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Mindhunter série Netlfix
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"Mindhunter" de David Fincher : entretiens avec des tueurs en série

La série "Mindhunter" de David Fincher est notamment accessible sur Netflix.

Jean Ruhlmann

Jean Ruhlmann

Jean Ruhlmann est historien et maître de conférences en histoire contemporaine à l'université Lille III et à Sciences Po Paris. Il est également l'auteur de Ni bourgeois Ni prolétaires. La Défense des classes moyennes en France au XXe siècle (Seuil, 2001).

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"Mindhunter" de David Fincher

De David Fincher. D’après les livres de John E. Douglas, scénarisés par Joe Penhall.

Deux saisons (2017, 2019) d’une dizaine d’épisodes (durée : 34 à 72 mn) chacune.

Avec Jonathan Groff (agent Holden Ford), Holt McCallany (agent Bill Tench), Anna Torv (Professeure W. Carr)

 

RECOMMANDATION
Excellent


THEME
 • En ce dernier tiers des années 1970, deux agents – le jeune Holden Ford et le chevronné Bill Tench – qui travaillent au sein de l’unité des sciences comportementales du FBI, sillonnent les États-Unis pour donner des conférences et des conseils aux forces de police locale.

• Interpellés par ces meurtres en série qui défraient de plus en plus régulièrement la chronique depuis les agissements du « fils de Sam » ou de la “famille“ de Charles Manson, ils décident de porter leur attention sur ce phénomène, en collaboration avec W. Carr, une universitaire qui fait ses recherches sur un domaine proche. Le but est de renseigner le plus rigoureusement possible ce type de criminalité, afin de doter une police américaine, souvent désemparée, des moyens d’appréhender et combattre ce fléau.

• Mais chemin faisant, les agents doivent relever divers défis : combattre le scepticisme initial d’une institution policière (le FBI) peu encline à être bousculée dans ses habitudes et ses certitudes ; soutenir et encaisser la confrontation avec les tueurs en série emprisonnés. Mais il s’agit aussi, le cas échéant, de résoudre des crimes pour lesquels les deux agents sont appelés à l’aide par des forces de police impuissantes à comprendre le sens de crimes hors-normes, et donc à identifier et parvenir à faire avouer les auteurs. Ultime défi, et non des moindres pour Ford et Tench : essayer de vivre le plus normalement possible en société, les problématiques familiales, sentimentales et quotidiennes étant aux antipodes des crimes atroces sur lesquels ils travaillent sans relâche, et qui parfois les obsèdent.

La saison 2 a fait l’objet d’une chronique en octobre 2019.

 

POINTS FORTS
 • Le réalisme de la série lui confère une puissance remarquable : on assiste, étapes par étapes, à l’identification d’un phénomène (la criminalité en série) et à la naissance d’une pratique policière nouvelle (le profilage). C’est toute une discipline qui se constitue au fil des épisodes, avec ses enthousiasmes, ses dérapages, ses hésitations et ses obstacles de tous ordres.

• Le décor et l’atmosphère de la fin des années 1970 sont parfaitement restitués, ainsi l’imprégnation d’une morale dominante à base religieuse, qui empêche les proches des agents de comprendre ces derniers, et surtout les divers échelons policiers de saisir les codes et modes de fonctionnement des prédateurs. Rien de clinquant dans le cadre ou le mode de vie des agents Ford et Tench.

• La dynamique d’épisodes qui font alterner les entretiens avec les tueurs, la vie et les difficultés du nouveau service, les tentatives de résolution de crimes restés impunis et le rapport des protagonistes avec leurs entourage respectifs, fournit une multiplicité de points de vue sur cette expérience novatrice que fut l’enquête de profilage et la découverte du phénomène désormais fameux des “tueurs en série“, mine inépuisable pour des fictions souvent très éloignées de la réalité du phénomène montrée ici.

• On ne s’étonnera pas que David Fincher (Seven, 1995) se soit engagé sur le projet Mindhunter, mais cette fois-ci en abordant la thématique du tueur en série de manière moins baroque et tape-à-l’œil. Il n’en reste pas moins que certains des specimen campés ici sont encore plus terrifiants que John Doe (Kevin Spacey) ou Hannibal le Cannibale (Anthony Hopkins) : ainsi Ed Kemper (Cameron Britton), placide géant en apparence, auteur de dizaines d’horribles assassinats sur des étudiantes et pour finir sur sa mère (par qui il aurait dû commencer...), suscite l’effroi sans même lever le petit doigt ou même la voix sur ses interlocuteurs, alors qu’il est en situation de le faire.

 

POINTS FAIBLES
• Je n’en vois qu’un seul, mais il est de taille : l’acteur qui campe l’agent Holden Ford est le sosie de l’actuel président de la République…

 

EN DEUX MOTS
Une plongée passionnante et nullement racoleuse dans les tréfonds psychologiques de l’homme, dont ni les explorateurs ni les spectateurs ne sortent intacts.

 

UN EXTRAIT
 Comment voulez-vous combattre des fous sans les connaître ?  
(Holden Ford à Shepard, son supérieur hiérarchique au FBI)

 

LE REALISATEUR
• La série s’inspire directement du parcours de l’agent du FBI John E. Douglas, qui la relate dans deux ouvrages (Mindhunter : dans la tête d’un profileur ; Le tueur en face de moi). Douglas, né en 1945, entra au FBI en 1970, où il fut successivement tireur d’élite, puis expert dans la négociation de prises d’otages.

• Il intégra ensuite le Centre national d’analyse des crimes violents, pour glisser progressivement de la formation des policiers à la gestion de la prise d’otages vers leur sensibilisation à la psychologie criminelle. Son intérêt pour les tueurs en série le conduisit au profilage de ce type de criminels, dont il devint l’un des pionniers et l’un des spécialistes. Le FBI lui doit divers manuels à destination de ses agents, plus divers ouvrages destinés au grand public.

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