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"Une famille heureuse" : l'éternel et l'universel féminin
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"Une famille heureuse" : l'éternel et l'universel féminin

"Une famille heureuse" est un film qui donne une très belle leçon d'humanité, à travers une histoire qui montre superbement que, pour l'essentiel, qu'on soit en Géorgie ou en France, les réactions d'une femme de 50 ans aux interrogations de sa vie peuvent être les mêmes.

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman pour Culture-Tops

Gilles Tourman est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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CINEMA
 
UNE FAMILLE HEUREUSE 
Géorgie/Allemagne. Couleur. Chronique familiale de Nana Ekvtimishvili et Simon Groß. Avec la Shugliashvili, Merab Ninidze, Berta Khapava, Tsisia Qumsashvili, Giorgi Khurtsilava, Giorgi Tabidze, Goven Cheishvili, Dimitri Oragvelidze.
 
 
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THÈME
 
Manana vit, sans aucune intimité, entre son mari Soso, sa fille Nino, son époux Vakho, son fils Lasha, son invasive de mère Lamara et le discret Otar, son père. 
Le jour de ses 52 ans, elle annonce à ses proches qu’elle quitte le domicile conjugal pour vivre seule. Chacun tente de la raisonner et de comprendre son geste. En vain. Manana s’installe donc dans un autre quartier de Tbilissi et entame son émancipation entre les cours qu’elle donne au lycée, son emménagement, les visites chez les siens. Elle recommence même à jouer de la guitare et à sourire !…
Mais sa famille, notamment son frère aîné, n’a pas dit son dernier mot…
 
POINTS FORTS
 
Délaissant le contexte historique post soviétique souvent prégnant voire premier dans le cinéma géorgien, le duo de réalisateurs nous présente ici la très touchante histoire de l’émancipation d’une femme mure dans une société dominée par le patriarcat, la promiscuité la plus oppressante et le poids des traditions, surtout depuis le retour de l’Eglise orthodoxe.
 
En deux heures, cette approche, aux indéniables qualités sociologiques et au climat chaleureux, entrelace savamment les mouvements à l’intérieur du cadre et les plans gros et moyens afin de coller aux personnages et nous offrir ainsi un rythme comme une proximité quasi intimistes. Nous sommes avec et dans la famille. Précisons que les images sont de Vladimir Panduru, chef op’ sur Baccalauréat de Mungiu (2016), ce qui donne à l’ensemble un réel cousinage avec le cinéma roumain.
 
De la même façon, les encadrures des fenêtres et des portes semblent toujours situer métaphoriquement les héros entre deux mondes ou passages à franchir, offrant à l’occasion des images de toute beauté, tel ce moment magique où Manana, enfin libre, écoute la Marche turque de Mozart en buvant du thé tandis que devant elle le vent souffle à travers les branches de l’arbre.
 
Il est vrai, ici tout est souffle : souffle de l’histoire, souffle du vent et souffle des chanteurs pour exprimer les sentiments. Car on chante beaucoup, et on ressort chaque fois bouleversé de ces moments musicaux.
 
Les réalisateurs s’ingénient à couper “net” les séquences d’émotion (y compris la scène finale !) ne confondant pas, ainsi sentiments ou émotions et pathos. Certains s’en plaindront, d’autres pas,
 
Enfin, on apprécie les touches d’humour qui, à travers des répliques bien senties, évoquent le cinéma à l’italienne des années 60/70 et celui de… Pagnol.
 
POINTS FAIBLES
 
Il faut aimer les “autres” cinémas y compris pour ce qu’ils peuvent avoir de différents dans leur style.
 
EN DEUX MOTS
 
Ovashvili (L’autre rive – 2009, La terre éphémère - 2014), Teona et Thierry Grenade (Notre enfance à Tbilissi - 2013), Nana Ekvtimishvili et Simon Groß avec leur précédent film (Eka & Natia – 2013), nous ont offert des pépites mêlant chronique familiale, lutte pour survivre, présence de la tradition, souvent religieuse, au lendemain de la chute de l’Union soviétique. Comme indiqué supra, ce souvenir des temps de la présence du “pays frère” est ici plus discret, l’accent portant – en toute discrète et efficace infusion dans l’histoire - sur l’influence du retour du religieux pour  déboucher sur une chronique douce, mélancolique et joliment féministe d’une famille plus unie qu’heureuse.
 
UN EXTRAIT
 
 “ Je n’ai jamais compris ce qui rendait mon mari heureux”. (Manana)
 
LES REALISATEURS
 
- Née à Tbilissi en Géorgie en 1978, Nana Ekvtimishvili y sort diplômée en philosophie en 1998, quitte alors son pays pour l’Allemagne où elle étudie l’art du scenario à l’Académie du cinéma Konrad Wolf de Potsdam-Babelsberg.
En 2008 sort son 1er court-métrage Lost Mainland, et trois ans plus tard Waitnig for Mum qui connaît un accueil chaleureux en festivals. 
En 2012, elle co-fonde la Sté de Production Polare Film avec Simon Gross et coréalise avec lui son premier long : Eka et Natia, chronique d’une jeunesse géorgienne, inspiré de ses souvenirs d’enfance. Lauréat de nombreux prix, dont le Cicae à Berlin et Fipresci à Hong-Kong, il représente la Géorgie aux Oscars en 2014, section langues étrangères. 
Une famille heureuse est donc son second long.
- Né à Berlin en 1976, Simon Gross étudie la réalisation à l’école de cinéma de Munich. Il réalise plusieurs courts-métrages dont Nachtrausch en 2003 et signe son premier long en 2006, co-écrit (mais non co(réalisé) avec Nana : Fata Morgana. Tourné au Maroc, il met en scène un couple perdu dans le désert et est interprété entre autres par Jean-Hugues Anglade. Après quoi, six ans plus tard, il entame sa carrière en binôme avec Anna Ekvtimishvili.
 
 
 

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