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"Lucrèce Borgia" : et si, Victor Hugo était aussi un grand bonhomme de théâtre !
©operadeparis.fr

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"Lucrèce Borgia" : et si, Victor Hugo était aussi un grand bonhomme de théâtre !

"Lucrèce Borgia", c'est le théâtre de la complexité humaine: peut-on être, à la fois, un monstre et une mère aimante? La pièce a des longueurs mais on se laisse emporter par l'ampleur et le lyrisme du texte.

Rodolphe  de Saint Hilaire pour Culture-Tops

Rodolphe de Saint Hilaire pour Culture-Tops

Rodolphe de Saint Hilaire est chroniqueur pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).

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THEATRE

LUCRECE BORGIA

De Victor Hugo

Mise en scène : Henri et Frédérique Lazarini

Avec : Emmanuel Dechartre, Frédérique Lazarini, Didier Lesour, Marc-Henri Lamande

Et Louis Ferrand, Hugo Givort, Clément Héroguer, Pierre-Thomas Jourdain, Kelvin Le Doze, Adrien Vergnes

 

 INFORMATIONS

Théâtre 14 

 20 avenue Marc Sangnier  

75014 Paris

Réservations : 01 45 45 49 77

www.theatre14.fr

Jusqu'au 1er juillet 

les mardis, vendredis et samedis à 20h30; les mercredis et jeudis à 19h ; matinée, le  samedi à 16h

 

RECOMMANDATION : BON

 

THEME

 Sur la ville de Ferrare, au XVIème siècle, règne la sulfureuse et cruelle Lucrèce Borgia, dont les crimes sont connus dans toute l'Italie du Nord. Femme de pouvoir aux mains tâchées de sang, issue de l'illustre famille Borgia à la sinistre réputation. Elle est surtout l'épouse du puissant Don Alfonse d'Este, encore amoureux de sa femme, malgré sa duplicité, terriblement jaloux car il la soupçonne, à juste tire, d'adultères répétés.

Le dernier soupçon, exprimé par le Duc et révélé ici, constitue le détonateur du drame sanglant qui va se jouer devant nos yeux.

Gennaro, beau et ténébreux jeune homme, venu de Venise avec cinq compagnons, affiche son amour pour Lucrèce, qu'il a rencontrée, masquée, lors d'un bal dans la cité des Doges. Lucrèce, elle aussi, en retour, lui témoigne un amour débordant, dévorant, tremblant. Mais qui est Lucrèce?   Le décor est campé, le drame hugolien se noue, le poison fera bientôt son oeuvre.

Lucrèce Borgia c'est l'histoire d'une mère criminelle et transcendée par l'amour maternel, un amour impossible . C'est aussi le théâtre des sentiments contradictoires, de l'alternance du grotesque et du sublime. Comme l'écrit Hugo dans sa préface : "Dans votre monstre, mettez une mère, et le monstre fera pleurer". Dans cette  pièce mise en scène par H. et F. Lazarini, cet antagonisme fonctionne excellemment jusqu'à la dernière réplique.

 

POINTS FORTS

 1/ La force, l'ampleur du texte, le lyrisme du poète Hugo. C'est "géantissime".

2/ L'émotion créée par les situations conflictuelles et antagonistes, l'intensité dramatique produite par les sentiments exacerbés d'une Lucrèce bouleversante, interprétée par la formidable Frédérique Lazarini

3/ L'interprétation: outre cette dernière, on aime le jeu sobre et la présence de Don Alfonse, interprété par Emmanuel Dechartre. Didier Lesour, dans le rôle de Gubetta, personnage misérable, mi-mendiante, mi-confidente, est remarquable.

 

POINTS FAIBLES

1/ Le dépouillement extrême, voire l'absence de décors

Avec cette mise en scène minimaliste, on ne sait plus très bien où on est, par moments ; on perd ses repères.

2/La lenteur (la longueur ?) du 3ème acte, d'autant que l'on se doute bien du dénouement, malgré l'option choisie par Lazarini (l'aveu de Lucrèce à son fils sera-t-il prononcé ?)
Ainsi le dîner funèbre chez la Princesse Négroni se transforme en une interminable beuverie de six gaillards vénitiens débraillés et vociférant, s'empoisonnant lentement et sans le savoir au vin de Syracuse et au son des chants mortuaires de moines improbables venus d'on ne sait où.

 

EN DEUX MOTS

 Lucrèce Borgia ,c'est l'image d'un "théâtre de la cruauté" qui tend à démontrer, selon la volonté de Hugo, qu'un assassin est toujours un être humain.

"Dans le malheur et dans la violence, l'âme difforme de Lucrèce retrouve une réelle et lumineuse beauté" (Frédérique Lazarini)

 

UN EXTRAIT

 "Il y à deux choses qu'il n'est pas aisé de trouver sous le ciel ; c'est un italien sans poignard, et une italienne sans amant."

 

L'AUTEUR

 On ne présente plus Victor Hugo, tout a été dit et écrit sur le père d'Olympio. Une ou deux précisions :

Après l'immense succès d' Hernani, Victor Hugo, à trente ans, écrit deux pièces, mises en scène la même année (1832). L'une est interdite par le pouvoir royal ("Le roi s'amuse"), l'autre, "Lucrèce Borgia", écrite pour des raisons politiques et sociales, a été qualifiée de "la plus puissante du poète", par George Sand. 15 ans après, Hugo fut élevé à la pairie avec le titre de Vicomte Hugo. Titre de la presse : "Victor Hugo est mort, saluez le Vicomte Hugo, pair lyrique de France !".

En 1885, l'auteur de Ruy Blas et de Notre Dame de Paris,  après avoir été proscrit pendant 20 ans sous l'Empire de "Napoléon le petit", a eu les honneurs de funérailles nationales dont on parle encore et qui réunit, dit-on, 1 million de personnes éplorées.

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