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20 mois de gouvernance chaotique : que risquerait François Hollande s’il habitait à la Maison Blanche, à Downing Street ou à la chancellerie ?
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C'est comment chez les autres ?

20 mois de gouvernance chaotique : que risquerait François Hollande s’il habitait à la Maison Blanche, à Downing Street ou à la chancellerie ?

Réformes controversées, scandales politiques et rumeurs d'infidélité, le parcours du président de la République s'avère depuis son arrivée à l'Elysée plutôt sinueux.

Atlantico : Depuis son arrivée à l'Elysée, François Hollande accumule les difficultés, les révélations de Closer sur sa supposée relation avec Julie Gayet n'étant que la dernière d'une série qui compte notamment l'absence de pause fiscale, la non-inversion de la courbe du chômage, les sondages d'opinion au plus bas, ou encore les chamailleries entre membres du gouvernement. Que se passerait-il pour François Hollande s'il était Président des Etats-Unis, sur le plan institutionnel ? Son mandat pourrait-il être remis en cause du fait d'une gouvernance si chaotique ?

Steven Ekovich : D'abord, la liaison de François Hollande n'est pas un crime. De toute façon la Constitution américaine ne prévoit la désinvestiture d'un président américain que pour "haut crime et délit", ce qui n'est pas le cas ici. Cette procédure avait été lancée contre Bill Clinton, mais cela n'a pas abouti. Dans une telle situation le président resterait donc en poste. Mais par contre, cela touche au caractère de la personne. Ce genre de comportement peut porter atteinte aux fonctions et aux responsabilités d'un président. Mais dans ce cas, on reste loin d'un scandale capable de miner la légitimité du PrésidentL'opposition demanderait bien sûr sa démission, car il s'agit en quelque sorte d'une épreuve imposée, mais sans vraiment l'espérer. 

Ensuite, un taux de popularité de 20 % serait désastreux aux Etats-Unis. Barack Obama est à 40 %, c’est déjà considéré comme très mauvais. On ne peut pas imaginer un président qui tombe à 30 % donc 20 % aux Etats-Unis serait le signe d’un rejet total.

Quant à la promesse d’inverser la courbe du chômage, d’une certaine façon il joue avec la vérité. Barack Obama a quasiment menti aux américains sur le plan de santé ce qui a aidé à faire plomber sa cote de popularité. Hollande, lui,  joue habilement ou de façon ambiguë avec la courbe mais ses propos ne sont pas toujours crédibles. Ainsi, il serait critiqué aussi car, aux Etats-Unis, 10 % de chômage c’est beaucoup. Un taux de chômage à la française aux Etats-Unis serait considéré comme un échec grave de la politique présidentielle.

Enfin, si François Hollande était président américain, il agirait de la même façon face aux tensions au sein des ministères. L’équipe serait également critiquée (comme celle de Barack Obama l’est), il ne céderait pas aux pressions de l’opposition, il resterait loyal et fidèle.

S'il était Chancelier allemand ?

Kim Rahir :Aucun règlement ou loi ne porte sur ce genre d'affaire d'adultère, la vie privée prévaut en la matière. En son temps, son goût pour les femmes avait forcé Willy Brandt à démissionner, mais surtout parce que ses aventures étaient espionnées, et que son habitude de courir les femmes l'avait rendu intenable vis-à-vis des partenaires étrangers. C'était il y a 40 ans, et depuis la société s'est largement libéralisée. Le chancelier Schröder en est au moins à sa troisième épouse, par exemple.

La pression médiatique sur François Hollande, s'il était Chancelier, serait certainement importante. Certaines publications seraient amusées, tandis que d'autres seraient scandalisées.  Mais rappelons tout de même que le président de Bavière, Horst Seehofer, a été pris en flagrant délit : il a eu un enfant avec sa secrétaire. La pression médiatique est à ce sujet très forte, voire gênante, car il s'agit d'une personne qui prône des valeurs catholiques, et donc familiales. Mais pas au point de le forcer à la démission. Les Allemands considèrent généralement que c'est de la l'ordre du privé. Si l'influence sur le travail était vérifiée, ce serait autre chose.

