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"Nos richesses" : Fraternité et espoir, malgré tout
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"Nos richesses" : Fraternité et espoir, malgré tout

Marie-Christine Lebrun

Marie-Christine Lebrun

Marie-Christine Lebrun est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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LIVRE

NOS RICHESSES

DE  KAOUTHER ADIMI

ED. du SEUIL

224 p.

  17€

RECOMMANDATION 

BON

THEME

Kaouther Adimi nous invite dès les premières pages à découvrir dans la Casbah d’Alger la librairie de prêt « Les Vraies Richesses ». C’est en  1936 qu’Edmond Charlot l’a créée, obtenant de Giono l’autorisation d’appeler ainsi ce modeste local en référence à un de ses récits.

Plusieurs époques et plusieurs narrations s’entrecroisent dans le roman . Les carnets imaginaires d’Edmond Charlot rendent compte de la genèse du projet, de sa réussite, mais aussi des difficultés  liées aux problèmes financiers et aux aléas de l’Histoire. Un récit, contemporain cette fois, et totalement fictif, a pour personnage central Ryad, un étudiant qui ne connaît ni l’Algérie ni la littérature, et pour qui la tâche de liquider la librairie pour la transformer en magasin de beignets ne s’avère pas si facile. Enfin il y a le « nous », celui des Algérois, des Algériens, des « indigènes », ceux qui marchent sur « les chemins imbibés de rouge », ce rouge « qui n’a pas été lavé ».

POINTS FORTS 

- Des portraits fugaces  et saisissants: un journaliste débutant consciencieux et maladroit,  Camus une cigarette aux lèvres corrigeant un manuscrit, Saint–Exupéry fabriquant avec des enfants de petits avions en papier d’argent, Gide dans son costume rouge sombre…

- Un récit extrêmement documenté où l’on croise aussi, entre autres, Soupault, Amrouche, Aron, Roblès, Mohammed Dib, Mouloud Feraoun, Max-Pol Fouchet…

- Le personnage d’Abdallah, qui se promène avec un drap blanc sur le dos, et qui est lié à l’histoire de la librairie.  A l’origine d’un complot pour éviter sa destruction, il aime lui aussi à sa manière les livres…

POINTS FAIBLES 

- Les notes d’Edmond Charlot  sont un peu « sèches » et souvent factuelles.

- Quelques moments forts, mais les pages consacrées à la librairie d’hier et d’aujourd’hui ne suscitent pas vraiment l’émotion attendue.

EN DEUX MOTS

: Quel plaisir de pousser la porte de ce lieu plein de promesses qui est librairie, bibliothèque de prêt, mais aussi maison d’édition, imprimerie, et salle d’exposition ! Un véritable régal en perspective pour les amoureux des livres….Alléchée par ce sujet en or, j’ai été déçue du parti pris de présenter les pensées d’Edmond Charlot sous forme de notes. 

Si Kaouther Adimi fait la part belle à l’imagination, et nous propose de beaux échanges entre Ryad et Abdallah, son récit manque à mon goût de souffle romanesque lorsqu’il relate l’histoire de la librairie . Notre émotion est davantage  sollicitée dans les chapitres consacrés aux souffrances endurées par les Algériens pendant la colonisation et la guerre d’Indépendance.  Quel contraste entre ces pages si dures et le projet d’Edmond Charlot de créer « un lieu d’amitié en quelque sorte avec, en plus, une notion méditerranéenne : faire venir des écrivains et des lecteurs de tous les pays de la Méditerranée sans distinction de langue ou de religion, des gens d’ici, de cette terre, de cette mer, s’opposer surtout aux algérianistes. Aller au-delà ! »(P. 31) !                 

 Puisqu’ « un homme qui lit en vaut deux », espérons que le lecteur saura aller au-delà des rancoeurs et du sentiment d’injustice pour retenir avant tout ce message de fraternité et d’espoir.

UN EXTRAIT 

 « 23 juillet 1935. Retour à Alger après un court retour à Paris. Discussion avec mon père tard dans la cuisine. Je lui ai fait part de ma profonde admiration pour Adrienne Monnier dont j’ai pu visiter l’extraordinaire bibliothèque de prêt La Maison des amis des livres au 7, rue de l’Odéon ». (P.31)

L’AUTEUR 

  Algérienne, née en 1986, Kaouther Adimi est diplômée en lettres et en management des ressources humaines. Elle a obtenu le prix du jeune écrivain francophone de Muret en 2006 et 2008 pour ses nouvelles. Elle publie son premier roman, "Des ballerines de Papicha", aux éditions Barzakh en Algérie en 2010, repris sous le titre "L’Envers des Autres"  aux éditions Actes Sud en 2011. Elle obtient le prix de la vocation, et son second roman, "Des pierres dans ma poche", paraît au Seuil en 2016. 

Avec "Nos richesses", publié aussi en Algérie par les éditions Barzakh, elle a été en lice pour le Renaudot et le Goncourt. 

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