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"Les enfants du silence": un superbe hymne à l'amour
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"Les enfants du silence": un superbe hymne à l'amour

Par crispation sur leur identité et réflexe d'autodéfense, les sourds et les malentendants peuvent-ils refuser d'améliorer leur communication avec les autres, au risque d'empêcher l'épanouissement d'un grand amour? C'est le thème des"Enfants du silence", pièce initiatique qui ne laisse pas indemne.

Jacques Paugam

Jacques Paugam

Jacques Paugam est un écrivain et journaliste français. Très impliqué dans le domaine de la culture, il a produit et animé de nombreuses émissions et chroniques pour la télévision, la radio et la presse écrite. Il est le cofondateur du site Culture Tops, partenaire d'Atlantico.

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THEATRE
 
Les enfants du silence
de Mark Medoff
Mise en scène: Anne-Marie-Etienne
Avec la troupe de la Comédie-Française: Catherine Salviat, Alain Lenglet, Coraly Zahonero, françoise Gillard, Laurent Natrella, Elliot Jenicot, Anna Cervinka
 
INFORMATIONS
 
Théâtre Antoine
14 Bd de Strasbourg
75010 Paris
du mardi au samedi, à 21H; dimanche, à 15H
jusqu'au 26 février
Réservations: 0142087771
 
L'AUTEUR
 
Mark Medoff est un auteur américain à qui on doit une trentaine de pièces. Mais c'est "Les enfants du silence", pièce créée en 1980, qui l'a rendu célèbre.
C'est une oeuvre qui a porté chance à ses interprètes féminines, soit au théâtre, soit au cinéma dans l'adaptation qui en a été faite par Rand Haines, en 1996, avec dans les rôles principaux William Hurt et Marlie Matlin qui devint, grâce à ce film, la plus jeune comédienne à remporter l'Oscar de la meilleure actrice.
Et, en 1983, lors de l'adaptation théâtrale en France, la comédienne Emmanuelle Laborit, sourde de naissance, reçut le Molière de la révélation théâtrale pour son interprétation du rôle de Sarah.
 
THEME
 
 A travers une histoire d'amour entre Jacques, orthophoniste, et Sarah,qui choisit de devenir femme de ménage dans l'Institut où elle a été élève, cette pièce développe trois grands thèmes:
- la place des sourds et mal entendants dans notre société, et l'accueil qui leur est réservé.
- leur volonté ou non d'être traités comme les autres et d'entrer en communication avec eux.
- la capacité de l'amour à surmonter les différences d'âge, de niveaux professionnels et d'idées.
 
POINTS FORTS
 
1 Bien entendu, il convient de saluer la performance technique des comédiens qui semblent maîtriser, avec une parfaite assurance, le langage des signes.
2 On assiste à une pièce de théâtre mais ce qui domine, c'est l'impression que l'on est dans la vraie vie, que l'on entre dans l'existence de ces personnages qui sont sur scène, qu'on pourrait être un parent, un ami.
3 Ce petit miracle de l'authenticité d'un texte est soutenu par un découpage très rythmé, en scènes très courtes, du moins dans les deux premiers tiers de la pièce.
4 Soutenu également par une mise en scène très sobre.
5 Par un décor assez froid et très habilement mobile.
6 Par des jeux de lumière d'une subtilité saisissante.
7 Et, surtout, par une interprétation collective qui fait, une fois de plus, honneur à la Comédie-Française.
   J'ai été particulièrement frappé par le jeu de Laurent Natrella, dans le rôle de Jacques, l'orthophoniste. Il est "là", d'une simplicité désarmante, avec une vitalité et une authenticité dont on s'étonne qu'elles ne parviennent pas, à elles seules, à renverser plus vite des montagnes.
 
POINTS FAIBLES
 
Jean Dalric et Jacques Collard ont réalisé un remarquable travail d'adaptation et d'élagage du texte. Mais ils auraient pu élaguer encore plus dans toute la dernière partie, où s'étalent les revendications institutionnelles virulentes de certains sourds à l'égalité et à la différence.
Ceci est peut-être socialement et politiquement compréhensible mais ça vient "plomber" tout le processus, si magistralement agencé jusque là, de la construction d'un couple, dans la découverte progressive de l'autre et l'évolution de soi, à travers l'acceptation des différences de cet autre. Il y'a là, à mon sens, un bon quart d'heure de trop.
 
EN DEUX MOTS
 
Ou plutôt trois observations:
1 Il s'agit donc de la reprise dans un théâtre privé d'un spectacle présenté à la Comédie-Française et dont j'avais eu l'occasion de dire tout le bien que j'en pensais, à sa création, au printemps 2015.
   Saluons, à la fois, cette coopération pragmatique entre secteur public et secteur privé et l'audace de l'Administrateur du Français, Eric Ruf, d'avoir accepté qu'une création de la Grande Maison puisse être confrontée au jugement d'un public plus large, dans des conditions ordinaires de représentation.
   Personnellement, il m'a semblé que la troupe du Français jouait admirablement le jeu, si j'ose dire, en s'accordant peut-être plus de liberté, ce qui, en l'occurrence, se révéle bien venu; et que le public -on pouvait s'y attendre- réagissait avec encore plus de naturel.
En clair, le spectacle gagne en spontanéité ce qu'il perd en solennité.
2 Pourquoi ne pas le dire, j'ai personnellement vécu cette représentation comme une sorte d'exercice initiatique dont j'avais l'impression qu'il allait enrichir ma perception du monde et de la vie. Ce n'est pas rien...
3 Vous n'oublierez pas de sitôt la dernière minute, petit miracle de profondeur et d'infinie délicatesse.
 
UN EXTRAIT
 
Qui seront deux:
- "Etre sourd, c'est un silence rempli de bruit".
- " Mes yeux sont mes oreilles".
 
RECOMMANDATION : EN PRIORITE
 

 

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