D'une façon générale, les médias allemands ne sont pas très critiques. Evidemment, on trouve des sites comme le Spiegel, mais en général, l’approche consensuelle qu’il y a dans le monde de l’économie en Allemagne se retrouve dans le monde politique. Il y a eu des exemples en Allemagne où il a fallu faire demi-tour également : Angela Merkel, lors du premier gouvernement de coalition avec les libéraux, avait promis des baisses d’impôts qui n’ont pas eu lieu à cause de la crise. Les allemands ont été déçus mais la presse n’était pas scandalisée. Il y a une espèce de compréhension quand c’est explicable, quand les allemands comprennent pourquoi on a changé d’avis. Il y a bien sur des critiques mais quand il y a une raison, les allemands digèrent et ça fini par être accepté. Ainsi, si François Hollande était chancelier allemand, il aurait subit de vives critiques puis les allemands seraient passés à autre chose à condition que le gouvernement ne soit pas trop déstabilisé

S'il était Premier ministre britannique ?

Hugh Schofield : Si un responsable politique britannique entretient une liaison et que celle-ci est révélée, cela ne veut pas forcément dire qu'il est politiquement "fini". Tout dépend des circonstances. Bien que rien n'oblige a priori le Premier ministre à démissionner dans un tel cas  de figure, il serait tout de même soumis à une pression médiatique considérable de la part de la presse. Celle-ci révélerait moult détails croustillants sur les circonstances de l'affaire. Elle ne se limiterait pas, comme cela a été le cas en France, à rapporter les faits, il faudrait s'attendre à des révélations gênantes en cascade. 

Même si la presse française est critiquable, la presse britannique – les tabloïds, surtout - ne vaut pas mieux dans ce qu'elle a d'hypocrite et de moralisateur. Ces journaux trouveraient tout ce qu'ils pourraient trouver de scabreux et d'un tant soit peu compromettant pour lui et sa famille.

On dit souvent en Grande-Bretagne que le sexe est le point faible de la politique. Sous John Major (Premier Ministre de 1990 à 1997, NDLR), au début des années 1990, un ministre, David Mellor, avait une relation avec une femme. Celle-ci avait beau ne pas être une prostituée, les médias suivaient leurs moindres fait et gestes, au point qu'il a présenté sa démission. On peut dire qu'au vu des évolutions de la société, qui est devenue beaucoup plus libérale sur le plan des mœurs, les tabloïds sont particulièrement hypocrites et sinistres, car ils conservent un système de pensée d'un autre temps. S'il était avéré que François Hollande – Premier ministre britannique – quittait de nuit son logis, abandonnant sa compagne, ce serait alors extrêmement gênant pour lui, car son image serait particulièrement écornée.

S'il était Président des Etat-Unis, François Hollande serait-il tenu de s'exprimer publiquement sur  cette question ? Comment choisirait-il a priori de communiquer (ou non) ?

Steven Ekovich : Reprenons le cas de Bill Clinton, dont la stratégie a d'abord été de mentir, puis de minimiser l'offense, en disant qu'il n'avait pas été "au bout", si j'ose dire, avec Monica Lewinsky. Peut-être que de nos jours, un président tiendrait beaucoup plus rapidement une conférence de presse pour faire ses excuses publiques en disant "j'ai fauté, j'ai eu tort, pardonnez-moi, l'être humain est faible". Mais dans ce cas moins grave, je comprends la volonté de François Hollande de ne pas le faire et de demander le respect de sa vie privée en arguant que cela ne compromet en rien sa capacité d'assurer ses fonctions présidentielles. En revanche, s'il était sorti de l'Elysée en scooter sans ses gardes, cela aurait été un scandale ! Cela aurait été plus grave que son aventure amoureuse, car un président ne doit pas prendre de tels risques.

Pour ce qui est des autres couacs, oui, il faut s’exprimer. Mais c’est plus facile dans la culture américaine de s’excuser publiquement que pour un français ! 

S'il était Chancelier allemand ?

Kim Rahir : Il serait pour lui plus facile de ne rien dire, car le Chancelier lui-même, traditionnellement, ne se prête pas beaucoup au jeu de la grande conférence de presse. Ses conseillers lui recommanderaient certainement de ne rien dire, et il garderait ainsi sa dignité. Pour autant, s'il décidait de s'exprimer sur un plateau télé, il pourrait s'en sortir sans trop de dommages, puisque cela reste une affaire privée aux yeux des gens.

