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La planète Mars.
La planète Mars.
©Reuters

Martiens

200 000 volontaires pour coloniser Mars en 2023 : mais concrètement, comment se passera leur voyage sans retour ?

La société hollandaise Mars One a annoncé avoir enregistré plus de 200 000 candidatures pour un voyage sans retour vers Mars, en 2023. Outre ce projet manifestement peu porteur, c'est à un véritable renouveau de l'exploration spatial que l'on assiste, avec en fer de lance des société privées.

Olivier Sanguy

Olivier Sanguy

Olivier Sanguy est spécialiste de l’astronautique et rédacteur en chef du site d’actualités spatiales de la Cité de l’espace à Toulouse.

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Atlantico : Le premier voyage vers Mars serait prévu pour 2013, a annoncé la société Mars One, auprès de laquelle plus de 200 000 personnes ont déposé leur candidature pour un voyage sans retour. Pourquoi cet aller simple ?

Olivier Sanguy : L'idée de Mars One est d'établir une colonie sur Mars. Ce concept de voyage spatial est examiné depuis un certain temps par les instances officielles. Si on veut revenir de Mars, cela signifie qu'il faut apporter les moyens nécessaires au retour, qui, en termes de masse, posent un très gros problème. Lors de discussions lancées par la NASA l'année dernière, le principe du voyage sans retour a été ouvertement abordé, alors qu'auparavant il s'agissait plutôt d'un tabou. On revient en quelque sorte à la tradition du colon partant de manière définitive pour le Nouveau monde. A la différence près que sur mars, il n'y a pas de moyen de subsistance.

Le délai de 2023 pour envoyer des humains sur Mars est-il tenable ?

Aux dires de nombreux scientifiques, cette date n'est pas crédible. De toute façon, techniquement, le projet connaît quelques failles. N'oublions pas que cette proposition émane d'une société qui veut faire de ce processus de sélection une émission de télé-réalité. On passe de 200 000 candidats à 20 sélectionnées, tout de même... Pour l'instant, les spécialistes de la question sont très circonspects, pour ne pas dire réservés.

Ce qui est intéressant dans cette affaire, c'est que 200 000 personnes sont prêtes à risquer leur vie pour l'exploration spatiale. Alors que l'on raconte que l'espace n'intéresse plus, cela tend à prouver le contraire. Toutefois, toutes ces personnes ne sont pas forcément au courant qu'une fois sur Mars elles seront soumises à des radiations qui feront augmenter leur taux de cancer. Si elles contractent des maladies, qui seraient guérissables sur Terre, là-bas elles en mourront. Des questions éthiques ne sont donc pas totalement résolues.

On assiste en revanche à une relance de l'initiative privée, pas forcément commerciale, pour l'exploration spatiale. Mars One ne fera a priori pas date, mais elle s'inscrit dans un courant plus large. Google offre plusieurs millions de dollars pour la première initiative non gouvernementale qui enverra un engin sur la Lune. Le milliardaire Tito Dennis, lui, veut d'ici 2018-2020 qu'un couple effectue le tour de Mars, pour ensuite revenir sur Terre. Ce qui est déjà un peu plus réaliste que le projet Mars One. Jeff Bezos, créateur et patron d'Amazon, a sa propre société spatiale, Blue Origin. Son but est de développer un lanceur spatial avec capsule habitée. Il a financé l'expédition qui a récupéré les moteurs de la fusée de la mission Appolo 11. Il fera don de l'un à la NASA, et de l'autre au musée de Seattle. Ce renouveau de l'exploration spatiale par des acteurs privés, c'est ce qu'on appelle le New Space.

Malgré toutes ces initiatives, il ne semble pas qu'une date, ou au moins une période, aient été déterminées concernant la conquête de Mars...

Lorsqu'on s'est posé sur la Lune en 1969, la NASA déclarait de manière ouverte et sincère que la conquête de Mars était pour les années 1980... Cependant les priorités ont été revues, et les budgets alloués à la NASA n'ont pas été reconduits. Aujourd'hui, la part du budget américain allouée à la NASA n'est que de 1%. Dans les années 1990, sous Bush père, on évoquait les années 2010, et maintenant il est davantage question de 2040-2050. Certains estiment que ce ne sera même pas pour ce siècle. Techniquement, on pourrait développer des solutions, mais cette opération exige une coopération internationale. C'est donc beaucoup plus long à mettre en place qu'un projet comme Apollo, qui n'était l’œuvre que d'un pays.

Quel sera l’objectif de la première mission humaine vers Mars ? Les enjeux sont-ils comparables à ceux de la conquête de la Lune dans les années 1960 ?

Le voyage sur Mars permettra de faire de la science plus rapidement que s'il fallait ramener des échantillons sur Terre ou les faire traiter par des robots. Le patron des missions Spirit et Opportunity, qui ont précédé Curiosity, avait déclaré être conscient que ce que ses robots faisaient en trois semaines, un homme sur Mars le fera en une demi-heure. Cette démarche est assez similaire à celle d'Apollo.

Si on va sur Mars, c'est aussi pour développer des moyens à long terme pour devenir une espèce multiplanétaire. L'intérêt est d'établir une communauté en dehors de la Terre. De toute façon, les séjours sur Mars s'étalent nécessairement sur plusieurs mois, compte tenu du temps de trajet et de la position de la Terre. A chaque fois, il faudra attendre presque un an avant de revenir. Et surtout, la clé de ces séjours prolongés réside dans le développement de technologies d’auto-subsistance. Les astronautes, par exemple, boivent leur urine recyclée. Cette conquête permet de développer des technologies qui rendent service sur Terre. A l'heure actuelle, le problème relève davantage de la volonté politique que de la possibilité technique.


Propos recueillis par Gilles Boutin


Pour plus d'informations sur la conquête de la planète rouge, l'exposition Explorez Mars est prolongée jusqu'au 6 novembre à la Cité de l'espace.

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