"Le Petit polémiste" de Ilan Duran Cohen : en l’an 2030, un monde parfait où l’on meurt d’ennui. Une farce tragi-comique décevante | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
Le petit polémiste Ilan Duran Cohen
Le petit polémiste Ilan Duran Cohen
©

Atlanti Culture

"Le Petit polémiste" de Ilan Duran Cohen : en l’an 2030, un monde parfait où l’on meurt d’ennui. Une farce tragi-comique décevante

Ilan Duran Cohen a publié "Le Petit polémiste" aux éditions Actes Sud.

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Laroque Latour est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.

Voir la bio »

"Le Petit polémiste" de Ilan Duran Cohen 

Actes Sud - 302 pages - 20.00 €

RECOMMANDATION
A la rigueur

THEME
Alain Conlang, minable « polémiste assermenté reconnu d’utilité publique », exerce une verve très surveillée sur une télé périphérique. Un soir qu’il a bu, il se laisse aller dans un dîner mondain à tenir des propos misogynes, aussitôt dénoncés par tous les convives. Dans une société soumise à la dictature du politiquement correct, c’est le commencement d’une descente aux enfers : le procès qui lui est intenté par l’administration entraîne la dégradation de son crédit social (Mapping) et celui de ses proches, lui faisant enfin prendre conscience de son total manque de liberté.               

POINTS FORTS
Le monde de 2030 a réalisé toutes les lubies de nos Associations écologistes ou féministes et l'État veille au bien de tous en taxant les « attitudes inappropriées »

La terre est sauvegardée au prix d’une décroissance radicale. Tout achat est soumis au rationnement : tickets pour la viande et l’alcool, recyclage systématique des vêtements, cheveux courts ou rasés pour économiser l’eau des shampoings… La planète, redevenue saine, est désormais l’entité suprême et l’on ne sait plus le nom de Dieu.

La décentralisation effective demande trois heures de train pour la moindre démarche.

L’obésité est interdite sous peine de pose obligatoire d’anneau gastrique ou de taxe sur le surpoids.

L’algorithme de l’Etat règle les rencontres et forme les couples.

L’égoïsme sous le nom de bien-être personnel est érigé en vertu.

La transition sexuelle est encouragée et fêtée comme un mariage ; Benjamin devient Benjamine sous les applaudissements de sa femme et de ses filles.

Les femmes sont fortes, les hommes sont faibles.

Le séparatisme est mené à bien :  les Arabes dans le territoire autonome de Marseille, les Juifs dans un ghetto à Paris (Ruben, qui veut en sortir, doit signer une décharge à l’État en cas d’agression antisémite).

Le « Mapping », crédit social alimenté par la délation, note sur le Net les faits et gestes de chacun.

C’est le monde parfait d’Alain Conlang et c’est un monde où l’on meurt d’ennui.

POINTS FAIBLES
-Ce roman mal construit dans un style bâclé s’apparente plus à la facétie qu’à la littérature.

-La transcription de Big Brother dans notre réalité -soit le système de Crédit Social, dont le but est de noter les citoyens via les réseaux sociaux pour punir les comportements inciviques ou accéder à des privilèges- existe déjà en Chine depuis 2014 (une mauvaise note peut même y interdire de prendre l’avion ou le train).

D’autre part, l’épisode de la série Black Mirror intitulé « chute libre » qui a été diffusé sur Netflix en 2016 traite le même sujet. Si le concept de « Mapping » de Duran Cohen relève d’une bonne documentation, il n’a rien d’une géniale anticipation personnelle comme on pourrait le croire un peu rapidement.

EN DEUX MOTS
 Cette farce tragi-comique, sensée se passer dans une dizaine d’années, est assez dérangeante dans la mesure où elle paraît souvent furieusement actuelle. Mais, une fois passé l’étonnement ravi suscité par certaines trouvailles à peine exagérées, on se lasse un peu de facilités récurrentes et somme toute prévisibles.

UN EXTRAIT
J’aurais dû renouveler mes lunettes et m’occuper de mes dents tordues avant ce dîner fatal. La Sécurité Sociale a décidé de m’infliger un malus de moins 60% sur tous mes futurs remboursements. Je ne dois plus tomber malade et avec l’aide de… de… de Dieu, j’éviterai les accidents majeurs. (p.258)

L'AUTEUR
Ilan Duran Cohen, né en 1963 en Israël, est un réalisateur, producteur, scénariste et romancier français qui a étudié le cinéma à la New York Film School. Il a réalisé deux courts-métrages et, en 1991, son premier long-métrage Lola Zipper. Il signe aussi la réalisation d'un documentaire Black Cow Boy.

Il décide d’arrêter momentanément la mise en scène pour se consacrer à l’écriture et, en 1997, son premier roman, Chronique alicienne, est publié aux éditions Actes Sud. En 1999, paraît Le Fils de la sardine chez le même éditeur.

En 2006, il a réalisé le téléfilm Les Amants du Flore qui présente de façon inhabituelle le couple mythique Jean-Paul Sartre-Simone de Beauvoir lorsqu’ils étaient étudiants.

Après s'être fait plus discret ces dernières années, Duran Cohen revient en cette rentrée littéraire avec ce roman « d'anticipation (?) ».

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !