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600 milliards perdus pour cause de mauvais investissements : mais au fait, quels sont les placements intelligents simples à mettre en place ?
©Reuters

Epargne

600 milliards perdus pour cause de mauvais investissements : mais au fait, quels sont les placements intelligents simples à mettre en place ?

D'après une étude d'Allianz, 600 milliards d'euros d'épargne ont été perdus faute d'investissement sur des actifs qui rapportaient plus que l'inflation. Quelles sont les solutions optimales ?

Philippe Crevel

Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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Atlantico.fr : Selon une étude menée par Allianz, 600 milliards d'euros d'épargne nouvelle ont été perdus faute d'investissement sur des actifs rapportant plus que l'inflation... L'étude montre que plus de 40% de l'épargne financière mondiale dort sur des comptes à vue. Comment expliquer ces chiffres ?

Philippe Crevel : Avec les taux d’intérêt historiquement bas que nous connaissons depuis plusieurs années, les ménages estiment n’avoir rien à gagner à placer leur argent. Ils le laissent dormir sur leurs comptes courants. En France, les dépôts à vue des ménages ont atteint fin juillet, 402 milliards d’euros. En dix ans, ce montant a doublé. Cela représente non pas 40 % de l’épargne financière des ménages mais 8 %. Le taux de 40 % est sans nul doute exagéré. Mais, il n’en demeure pas moins que les ménages conservent de plus en plus d’argent liquide soit en numéraire, soit sur leurs dépôts à vue. La préférence pour la liquidité l’emporte sur la soif de rendement. L’aversion aux risques incite à l’inaction. La crainte d’une perte éventuelle de capital conduit à la politique de l’autruche. L’aversion aux risques est l’expression d’une défiance et d’une angoisse du lendemain. Le contexte est anxiogène. De l’avenir de la planète au financement des retraites en passant par l’éventualité d’une récession, les raisons aux yeux des Français ne manquent pas pour renforcer la poche précaution de leur épargne.

Plusieurs autres facteurs contribuent au développement des dépôts à vue, le vieillissement de la population et le manque de connaissances des épargnants. Les personnes âgées éprouvent des difficultés à gérer leur argent d’autant plus que désormais les relations avec leurs banques passent de plus en plus par Internet, par les applications des smartphones. Le manque de connaissances et d’appétence pour les produits financiers conduit également à la montée des dépôts à vue. Enfin, la multiplication des loisirs, la longueur accrue des trajets domicile/travail réduisent le temps disponible pour s’occuper des finances. Il y a quelques décennies, les ménages tenaient de manière scrupuleuse leurs comptes. Aujourd’hui, du fait qu’avec l’informatique, ils peuvent les consulter en temps réel, ils sont assez étrangement moins proactifs.

Y a-t-il une méconnaissance globale des mécanismes financiers de base ?

L’épargnant qui ne place pas son argent est perdant. En effet, son capital s’érode du montant de l’inflation, entre 1 et 2 % ces dernières années. Même en plaçant sur un Livret A, un Plan d’Epargne Logement, il perdra moins. Par ailleurs, s’il entend favoriser l’économie, la croissance, l’emploi, il a intérêt à placer son argent. Les entreprises sont des championnes de l’endettement du fait de la faiblesse de leurs fonds propres. C’est la conséquence de la faible appétence des ménages pour les actions.

Cette épargne dormante risque de coûter de plus en plus cher aux clients des banques, dans un contexte de taux d'intérêt négatif. Pourquoi ?

Cette épargne liquide coûte aux banques. En effet, les dépôts des banques placés à la Banque centrale européenne leur coûte 0,5 %. Pour le moment, elles ne le répercutent pas directement sur les ménages. Elles sont néanmoins de le compenser en jouant sur les frais. L’idée que dans la gestion patrimoniale, en banque privée, les dépôts soient assujettis aux taux de dépôts fait son chemin. De même, il faudra également revoir les modalités de fonctionnement des fonds euros. Sur longue période, le coût de la garantie en capital risque de devenir prohibitif sauf à rester perpétuellement en taux négatif. Dans tous les cas, la rémunération des fonds euros devra baisser dans les prochains mois. L’épargne investie en fonds euros est affectée essentiellement en obligations d’Etat dont plus des deux tiers en zone euros sont émises en taux négatifs.

Que conseiller à ceux qui n'épargnent pas intelligemment faute de temps ou de connaissance sur le sujet ? Quels sont les placements intelligents simples à mettre en place (au-delà du livret A) ?

Premier conseil, il ne faut pas laisser dormir son argent sur son compte courant. Il faut laisser un mois de dépenses courantes. De même, sur les livrets réglementés, Livret A, LDDS, Livret Jeune, Livret d’Epargne Populaire, il faut laisser deux à trois mois de salaire au plus. Si, l’on est titulaire d’un vieux Plan d’Epargne Logement, il ne faut pas s’en priver car le rendement peut atteindre plus de 3 %. Il faut savoir que le taux du PEL est celui en vigueur au moment de la souscription. De ce fait, les PEL souscrits depuis le 1er janvier 2018 sont rémunérés à 1 % et sont, en outre soumis à l’impôt. Ils ne sont pas attractifs. Pour trouver du rendement, il faut accepter d’aller sur des supports ne bénéficiant pas d’une garantie en capital, comme les actions ou les unités de compte. Certes, il y a des possibilités de baisses mais sur moyenne et longue période, ce sont des placements offrant des rendements supérieurs à 3 %. Il faut en matière d’actions ne pas oublier qu’en plus de la valorisation du titre, il y a la distribution des dividendes. L’indice parisien CAC 40 avec dividendes réinvestis est supérieur à son niveau de 2000 qui avait constitué alors un sommet. En matière d’actions, il est important d’investir régulièrement, d’acheter en période de baisse, de diversifier et de savoir dégager ses plus-values. Il faut se fixer des objectifs de gains. En revanche, il faut oublier l’or. Ce dernier ne donne pas lieu au versement d’intérêts, de dividendes. Le gain, c’est l’éventuelle plus-value réalisée au moment de la revente. Souvent, les particuliers achètent quand les cours sont haussiers. En 1979, en valeur actualisée, l’or avait atteint 1900 dollars l’once. Il a fallu attendre 2008 pour retrouver à ce nouveau ce cours, soit 20 ans…. De même, les placements alternatifs doivent inspirer une profonde méfiance. Les cryptomonnaies, les diamants, les bouteilles de vins, etc. sont sources de bien des désillusions. Pour trouver du rendement, il faut accepter de perdre en liquidité et en garantie en capital.

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