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"Talents gâchés" : à l’échelle d’une vie, le manque à gagner pour un bac + 5 victime de discriminations est de l’ordre de 230 000 euros
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Bonnes feuilles

"Talents gâchés" : à l’échelle d’une vie, le manque à gagner pour un bac + 5 victime de discriminations est de l’ordre de 230 000 euros

Le constat des auteures de cet ouvrage est sans appel: la discrimination coûte très cher à la société française. Dix milliards d'euros de manque à gagner chaque année, car l'État investit et forme une jeunesse qui, faute d'embauche, ne contribue pas ensuite à produire la richesse du pays. Faute d'embauche, en grande partie due à une discrimination géné­ralisée... Extrait de "Talents gâchés", de Virginie Martin et Marie-Cécile Naves, publiés aux éditions de l'Aube (2/2).

Virginie  Martin

Virginie Martin

Virginie Martin, politologue, est professeure-chercheure à Kedge Business School et présidente du Think Tank Different. Elle a récemment publié, chez le même éditeur, Ce monde qui nous échappe. Pour un universalisme des différences (2015).

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Marie-Cécile  Naves

Marie-Cécile Naves

Marie-Cécile Naves, docteure en sciences politiques,​ est​ chargée de cours à Audencia Nantes​. Son ​dernier ouvrage paru ​est Le nouveau visage des droites américaines. Les obsessions morales, raciales et fiscales des États-Unis (FYP Editions, 2015).

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« En pratique, tous les individus discriminés ne quittent pas le système scolaire sans qualification. Certains atteignent des niveaux de qualification jusqu’à bac + 5 ; en ZUS, ils sont 6,3 % (contre 14,3 % en moyenne nationale).

Ici, les qualifications justifieraient non seulement d’avoir un emploi, mais également une rémunération et un poste correspondant à la hauteur de la qualification. Dans les faits, nos entretiens, et conformément au modèle de discrimination statistique de Phelps (1972), montrent que les victimes de discriminations avec des profils bac + 5 sont très souvent embauchées dans des postes pour lesquels elles sont surqualifiées (bien entendu, ceci n’est pas spécifique aux personnes d’origine étrangère, mais on fait l’hypothèse qu’elles le sont plus), comme dans l’étude empirique de Bertrand et Mullainathan (2003)..

>>>>>>>>>>>>>> Le coût de la discrimination en France : pourquoi nous n'avons pas tous le même "capital humain"

Et, même en période de chômage élevé, le peu de places offertes vont plutôt être offertes à des groupes dont on a une meilleure connaissance ou image ; en d’autres termes en période de chômage le goût pour la discrimination peut être encore plus fort. Partant, un individu d’origine étrangère – tout comme une femme en fait – peut ne pas faire valoir son niveau de diplôme. À titre d’illustration, les conséquences économiques se font alors sentir si l’on prend le cas d’un individu à niveau bac + 5 occupant un poste dans une catégorie bac + 2. Nous avons ici calculé le point de vue de l’agent économique, nous évaluons donc le coût d’opportunité qui se définit par la différence entre le salaire potentiel correspondant à l’évolution du salaire médian d’un bac + 5 et celui d’un bac + 2.

Si l’on se cale sur notre raisonnement, alors, à l’échelle d’une vie, on peut estimer qu’une personne possédant un bac + 5 et ne pouvant faire valoir correctement ses diplômes, le manque à gagner pour un bac + 5 victime de discriminations est de l’ordre de 230 000 euros.

Mais ces différences salariales ont aussi un coût pour l’État et ses rentrées pécuniaires. En effet, du côté de l’État, le coût d’opportunité est la différence entre ce qu’il aurait pu percevoir en cotisations sociales, impôts et TVA d’un salarié recevant le salaire médian d’un bac + 5 et ce qu’il perçoit pour un salaire médian bac + 2. De plus, il faut tenir compte du fait que les études sont un investissement : la différence de coût, pour l’État, entre ces deux formations est de l’ordre de 32 000 euros : c’est autant d’argent perdu si la personne suit une carrière de bac + 2. Le cas le plus extrême impliquerait un découragement débouchant au mieux sur un niveau de productivité plus faible (entretien Mabilon-Bonfils, 2014), voire sur un retrait volontaire du marché du travail.

Nous nous contentons ici de considérer le différentiel de rémunération.

On constate qu’il faut donc près de dix années supplémentaires pour compenser le différentiel de salaire. De plus, sur toute une vie de travail, le manque à gagner pour l’État est de 260 000 euros.

Extrait de "Talents gâchés", de Virginie Martin et  Marie-Cécile Naves, publiés aux éditions de l'Aube, 2015. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

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