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"Un mariage contre nature" : une toute autre images des Caraïbes, si vraie, si forte
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"Un mariage contre nature" : une toute autre images des Caraïbes, si vraie, si forte

Le dernier roman d'Alice Hoffman, qui se passe aux Iles Vierges, au 18° siècle, met en scène, comme si vous y étiez, les grands enjeux de civilisation qui se présentaient alors, là-bas, comme en Europe.

Françoise  Cazalis pour Culture-Tops

Françoise Cazalis pour Culture-Tops

Françoise Cazalis est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.
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LIVRE

UN MARIAGE CONTRE NATURE

D'ALICE HOFFMAN 

ED. SLATKINE & CIE

410 PAGES

23 EUROS

L'AUTEUR

 Née à New York en 1952, Alice Hoffman est une romancière prolifique. Elle enfile les prix littéraires comme d’autres les perles.

Elle est également scénariste, pour notamment "Indépendance Day", et  certains de ses romans, comme  « Les ensorceleuses", ont été  adaptés à l’écran. 

Son style oscille entre réalisme magique et fiction historique. 

Elle vit à Boston. 

THÈME

 Ce roman, qui se passe au XVIII° siècle, a pour toile de fond St Thomas, une des iles Vierges des Caraïbes, alors annexée par le Danemark.  Le comptoir danois accueille les familles juives chassées par les pogroms et des esclaves  à qui la couronne a rendu leur liberté. 

Y vit une femme libre, rebelle, volontaire: Rachel  Manzana-Pomié. Fille de Moïse et Rachel, elle grandit entre les livres de son père, une mère amère et les esprits vaudous.

Veuve à 29 ans et mère de sept enfants, quatre qu’elle a eus avec Isaac, son défunt époux, et trois d’un premier lit de ce dernier. A la mort d'Isaac, elle reprend l’affaire familiale, bien qu’à l’époque son état de femme juive s’y oppose. Elle fait venir son neveu par alliance, Frédéric Pissarro, de sept ans son cadet, pour l’aider dans l’entreprise. 

Ils tomberont éperdument amoureux, se mettant ainsi au banc de leur communauté, et auront ensemble trois enfants dont Camille Pissarro, le  peintre. 

En filigrane de la vie de Rachel, on suivra celle de Jestine, son double, fille d’esclave tout aussi déterminée.

POINTS FORTS

 Pour qui connait les îles tropicales, la force du récit d’Alice Hoffman est très certainement dans ses descriptions d’une nature luxuriante. Les couleurs, les odeurs, les bruits , tout ce que Camille Pissarro transcrira dans ses tableaux y est. 

La vie romanesque et  colorée de Rachel, son destin incroyable, la volonté farouche de cette femme qui transcende tous les interdits, balaye l’idée trop répandue de la vie lascive  des îles. 

On suivra avec intérêt  ces colonies juives qui transportent d’exils en exils leur rites, leurs observances, leurs traditions. Tout comme la vie de ces esclaves, affranchis mais si peu libres, qui opposent leurs pratiques ancestrales à la rationanilté qu’on veut leur imposer.

Rachel Manzana-Pomié a très certainement sa place dans le panthéon des premières féministes, et on retrouve des similitudes avec Flora Tristan, la grand-mère de Gauguin.  La vie de Rachel fait penser à un tableau du douanier Rousseau: luxuriante et cependant mystérieuse. 

POINTS FAIBLES

 Peut être un tout petit bémol dans l’utilisation trop fréquente de l’invocation des esprits vaudous qui ne cadre pas avec le pragmatisme de l’héroïne. On connaît cette auteure pour son goût du réalisme magique, on échappe pas à ses travers!

EN DEUX MOTS 

Un excellent biopic pour cette fiction historique. A lire un dimanche pluvieux pour se pénétrer de la chaleur des îles.

Je recommande fortement cet ouvrage avant d’aller voir l’exposition de Camille Pissarro, au musée Marmottant . On comprendra mieux comment sa jeunesse à St Thomas a influencé sa peinture. 

UN EXTRAIT

(Page 369) «Néanmoins, je continuais à redouter d’être punie pour mon désir inextinguible de Frédéric. Je repensais à la façon qu’avait eu Dieu de laisser la pluie tomber sur nous le jour où le rabbin avait refuser de nous ouvrir la porte et comment je les avais défiés l’un et l’autre pour obtenir ce que je voulais/…./ Je savais le chaos que j’avais attiré sur mes enfants en refusant de renoncer à Frédéric. Personne n’avait à me dire à quel point j’avais été égoïste. »

RECOMMANDATION : EXCELLENT

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