Quant aux autres couacs, oui, on aurait posé des questions. Pour l’Allemagne, ça dépend si c’est considéré crucial pour les affaires du gouvernement. Si les couacs concernent la politique et le chemin choisi, il faut s’expliquer. Quand ça relève du domaine du privé, la politique allemande n’est pas obligé de s’expliquer.

S'il était Premier ministre britannique ?

Hugh Schofield : La tradition britannique veut que lorsqu'on est ministre, on doit faire des compromis avec sa vie privée. Ils sont obligés de se soumettre à l'intérêt que le public porte à leur vie personnelle. François Hollande ne pourrait pas déclarer d'emblée qu'il se refuse à toute communication sur le sujet, au contraire il devrait expliquer très rapidement les choses pour faire baisser la pression médiatique. Mais une simple pression peut faire démissionner, quelle que soit la véracité des faits. Il n'est pas impossible que s'il reconnaissait tous les faits, qu'il jouait cartes sur table le public serait pris d'une certains compassion pour lui.

Si ce mardi le premier ministre britannique était en conférence de presse dans un contexte identique, il serait forcé de répondre exclusivement à des questions portant sur ce sujet. Impossible de s'en tenir à la politique et à l'économie, les journalistes chercheraient les points faibles, les détails sur l'appartement, la sécurité du ministre, les implications… Généralement en France, les médias n'accusent pas dans ce type de situation.

Quelle serait la perception de l'opinion publique américaine ?

Steven Ekovich : Je crois qu'elle serait divisée, comme cela a été le cas pour Bill Clinton. De nos jours, je pense que pour plus de la moitié de la population, cela ne serait pas grand-chose et le respect de la vie privée primerait. Mais pour certaines personnes, très conservatrices sur ces questions-là, cela apparaitrait comme choquant. Mais je ne pense pas qu'il y aurait de conséquences politiques graves, sauf peut-être juste avant des élections très serrées. Mais rappelons que d'emblée, il n'aurait pas pu être élu président de la République sans être marié avec sa compagne !

D'une manière générale, l’opinion publique rejetterait François Hollande car il est trop à gauche sur le plan politique. Les américains veulent un président normal dans le sens où ils veulent que ce président soit le reflet amélioré d’eux-mêmes. Un président normal c’est plutôt une approche américaine que française. Malgré ce que dit François Hollande, en France les pouvoirs sont encore trop régaliens aux yeux des américains. Ainsi, l’opinion américaine rejetterait François Hollande car il ne représente pas un reflet amélioré. Cela dit, François Hollande n’est pas autant en phase avec sa culture que s’il était américain. 

De l'opinion publique allemande ?

Kim Rahir : Les réactions sont variables selon les familles politiques, mais globalement les Allemands seraient plutôt amusés. Et même si l'adultère n'est pas un "sport" assumé en Allemagne comme il l'est en France, et que donc il est moins accepté sur un plan culturel, l'affaire Hollande ne serait pas scandaleuse. L'essentiel pour les Allemands réside dans la capacité du dirigeant à gérer les affaires de l’État.

Savoir quels seraient les réactions allemandes face aux bug de Hollande depuis 20 mois est une question difficile. Angela Merkel a une position de force et d’acceptation que François Hollande n’a jamais eu. Pour qu’Hollande soit chancelier allemand, il faudrait revenir à une position de chancelier très faible mais ça fait 40 ans que l’Allemagne n’a pas connu cette situation. Le chancelier est très fort en Allemagne donc ça paraît inimaginable. Pourtant, le président français est censé être bien plus fort institutionnellement, mais il a l’air très faible par rapport à elle. 

De l'opinion publique britannique ?

Hugh Schofield : Tout dépend des circonstances, mais on peut supposer que les Britanniques auraient beaucoup ri, de manière moqueuse quant à l'adultère de Hollande. Cela pose problème, d'ailleurs, car cela montre que les responsables politiques inspirent de moins en moins le respect. Il est très difficile d'être ainsi mis au pilori par l'ensemble des citoyens britanniques, qui dans le fond éprouvent un certain plaisir à voir leurs responsables tomber à terre. Il faudrait beaucoup de courage et d'honnêteté pour regagner la sympathie et le respect des citoyens.

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