choses vont vite : depuis, le niveau d’adhésion en France reste élevé – deux tiers des Français dont un quart  est « tout à fait favorable – mais on a déjà une très légère érosion de quatre points en une semaine. Quatre points, ça peut paraître peu, mais le précédent de la Libye, où on était dans un scénario assez similaire de campagne de frappes aériennes, nous montre que l’indulgence et la patience de l’opinion publique est relativement limitée. On sait que ce type d’opération prend du temps, or cette condition n’est pas facilement octroyée par les opinions publiques occidentales, qui se lassent relativement rapidement de ce type d’opérations, quand elles tardent à voir des objectifs très concrets, voient que le coût financier devient important, ou qu’il y a des bavures.

Ca avait été très net en Libye. La campagne de bombardements aériens avait duré cinq à six mois, mais heureusement que Kadhafi vu débusqué à l’été 2011, car sinon on aurait basculé dans un rejet majoritaire de l’opinion publique française à ces campagnes.

Il faudra voir comment la situation évolue en Irak. La nature particulière de l’adversaire – un groupe terroriste particulièrement odieux – peut donner un peu plus de temps aux autorités militaires pour mener à bien leur travail. On verra si l’adhésion va tenir dans la durée, où s’il y aura une érosion de 3-4 points par semaine, qui ferait que dans les prochains mois, on passerait sous la barre des 50 %.

En Mali, on voit que l’adhésion est allée crescendo dans les semaines qui ont suivi le déclenchement de l’opération militaire, car les buts de guerre étaient clairs et que très rapidement, des résultats concrets ont pu être présentés à l’opinion. Les villes du nord du Mali ont été reprises les unes après les autres, des coups sévères ont été portés aux djihadistes, ce qui a entretenu l’adhésion de la population française, qui s’est dit qu’il y avait une vraie efficacité dans cette campagne.

Les sympathisants de gauche, en particulier ceux du PS (82%) sont beaucoup plus favorables que ceux de l’UMP (66%)  à cette opération. Pourquoi cette différence ?

L’UMP a quand même 66% de favorables, ce qui est beaucoup. C’est peut-être la seule initiative de François Hollande soutenue très majoritairement par l’électorat de droite. Mais effectivement, on est en deça du score du PS. Ca peut paraitre surprenant que l’électorat de gauche soit plus en soutien d’une opération militaire que la droite, mais c’est en fait très logique : en général, tout dépend de qui ordonne l’opération militaire.

Pour le Mali, l’électorat socialiste était aussi plus favorable que l’électorat UMP. Mais en Libye, c’était l’inverse : l’UMP était beaucoup plus en soutien. Il y a toujours un réflexe partisan : on soutient d’autant plus que c’est un président de sa sensibilité politique qui engage l’armée française sur un théâtre d’opération extérieure.

On observe une différence très forte d'adhésion entre les différentes opérations militaires. Celle-ci atteint aujourd'hui un niveau connu précédemment avec le Mali ou la Libye. A l'inverse, des opérations réalisées ou envisagées en Syrie, en Centrafrique ou en Afghanistan n'ont pas rencontré une telle adhésion. Quel est le facteur déclenchant une adhésion ou un rejet ?

Pour l’Afghanistan, on a 55% de favorables en octobre 2001. En Libye, on est passé en 3 mois de 66 à 49% de soutien, alors qu’il n’y a pas eu un mort français. Si vous comparez l’Afghanistan en août 2011, on n’est plus qu’à 24%, mais ça fait 10 ans qu’on est là-bas, il y a eu plus de 90 soldats français tués, et l’opinion publique est relativement impatiente, mais aussi quand les buts de guerre ne sont pas clairs ou pas atteints. Au Mali, vous avez vu des images de villes libérées en liesse : on s’est alors dit que le jeu en valait la chandelle.

En Afghanistan, dix ans après, les troupes occidentales étaient enlisées. Nous sommes ensuite partis la queue entre les jambes et les talibans sont aujourd’hui en train de reprendre le contrôle de pans entiers du territoire. C’est ça aussi qui a expliqué la lassitude de l’opinion française.

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