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"On est déjà dans la société de surveillance. Ce qui change est la perception du public".
"On est déjà dans la société de surveillance. Ce qui change est la perception du public".
©Reuters

Big Brother is watching you

4 euros pour obtenir votre adresse IP : mesurez-vous vraiment tout ce qu'il est possible de savoir de vous sur le net ?

Alors qu’on vient de se rendre compte, par des révélations du Washington Post, que la NSA collecte des centaines de millions de listes de contacts, un arrêté vient d'établir en France qu'il en coûte, entre autre - 4 euros aux autorités pour obtenir l'adresse IP d'un citoyen. Big Brother nous regarde donc déjà...

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin

Fabrice Epelboin est enseignant à Sciences Po et cofondateur de Yogosha, une startup à la croisée de la sécurité informatique et de l'économie collaborative.

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Atlantico : Alors que le Washington Post a révélé lundi 14 octobre, citant des documents d’Edward Snowden, que l’Agence de sécurité nationale américaine (NSA) collecte des centaines de millions de listes de contacts, vient de paraitre en France une tarification de ce que paient les autorités pour accéder à des informations sur les citoyens français (voir ici le détail tarifaire de votre vie privée). Notre société, par le biais d'organisation comme la NSA, est-elle en train de devenir une "société de surveillance" ? Si oui, quelles en sont les principales caractéristiques ?

Fabrice Epelboin : On est déjà dans la société de surveillance.Ce qui change est la perception du public, quel est le régime politique dans lequel on vit. Il y a une multitude de dimensions dans cette société de surveillance avec des systèmes (comme INDECT en Europe) qui consistent à relier entre elles les caméras de surveillance et permettent de traquer la population en temps réel ; ou la surveillance des communications des individus et des citoyens dans une multitude de pays dans le monde. On n’assiste donc pas à une transformation. La seule différence est qu’on n’est pas encore dans une période de crise aiguë, même si en France on s’en rapproche. Cette mise sous surveillance vise à ce qu’il n’y ait pas de perturbations sociales comme une révolution au Qatar ou des mouvements sociaux en France.

Quelle est l’ampleur de la surveillance sur le web ? La NSA surveille-t-elle absolument tout le trafic sur internet ?

La NSA surveille quasiment tout et à accès a l’essentiel des échanges entre individus sur Terre. L’Afrique et le Moyen-Orient sont essentiellement connectés au reste du monde à travers des points de connexion français que la NSA voit un peu moins bien mais à part cela, elle voit tout.

Qui sont les autres acteurs de cette surveillance organisée ?

Il y a des acteurs étatiques : la NSA, la CIA, le FBI et d’autres agences dont on n’a jamais entendu parler mais aussi des acteurs privés qui offrent divers services - comme des technologies - à ces agences de surveillance. Toutefois, il y a une grosse différence entre la doctrine française et la doctrine américaine. En France, ce que l'on pourrait appeler l’appareil industriel de surveillance a une relation très subtile avec l’Etat. Les technologies françaises sont faites d'un étrange mélange, ce sont des technologies des entreprises privées mais mises en œuvre par l’Etat.

Cependant, un regard sur notre histoire nous montre que cette société de la surveillance a eu des formes récentes et sombres. La France a par exemple eu un rôle important dans le développement de la tabulatrice Bull, pionnière de la mécanographie, qui a servi à établir le fichier juif sous Vichy... A nouveau la démocratie est menacée à nouveau et la France qui a avancé dans l'illusion démocratique mais est incapable de voir son histoire. Pire, il a fallu l'affaire Prism que la presse traditionnelle parle du sujet...

Les arguments de la sécurité et de la cyberguerre ont bon dos car la réalité est qu’on s’équipe contre les populations civiles. Demain, on peut avoir des émeutes racistes et on est en train de donner aux gouvernances le pouvoir de se maintenir sans aucun contrôle. On ne peut pas appeler cela une démocratie.

A qui profite cette surveillance et quel est le réel objectif de cette collecte d’informations ? Le but de la NSA est-il de pouvoir tout savoir sur tout le monde ou simplement de conserver une banque de données ?

Il y a eu au départ une demande modérément forte de certaines dictatures qui avaient senti qu’internet était dangereux car il permettait la liberté d’expression. Elles avaient l’avantage d’avoir des architectures de réseau très simples. Il était donc plus facile de mettre sous surveillance la Tunisie et la Libye. Avec le printemps arabe, la demande a explosé, ce qui crée un gigantesque marché. Cela profite à toute une industrie mais aussi à des gouvernements qui veulent assurer leur stabilité en cherchant à identifier les mouvements de foule, les opposants politiques etc.

Le but de la NSA est de lutter contre le terrorisme certes mais aussi de faire de l’espionnage industriel pour favoriser l’économie américaine et/ou faire de la surveillance diplomatique pour avoir un avantage lors de négociations internationales. Leur but est d’avoir la vision la plus large de ce qui se passe dans le monde et de comprendre finement les enjeux spécifiques comme des problématiques diplomatiques, c’est pour cette raison qu’ils ont mis sous surveillance le quai d’Orsay par exemple.

Le réseau Tor permet de naviguer de façon anonyme sur internet. En dehors de ce réseau de protection, comment se protéger contre cette surveillance accrue ?

Le réseau Tor est un élément de protection contre la surveillance mais ne protège pas complètement. Il faut comprendre les enjeux de la surveillance pour se mettre à l’abri et aucun logiciel ne permet de se protéger de la NSA. On peut utiliser divers protocoles comme OTR qui permet d’assurer le cryptage complet de la communication. On peut utiliser divers dispositifs techniques mais il n’y en a pas un seul. La meilleure façon de protéger une source est de ne pas la connaitre, c’est le principe de Wikileaks. 

Propos recueillis par Karen Holcman

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