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Nouvelle phase de la mondialisation : pourquoi les entreprises vont devoir s’habituer à des taux de marges structurellement faibles
©Pixabay

Voilà, c’est fini

Nouvelle phase de la mondialisation : pourquoi les entreprises vont devoir s’habituer à des taux de marges structurellement faibles

Selon une note de Goldman Sachs, après avoir connu de belles années sous le triple effet de la mondialisation, de la hausse des prix des matières premières et de l'impact des technologies, les marges des entreprises devraient être soumises à de larges pressions en raison de la dissipation des causes évoquées.

UE Bruxelles AFP

Jean-Paul Betbeze

Jean-Paul Betbeze est président de Betbeze Conseil SAS. Il a également  été Chef économiste et directeur des études économiques de Crédit Agricole SA jusqu'en 2012.

Il a notamment publié Crise une chance pour la France ; Crise : par ici la sortie ; 2012 : 100 jours pour défaire ou refaire la France, et en mars 2013 Si ça nous arrivait demain... (Plon). En 2016, il publie La Guerre des Mondialisations, aux éditions Economica et en 2017 "La France, ce malade imaginaire" chez le même éditeur.

Son site internet est le suivant : www.betbezeconseil.com

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Atlantico : Selon une note de Goldman Sachs, après avoir connu de belles années sous le triple effet de la mondialisation, de la hausse des prix des matières premières et de l'impact des technologies, les marges des entreprises devraient être soumises à de larges pressions en raison de la dissipation des causes évoquées. Cette prévision est-elle crédible ? Les entreprises doivent-elles s'attendre à une telle configuration ?

Jean-Paul Betbeze : En fait, nous changeons de monde. C’est ce que je décris dans mon dernier ouvrage La guerre des mondialisations qui vient de sortir chez Economica. La mondialisation s’est développée depuis des années, poussée et accéléré par de grandes innovations (le conteneur, l’ordinateur, Internet pour l’essentiel). Elles permettent de produire plus et mieux, de vendre plus vite avec plus de précision, en fonction des demandes. Avec ces forces, l’activité économique mondiale avance, ce qui n’évite pas les bulles – au contraire. Ce sont les bulles Internet et des subprimes, qui soutiennent ainsi la croissance, un temps, avant d’exploser et de faire choir l’activité. Nous avons ainsi vécu un haut de l’activité partout, jusqu’en 2008 avec la grande crise qui a d’abord frappé les Etats-Unis, conduisant à leur récession et au quantitative easing. Elle s’est partout répandue et nous en sortons à peine et avec peine.

Les mouvements des profits suivent ces évolutions : à la hausse avec l’expansion, en réduction au retournement de l’activité, à la baisse ensuite, et maintenant en remontée. Cette remontée des profits que l’on mesure aux Etats-Unis, en Allemagne ou en Espagne change la donne et force à évoluer, voire muter, partout.

Il n’y a donc pas de baisse des profits dans la valeur ajoutée, mais hausse dans les pays qui s’adaptent mieux et baisse ou faiblesse encore ailleurs. Et, partout, il y a hausse pour les entreprises qui s’adaptent, et baisse pour les autres. La baisse des marges est donc une conséquence des révolutions en cours quand elles ne sont pas intégrées et appliquées par les entreprises assez en amont.

Quelles seraient les conséquences d'une telle faiblesse des marges des entreprises sur l'économie dans son ensemble ? En réaction, pourrait-on prévoir par exemple une faiblesse de l'investissement ? Ou au contraire, une nécessité de favoriser l'investissement ?

La baisse globale (macroéconomique) des marges pèse sur l’investissement et l’emploi, donc sur la croissance. C’est une phase nécessaire à passer, pour déglutir la révolution en cours. Mais encore une fois, c’est là une vision macroéconomique : ceux qui investissent et innovent gagnent, au détriment de ceux qui hésitent ou attendent. La croissance faible dans son ensemble cache en fait des transformations très profondes. Ajoutons que l’investissement lui-même change de nature : il concerne bien sûr les nouvelles technologies, au détriment des anciennes, mais plus encore l’adaptation aux nouvelles en termes de formation et de changement de structures.

L’investissement actuel, celui qui fait et fera la différence, est donc matériel un peu et immatériel surtout. Il implique donc des marges et plus encore des formes nouvelles de dialogue social dans l’entreprise, et de rémunération. Favoriser l’investissement aujourd’hui, c’est donc à la fois permettre des marges par la baisse des charges et par la flexibilité de l’emploi. Il ne s’agit pas de paupérisation, mais de changement profond pour les décennies qui viennent.

De la même façon, quelles seraient les implications concernant les politiques publiques, notamment dans la lutte contre le chômage ? Puisque selon Helmut Schmidt, les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d'après-demain ? Comment les autorités pourraient-elles répondre à un tel défi ?

Le théorème d’Helmut Schmidt doit absolument être adapté : les profits d’aujourd‘hui… liés à l’application des nouvelles technologies et notamment du big data, sont les investissements… matériels et aussi immatériels de demain et d’après-demain, autrement dit de l’emploi… Si la formation est toujours présente dans un climat social renouvelé, le processus fonctionne. On comprend donc qu’il s’agit pour les "autorités" de comprendre ce nouveau monde et d’oser agir, en flexibilisant, pour les entreprises d’avancer, d’expliquer, de convaincre et d’agir aussi pour les salariés, désormais partenaires du changement. Ils en seront les vecteurs. Au fond, ils sont plus que jamais en position gagnante, car l’investissement qui fera la différence, c’est la formation qu’ils recevront, leur capital humain. Dans ce contexte, il faut accepter de changer tous, et de changer aussi nos outils d’analyse. Non, le capitalisme n’a pas perdu de son efficacité ! Au contraire, il devient plus précis et affûté que jamais ! C’est celui de l’information de plus en plus précise. Mais c’est un changement massif qui a lieu, en peu d’années, et partout. Ne pas le comprendre, c’est perdre.

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