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Les opéras français sont rarement joués à Paris, et quand ils atteignent ce niveau, il faut y courir...
Les opéras français sont rarement joués à Paris, et quand ils atteignent ce niveau, il faut y courir...
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"Le Cid" au Palais Garnier : si, Massenet est un grand créateur d'opéra

Jamais joué à Paris depuis 1919, l'opéra de Massenet, "Le Cid", est, 96 ans après, superbement repris au Palais Garnier.

Thème

Rafraichissons nos souvenirs : nous sommes en Espagne à la fin du XIe siècle, Rodrigue, un soldat qui s’est illustré dans les guerres de reconquête de l’Espagne, ce qui lui a valu le surnom du Cid (le victorieux), est promu Chevalier par le roi. A ce bonheur s’ajoute la perspective d’épouser Chimène, la fille du Comte de Gormas.

Malheureusement, l’offense que subit Don Diègue, père de Rodrigue, giflé par le comte de Gormas, remet tout en cause : Don Diègue, militaire vieillissant, demande à son fils de le venger et de tuer l’offenseur. Ce qu’il fera, au risque de perdre Chimène .

Cet opéra a été créé il y a 130 ans pour le palais Garnier, qui venait d’être construit. La dernière fois qu’il a été joué à Paris, c’était en 1919... Grâce à l'opiniatreté de Roberto Alagna, il a été produit en 2011 à Marseille, avant de l'être enfin à Paris en 2015. Peu d’opéras de Massenet ont cette chance !

Points forts

- Quel plaisir de retrouver une intrigue qui a du sens ! Quel plaisir d’écouter les vers de Corneille et la belle musicalité de la langue française ! Le Cid rassemble tous les ingrédients du roman de cap et d’épée : l’héroïsme, le sens de l’honneur, le duel et la grande aventure militaire et humaine, le sentiment amoureux : quel bonheur !

- La musique de Massenet, de très bonne facture, est à la hauteur : elle évolue entre fougue de jeunesse et maturité, entre honneur et amour : Rodrigue dans les mains de Massenet passe de l’héroïsme du guerrier vainqueur à la fragilité, au moment ou il prend la décision de venger son père et de perdre celle qu’il aime. Il incarne toutes les facettes du héros.

- On ne pouvait rêver mieux pour transcender Corneille et Massenet que Roberto Alagna : il est Le Cid, d’une élocution parfaite, avec son physique de conquérant, en vaillant chef de guerre comme en amoureux qui souffre. Il nous fait vibrer, il nous émeut quand il entonne "ô jour de première tendresse" et plus encore, dans son monologue adressé à Saint Jacques, "ô souverain, ô juge, ô père", avant la dernière bataille, quand il cherche l’aide divine pour affronter les Maures.

- L’atout maitre de ce spectacle est une interprétation proche de l’idéal : dans la fosse, Michel Plasson distribue avec goût les subtiles nuances de l’Opéra de Paris; le petit rôle de l’Infante bénéficie de la présence radieuse d’Annick Massis; le roi, de Nicolas Cavallier; le comte de Gormas, père de Chimène, de Laurent Alvaro; et le don Diègue, de Paul Gay. Ils se révèlent tous parfaits de tenue, de justesse dramatique et de style.

- La mise en scène "classique" reste fidèle à l’histoire, on ne peut que s’en féliciter et elle met en exergue le jeu des chanteurs ; l’adaptation aux années 1940, en plein franquisme naissant, ne gâche rien et permet quelques jolis tableaux d’une grande élégance : le tremblement des éventails des femmes dans les gradins, les scènes de liesse avec les drapeaux espagnols célébrant la victoire… l’esthétique de l’image doit aussi beaucoup à l’éclairage de Vinicio Cheli qui sait créer des atmosphères.

- Et cerise sur le gâteau, Le Cid se joue à l’Opéra Garnier. C‘est un plaisir de s’y retrouver pour cette soirée très française...

Points faibles

Un seul bémol : on aurait pu imaginer une Chimène plus élégante, de port et de voix, que celle de Sonia Ganassi, pour former le couple de rêve avec Roberto Alagna.

En deux mots...

Une soirée très française tout à fait réussie.

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Infos et réservation

Le Cid, de Jules Massenet. Livret d’Adolphe d’Ennery, Louis Gallet et Edouard Blau d’après la pièce de Pierre Corneille.

Opéra de Paris, Palais Garnier.

ATTENTION : dernière représentation le 21 Avril 2015.

Réservation : 0 892 89 90.

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