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"L'Europe est de retour" : le prix Nobel de l'économie Paul Krugman en est-il vraiment un ?
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Bonnes feuilles

"L'Europe est de retour" : le prix Nobel de l'économie Paul Krugman en est-il vraiment un ?

Économistes, financiers, ministres… les experts n’ont rien vu venir, et pourtant ils continuent de nous asséner leurs prévisions avec un aplomb incroyable. Plus grave encore, ils persistent dans l’erreur. Extrait de "Le bal des aveugles", de Michel Turin, publié aux éditions Albin Michel (2/2).

« L’Europe est de retour » : bonne nouvelle ! C’est écrit dans le New York Times. L’éditorial du 11 janvier 2008 autorise tous les espoirs : non seulement « l’économie européenne se porte bien », mais les États-Unis seraient bien inspirés de prendre l’Europe pour modèle.

L’auteur de l’article n’est pas un simple rubricard de service. Il s’agit de Paul Krugman, autre Prix Nobel (en 2008), professeur d’économie et de relations internationales de renom à l’université de Princeton aux États-Unis. Penseur influent (son compte Twitter est suivi par plus d’un million de « followers »), il tient une tribune dans le New York Times depuis 1999. Ses commentaires sur son blog, The Conscience of a Liberal, ainsi que ses nombreux articles, constituent la bible des économistes libéraux, au sens américain du terme. Aux États-Unis, un libéral se situe à gauche.

Mais patatras, tout s’effondre : quelques mois après la parution de l’éditorial emphatique, le Premier ministre grec Georges Papandréou arrive au pouvoir, en octobre 2009. Il découvre que la dette publique du pays équivaut à 115 % du PIB. La Grèce est en faillite. C’est le point de départ de la crise dite de la dette « souveraine ». Elle n’a pas été loin d’emporter la zone euro. Quant à l’expression utilisée par le chroniqueur vedette du New York Times, le comeback, elle paraissait beaucoup mieux décrire six ans après la situation de l’économie américaine que celle de l’économie européenne. Le taux de croissance des États-Unis était, début 2014, de 2,8 %, tandis que celui de la zone euro ne dépassait pas 1,1 %. La Commission européenne, fin 2013, table, dans un élan d’optimisme, sur une croissance de 1,5 % en 2015.

En octobre 2011, Paul Krugman change brutalement son fusil d’épaule : « La triste vérité est que le système euro semble de plus en plus voué à l’échec. Et une vérité encore plus triste est que, vu comme le système se comporte, l’Europe se porterait sans doute mieux s’il s’écroulait plutôt aujourd’hui que demain. » En fait, Krugman n’a jamais rien compris à l’Europe. Il a prédit le retour du vieux continent et s’est trompé. Il a alors prédit la dissolution de la zone euro et s’est de nouveau trompé. L’historien britannique Niall Ferguson, professeur à l’université Harvard et à l’université d’Oxford, lui reproche de ne pas avoir vu venir « la réaction en chaîne qui a donné lieu à la crise mondiale ». Il relève que Paul Krugman a pronostiqué « l’explosion imminente de la zone euro à onze reprises entre le mois d’avril 2010 et le mois de juillet 2012, alors que non seulement l’explosion ne s’est pas produite, mais que la zone euro a accueilli la Slovaquie en 2009, l’Estonie en 2011 et la Lettonie en janvier 2014 ».

L’affrontement idéologique permanent entre les deux hommes, par sites Internet interposés, tourne au crêpage de chignon. Les noms d’oiseaux pleuvent dans les tribunes où chacun dit tout le mal qu’il pense des analyses de l’autre. Paul Krugman traite le professeur de Harvard de « poseur », de « geignard », de « troll ». Niall Ferguson se moque de « l’invincible Krugtron », faisant référence au film de science-fiction américain Tron. Les précédentes prophéties de Paul Krugman ont beau avoir été démenties par les faits, il ne se décourage pas pour autant. Il ne rate pas une occasion de se livrer à une nouvelle prédiction. Début janvier 2014, réagissant au virage social-démocrate de François Hollande, il prononce la faillite de la gauche et du centre-gauche dans les pays européens. Il écrit que le président de la République française s’est rangé à « des politiques économiques de droite pourtant discréditées ». François Hollande, disait-il alors, est « tombé dans la posture habituelle, une posture qui se transforme désormais en effondrement intellectuel. Et c’est ainsi que la seconde grande dépression de l’Europe va continuer ». Ce qui a suivi – une reprise réelle en Europe et une dépression persistante chez nous – lui a d’ores et déjà donné à nouveau tort.

Lors du Forum économique mondial de Davos, en Suisse, rendez-vous annuel incontournable des grands patrons et des dirigeants politiques du monde entier, le PDG français du cabinet de conseil Accenture, Pierre Nanterme, évoquait, début 2014, un calendrier très différent de celui arrêté par Paul Krugman six ans auparavant : « Si l’Europe ne prend pas des positions radicales dans les douze ou vingt mois, ce ne sont pas cinq ou dix ans de croissance atone que nous aurons, mais vingt ou vingt-cinq ans2. »

Extrait de "Le bal des aveugles", de Michel Turin, publié aux éditions Albin Michel, 2014. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

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