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"Toutes ces vies jamais vécues" de Anuradha Roy : un beau roman - drames intimes, soubresauts historiques du XXe siècle et univers fascinant de Bali
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"Toutes ces vies jamais vécues" de Anuradha Roy : un beau roman - drames intimes, soubresauts historiques du XXe siècle et univers fascinant de Bali

Anuradha Roy a publié "Toutes ces vies jamais vécues". "En 1937, Gayatri quitte l’Inde pour Bali, dans le sillage d’un artiste allemand, afin de retrouver sa liberté et de se consacrer à la peinture. Elle laisse derrière elle son mari et leur fils de neuf ans."

Marie De Benoist pour Culture Tops

Marie De Benoist est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

 

 

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"Toutes ces vies jamais vécues" de Anuradha Roy

Actes Sud, 320 p.

 

RECOMMANDATION
Excellent


THEME
En 1992 à Muntazir (Inde), Mychkine, horticulteur à la retraite, reçoit  de Vancouver un paquet de lettres écrites par Gayatri, sa mère, à sa meilleure amie de 1937 à 1941. Au lieu de se précipiter sur leur contenu, il se tourne vers son passé pour revivre ses premières années avec celle qui l’a abandonné, alors qu’il n’avait que neuf ans. Il tente de comprendre comment Gayatri en est arrivée là. Adorée par son père, qui lui a inculqué le culte de la beauté des œuvres d’art, elle part avec lui en 1927 à Java et à Bali, où ils rencontrent Tagore, le célèbre écrivain indien, et Walter Spies, un peintre allemand à la personnalité éblouissante. Mais, malheureusement pour elle, son père meurt au retour de ce voyage fabuleux. Mariée trop tôt à un anglo-indien, elle se sent emprisonnée entre cet intellectuel rigide, plus préoccupé de la libération de l’Inde que de celle de sa femme, et son fils qui l’oblige à rétrécir son univers. La réapparition de Walter Spies, accompagné d’une anglaise extravagante, suscite en elle le rêve d’une autre vie. Elle quitte brusquement, à vingt-six ans, son mari et son fils pour suivre celui qu’elle considère comme un génie jusqu’à Bali. Privilégiant sa liberté et sa vocation de peintre, elle suscite la rage désespérée de son fils, condamné pour toute son existence à la solitude des trahis. Mychkine finira par lire ses lettres pour découvrir les vraies raisons de cette rupture et se demander si elle avait trouvé le paradis imaginaire qu’elle espérait tant ?

 

POINTS FORTS
• La personnalité attachante de Mychkine : la cicatrice du départ de sa mère ne s’est jamais refermée, ce manque insupportable le poursuit comme un cauchemar, pourtant il se réfugie dans son passé pour retrouver l’image très vivante qu’il a gardée d’elle, « sa peau dorée, ses yeux bridés à l’air espiègle », et surtout les vibrations mélodieuses de sa voix. Il semble fasciné par son tempérament ardent et impétueux. Ses lettres lui révèleront ses contradictions ; elle est, en effet, tiraillée entre son propre épanouissement par l’art et les remords d’avoir abandonné ce fils, qu’elle dit chérir plus que tout …

• Une galerie de personnages  hauts en couleurs gravite autour de Gayatri et de Mychkine, dominée par Spies, beau et rayonnant, qui voue la même passion à la musique, à la danse et à la peinture qu’à la beauté de la nature végétale ou animale.

• L’auteur nous emmène dans l’univers  fascinant de Bali grâce aux senteurs entêtantes des plantes et des épices, aux sonorités envoûtantes de la musique répétitive et étrange du gamelan et au charme ensorcelant des danses. La liberté, la tolérance et un sens esthétique visible partout caractérisent  cette île, comme en contrepoint de l’Inde. 

• La toile de fond historique enrichit les perspectives de ce récit par l’évocation de la ferveur nationaliste en Inde et, plus largement, par les répercussions de la IIème guerre mondiale dans ces territoires colonisés.  

 

POINTS FAIBLES
• Un roman foisonnant, dans lequel le lecteur peut se perdre.

• Quelques longueurs, en particulier dans les lettres de Gayatri, dont les « jérémiades » peuvent lasser.

 

EN DEUX MOTS
Dans ce roman nostalgique, teinté d’un certain lyrisme, Anuradha Roy entrelace avec talent les drames intimes et les soubresauts historiques, en retraçant  la destinée singulière d’une femme rebelle et moderne, qui a osé braver à la fin des Années Trente les interdits d’une société conformiste, régie par les convenances, mais à quel prix pour son fils !

 

UN EXTRAIT
• Spies : « La vie est un anniversaire permanent. » (p.117)

• « Un de mes grands regrets sera toujours que Mychkine n’ait pas connu mon père – son sens musical, son amour de la peinture, sa façon d’être avec les enfants, sa certitude que j’avais en moi-même une forme d’originalité et de talent. » (p. 230) 

• « Oh, il y a tant de vies possibles ! Je n’aurais jamais dû me marier. Je n’étais pas faite pour appartenir à qui que ce soit, j’avais besoin de liberté, d’être nomade, bohémienne … » (p. 234)

 

L'AUTEUR
Née en 1967 à Calcutta, Anuradha Roy a été journaliste et a fondé avec son mari en 2000 la maison d’édition Permanent Black. Elle a publié en France Un atlas de l’impossible (2011), Les plis de la terre (2013) et Sous les lunes de Jupiter (2017).

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