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Le PDG de Tesla, Elon Musk, visite le chantier de construction de l'usine Tesla, à Gruenheide près de Berlin en Allemagne.
Le PDG de Tesla, Elon Musk, visite le chantier de construction de l'usine Tesla, à Gruenheide près de Berlin en Allemagne.
©ODD ANDERSEN / AFP

Futur leader européen ?

1000 milliards de dollars pour Tesla : restera-t-il un seul constructeur automobile européen dans dix ans ?

L'entreprise Tesla a frôlé les 1.000 milliards de dollars de capitalisation boursière. Le modèle 3 de la firme d'Elon Musk est la voiture qui s’est le plus vendue en Europe en septembre 2021. Y a-t-il un danger pour le secteur automobile européen ?

Don Diego De La Vega

Don Diego De La Vega

Don Diego De La vega est universitaire, spécialiste de l'Union européenne et des questions économiques. Il écrit sous pseudonyme car il ne peut engager l’institution pour laquelle il travaille.

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Atlantico : La Tesla modèle 3 est la voiture qui s’est le plus vendue en Europe en septembre 2021, l’entreprise a décollé Bourse et frôle les 1.000 milliards de dollars de capitalisation boursière. Comment analyser ce phénomène ?

Don Diego de la Vega : Ce n’est pas tant le modèle T3 que le modèle Y qui est un succès. Il y a une volonté de faire monter Tesla depuis cet été. La capitalisation boursière a été pratiquement multipliée par deux en quelques mois. A cela plusieurs raisons. D’abord, Tesla est une très bonne entreprise. Ensuite, la Tesla modèle 3 obtient de très bons résultats, comme les précédents modèles, et le suivant pourrait être encore meilleur. On devait construire 850.000 voitures Tesla cette année, le chiffre va être dépassé sans problème. On est déjà pratiquement à 1 million, alors même que la production européenne n’a pas commencé. On va rapidement arriver à 2 puis 3 millions avec les capacités actuelles de Tesla. Mais on peut construire d’autres super factories. L’entreprise n’est absolument pas endettée (2 milliards environ). C’est l’une des boites disposant de la plus forte croissance au monde et d’un endettement minimal, mais elle n’est notée que BB+ par les agences de notation qui sont à côté de la plaque, notamment parce que Telsa n’émet plus de dette. Tesla n’est pas client du système financier traditionnel, peut se développer avec ses capitaux propres, ne s’endette pas, n’émet plus d’actions et fait la promotion du Bitcoin. C’est la terreur des agences de notation. Si Tesla monte c’est grâce à de très bons résultats, une masse d’afficionados et des millions de gens pendus aux tweets d’Elon Musk.

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Rien ne peut s’opposer à cette hausse continue de Tesla ?

Tous les obstacles inventés depuis quelques années pour contrer la montée de Tesla disparaissent un à un. La rareté du lithium ne marche pas car Tesla a anticipé et fait des stocks. Les concurrents n’arrivent pas, ils sont encore au prototype et l’écart technologique avec Tesla n’arrête pas de croitre, notamment sur l’intelligence artificielle. Le reste de l’industrie automobile à fait des choix beaucoup plus lents qui fonctionnent beaucoup moins bien. Tesla est la seule à assurer sur le plan de l’intelligence artificielle, des technologies du futur, de stockage de l’électricité, etc. Tous les choix forts d’Elon Musk ont été validés et tous les obstacles sont gommés.

Certains font la comparaison avec d’autres marques automobiles qui produisent beaucoup plus de véhicules. Est-ce un argument valable ?

Plusieurs choses ne vont pas dans cette comparaison. D’abord, Tesla est plutôt haut de gamme et incorpore plus de valeur ajoutée, c’est donc incomparable avec une Renault Zoé par exemple. Ensuite, 80 % de Tesla est du Tesla car ils se passent de sous-traitants. La plupart des entreprises de l’industrie font de l’assemblage. Enfin, ce qui compte pour la bourse, c’est ce qui va être produit à l’avenir. Deux nouvelles usines seront opérationnelles début 2022. Ils peuvent en construire d’autres. Il y aura trois fois plus d’usines Tesla dans deux ou trois ans. Pour les autres entreprises, il y en aura plutôt moins qu’actuellement.

Or plus Tesla va produire, plus le coût unitaire va baisser. Ils ont déjà une marge brute à 30% et nette à 15%, malgré un investissement important. Ce sont les niveaux de marge d’entreprise de luxe et cela va encore augmenter. Ce sera notamment le cas avec son guidage automatisé. Il y a de forte chance qu’il fonctionne par abonnement. Ce serait une manne financière et cela s’accompagnerait de beaucoup de données, potentiellement récupérée par les satellites Starlink. Si à cela s’ajoute un système d’assurances comme Elon Musk envisage de le proposer, la boite aura une valeur colossale. Elle vaudra trois fois Apple. Le marché ne fait que jouer en anticipation. Les autres entreprises automobiles n’ont que des legacy assets. Et les usines de véhicules techniques sont amenées à être démantelées et cela vous couter très cher. Les entreprises cherchent des moyens de survivre.  General Motors n’existerait plus s’il ne faisait pas pression sur le parti démocrate, Peugeot est sur le fil, etc. Produire beaucoup de véhicules thermiques c’est, aujourd’hui, une contre-publicité car les autorités veulent voir disparaitre les véhicules thermiques à l’horizon 2035. On expliquait que les entreprises allaient venir concurrencer sur l’électrique mais un pure player ne peut pas être concurrencé par des diplodocus. Or l’automobile, au niveau macroéconomique c’est à la fois révélateur et crucial.

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Les chiffres des ventes automobiles de septembre témoignent-elles d’une conversion des européens et de leurs voitures à l’électrique ou à Tesla ?

Un peu des deux. Pour les pays riches comme le Luxembourg et la Norvège, c’est principalement Tesla. Il y a une conversion plus générale à l’électrique mais l’Europe est dans une situation particulière. Ce n’est plus que le troisième marché mondial et il est actuellement en très mauvaise santé. Par ailleurs il est très segmenté et relativement politique. Par ailleurs, il y a très peu de bornes en Europe et particulièrement en France. Tesla en a construit plus de 10.000 aux Etats-Unis. C’est le plus grand réseau d’infrastructures privées depuis le réseau autoroutier d’Eisenhower dans les années 1950. L’Etat français aurait pu anticiper et construire un réseau comparable, mais ce n’est pas le cas. Cela va brider considérablement le développement de l’électrique. Tesla n’a choisi qu’un seul site de construction, à Berlin, et pour le moment importe ses voitures depuis la Chine. L’Europe n’est pas considérée comme prioritaire. Les Chinois, eux, ont accueilli Musk et sa super factory de façon princière, en présence de tous les dignitaires du PCC. Pékin a aussi développé une filière nationale, CATL et BYD pour les batteries par exemple. Ils font ainsi jouer la concurrence et s’assurent que les choses soient faites. Les seuls véritables concurrents de Musk sont les Chinois.

L’Europe peut-elle encore saisir le coche ?

Malheureusement, l’Europe s’y prend tard. Elle se rend compte qu’il y a un sujet et essaie de créer des choses pour rattraper le retard mais la réalité est que la plupart des constructeurs n’ont pas assez anticipé. Volkswagen a mis 50 milliards sur la table mais est trop lente, les autres n’ont pas les moyens. Et il n’y a pas d’acteurs émergents crédibles. Nous sommes mal positionnés sur le marché. Nous nous y sommes mis trop tard et le plan de Macron pour la France de 2030 ne va rien régler car il fait du saupoudrage. L’argent disponible est peu abondant et mal dirigé. Il aurait fallu prendre Elon Musk au sérieux en 2015-2016. Le résultat est que c’est trop peu, trop tard. On est en train de refaire la même erreur avec l’intelligence artificielle de Tesla.

Si on se fait disrupter sur l’automobile, nous n’avons plus d’industrie de moyenne gamme d’ici cinq ou dix ans. C’est ce que nous dit actuellement le marché boursier. L’idéal serait d’avoir un Elon Musk européen, mais ça ne se décrète pas. Donc à défaut d’avoir du pétrole ou des idées, il faut une monnaie moins chère. Il faut une stratégie. A minima, Volkswagen a choisi car son pdg est malin. Nous devons trouver une niche et faire des choix ; cela pourrait être la Zoé pour le low cost.

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