"Le clitoris, dernier modèle de Toyota" ou la preuve de la facilité avec laquelle on peut berner les médias et leurs lecteurs | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Media
"Le clitoris, dernier modèle de Toyota" ou la preuve de la facilité avec laquelle on peut berner les médias et leurs lecteurs
©

Editorial

"Le clitoris, dernier modèle de Toyota" ou la preuve de la facilité avec laquelle on peut berner les médias et leurs lecteurs

Le site français d'information parodique "Le Gorafi" a réussi à piéger l'agence de presse italienne ANSA avec un article prétendant que 89% des Français pensaient que le clitoris était un modèle de Toyota.

Pierre Guyot

Pierre Guyot

Pierre Guyot est journaliste, producteur et réalisateur de documentaires. Il est l’un des fondateurs et actionnaires d’Atlantico.

 

Voir la bio »

« Pôle Emploi : Un autre bug aurait permis à des demandeurs d’emploi de trouver du travail », « Jean-Luc Mélenchon se justifie après l’achat d’un jet privé par le Parti de gauche », ou encore « Paris : le serveur aimable était en fait un imposteur », voilà quelques-uns des articles que les lecteurs, souvent totalement fans de ces enquêtes foutraques, peuvent apprécier dans Le Gorafi, site internet né selon ses créateurs « après un conflit d’intérêts avec les créateurs du Figaro en 1826 ».

Ce site « d’information de sources contradictoires » est évidemment un immense canular, mais dont la forme reprend si bien les stéréotypes des médias en ligne actuels qu’il est capable, à l’instar du Canada Dry avec le whisky, de se faire passer pour un réel pourvoyeur d’informations et de tromper les naïfs. Pour preuve, Le Gorafi a consacré la semaine dernière un article hilarant à une soi-disant enquête d’opinion démontrant que 89% des hommes pensaient que le clitoris était un modèle de Toyota… Délire aussitôt repris comme une information sérieuse par la très officielle agence de presse italienne ANSA, puis par le quotidien Corriere della Sera dont les lecteurs ont ainsi appris que les hommes français, pourtant sérieux rivaux des ténébreux séducteurs italiens dans l’imaginaire collectif international, étaient convaincus que l’organe féminin était une automobile.

Le phénomène n’est pas nouveau. Dans les médias, le principe de la « boule de neige » a toujours existé : une information est traitée par un journal, puis par un autre qui découvre cette info dans le premier et ainsi de suite, faisant de cette façon grossir l’importance médiatique de l’évènement, parfois sans trop de contrôles ni de vérifications…

De même, les parodies de journaux sont presque aussi anciennes que la presse elle-même et l’illusion du vrai dans des pastiches particulièrement réussis a déjà trompé l’opinion publique et le monde de la presse. A la fin des années trente, la géniale supercherie d’Orson Welles sur CBS, « La guerre des mondes », inspirée du roman éponyme, avait convaincu des milliers d’américains et de nombreux journalistes que les martiens étaient réellement en train de débarquer sur terre. Les « college parodies », fanzines américains des années 50 et 60, ont également su duper les lecteurs les plus ingénus. En France, le groupe Jalons, créé par les frères Telenne, leurs épouses et amis (plus célèbre sous leurs pseudonymes Karl Zéro, Basile de Koch, Daisy d’Errata ou Frigide Barjot) a publié les très réussis « le Cafard acharné », « L’Aberration » ou « Coin de rue – Images immondes ».

Les progrès technologiques et internet éclairent néanmoins ces bonnes blagues d’un jour nouveau. Les technologies numériques, parce qu’elles permettent chaque jour de singer un peu plus efficacement le réel, notamment via le truchement des images. Internet, parce que l’ampleur de la diffusion de cet outil, ajoutée au manque de recul et d’expérience (et donc de précaution) lié à son utilisation en font un enjeu de démocratie majeur.

Quand le reportage fait rêver des hommes qui espèrent pouvoir s’asseoir au volant de la dernière clitoris, c’est drôle (« quoi que », rétorqueront les chagrin(e)s…). Quand il s’agit des informations et des vidéos qui prétendent prouver que les armes chimiques ont été utilisées par tel ou tel camp, ça l’est d’un seul coup beaucoup moins.

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !