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"Volia Volnaïa" : grands espaces, souffle, démesure et grandeur
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"Volia Volnaïa" : grands espaces, souffle, démesure et grandeur

Pour qui voudrait se convaincre que Dostoïevski, Tolstoï, Gogol ne sont, sans doute, pas sans successeurs dans la littérature russe contemporaine, il suffit de lire le premier roman de Victor Remizov, "Volia Volnaïa". L'ombre des grands vibre derrière chaque page.

Serge Bressan pour Culture-Tops

Serge Bressan est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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LIVRE

« Volia Volnaïa »

de Victor Remizov

Ed. Belfond

RECOMMANDATION

           EXCELLENT

>L'AUTEUR

Né en 1958 à Saratov (à 860 kms au sud-est de Moscou, sur la rive droite de la Volga), Victor Remizov est un écrivain russe. Après des études de géologie, il a étudié les langues à l'Université d'État de Moscou puis, toujours partagé entre nature et littérature, il a travaillé comme géomètre expert dans la taïga, puis comme journaliste pour la revue littéraire « Novy Mir » et comme professeur de littérature russe.

Nommé pour le Big Book Award et le Russian Booker, « Volia Volnaïa » est son premier roman (en cours de traduction dans de nombreux pays à travers le monde). Pour la « Svobodnaya Pressa », Victor Remizov  est « un auteur dans la plus pure tradition, intelligent, plein d’empathie, patient comme un pêcheur dans la taïga. Son roman est tout autant sociétal qu’analytique. Il ne nous donne pas à voir une révolution russe tonitruante mais s’attache à en montrer la clameur et l’inévitable répression qui s’ensuit. Et cela est bien plus efficace ». 

Victor Remizov vit à Moscou avec sa famille.

>THEME

              Le voyage s’annonce long. Direction, la Sibérie extrême. Là-bas, tout là-bas au nord du Japon, au bord de la mer d’Okhotsk. Là-bas, c’est l’Est le plus reculé de l’espace russe, et le décor de « Volia Volnaïa »

Direction donc le grand Est, cette Sibérie de tous les mystères, de toutes les souffrances, de toutes les horreurs. « Volia Volnaïa » (ce qui, en VF, signifie « Liberté libre »), le roman format XXL avec, en ouverture, la liste des personnages- c’est obligé puisque pas moins de quarante et un personnages vont habiter les 400 pages du roman. Des personnages qui se nomment Milioutine, Goussev, Robiakov, Oncle Sacha, Lepiokhine et que l’on retrouve sur la presqu’île de Rybatchi, où la plupart des hommes sont chasseurs d’ours, d’élans et/ou de zibelines, pêcheurs et récolteurs des précieux œufs de poisson, où ça traficote gentiment avec la police locale qui taxe 20% des revenus de la chasse et de la pêche. 

Cette presqu’île, ce sont, d’isba en isba, des terrains de jeu d’environ 80 000 hectares chacun et, en ces années 2000, l’Est extrême de la Russie, c’est comme le Far West américain du 19ème siècle ; ce sont aussi, dans cet espace quasi vierge, des personnages « d’une taille au-dessus de la moyenne », « avec de grandes mains », « forts comme cinq hommes »… 

Et puis, un jour, un incident et un coup de feu. Conséquence : un putsch dans la police locale, Tikhi (humain, forcément humain) est remplacé par Gnidiouk (infâme, forcément infâme), lequel a des appuis à Moscou, capitale qu’à Rybatchi on situe « sur le continent ». Un corps d’élite national interviendra, s’ensuivra une chasse à l’homme. Un des personnages commente : « Ce n’étaient pas ces salauds de miliciens qui avaient inventé le monde, ils n’avaient pas le pouvoir sur ces rivières et ces montagnes »; un autre dit : « C'est quoi, ce pays où les flics ont toujours raison ? »

>POINTS FORTS

-Un de ces romans qui prouvent que les romanciers russes du moment ne craignent pas le poids de leurs grands ancêtres.

                                                -Le roman des grands espaces, de la solitude, de la nature, de l’immensité, de la démesure…
                                                -Mieux que quiconque, Victor Remizov sait, avec cette écriture emplie de souffle et de grandeur, décrire les moments qui ne servent à rien.
                                                -En maître d’écriture et avisé metteur en scène, Victor Remizov donne la part belle à la taïga. De cette terre d’immensité, il fait un personnage à la présence obsédante avec ses mélèzes et ses sapins nains, ses coqs de bruyère et ses loups…

>POINTS FAIBLES

Dans ce roman du dépaysement et de la démesure, pris par le décor immense de la taïga et la multitude de personnages, le lecteur risque d’oublier les intrigues.

>EN DEUX MOTS

         Un premier et puissant roman, dans la plus pure tradition des grands auteurs russes. Avec « Volia Volnaïa », Victor Remizov signe le roman des grands espaces, de la solitude, de la nature, de l’immensité, de la démesure…

Un roman qui, aussi, pose une question essentielle : faut-il se mettre, volontairement ou non, du côté du pouvoir ou choisir la liberté libre ?

>UN EXTRAIT

  Ou plutôt deux:

- « La taïga était silencieuse. De petites paillettes voltigeaient dans l’air, tombant du ciel, de l’obscurité cosmique où tout allait certainement bien mieux que sur terre, puis se déposaient sur les rondins gris de l’isba ».

 - « Il contemplait avec amertume les immenses espaces montagneux, la taïga, pensait à sa belle datcha près de Moscou, à son grand appartement qui occupait un étage entier dans un immeuble du boulevard Gogol… Il comprenait bien qu’il n’existait rien de commun entre ceux qui regardaient le ciel depuis leurs bureaux moscovites, passaient leurs soirées au restaurant ou au théâtre, distribuaient les licences de pêche et de chasse, les autorisations à extraire l’or… et un Oncle Sacha qui sillonnait la taïga sur son vieux tas de ferraille. Rien ne les unissait : ni Dieu, ni un tsar, ni même un guide bien-aimé ».

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