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"L’Europe, c’est moi" : le jeu dangereux d’Emmanuel Macron
©LUDOVIC MARIN / AFP

Prétention jupitérienne

"L’Europe, c’est moi" : le jeu dangereux d’Emmanuel Macron

Macron croit pouvoir rejouer le rôle d’unique recours face au chaos populiste… Seulement, Paris n’est pas l’Europe, et Macron joue là un jeu dangereux pour cette Union politique dont il se veut le champion.

Les Arvernes

Les Arvernes

Les Arvernes sont un groupe de hauts fonctionnaires, de professeurs, d’essayistes et d’entrepreneurs. Ils ont vocation à intervenir régulièrement, désormais, dans le débat public.

Composé de personnalités préférant rester anonymes, ce groupe se veut l'équivalent de droite aux Gracques qui s'étaient lancés lors de la campagne présidentielle de 2007 en signant un appel à une alliance PS-UDF. Les Arvernes, eux, souhaitent agir contre le déni de réalité dans lequel s'enferment trop souvent les élites françaises.

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Il n’y a pas qu’en politique intérieure qu’Emmanuel Macron puisse être comparé à OSS 117. Au plan européen, il incarne la caricature de cette arrogance moralisatrice que l’on prête hélas à notre pays. Ainsi, sur l’asile et l’immigration, ce tenant de l’Europe politique devrait se réjouir de tenir enfin un vrai débat qui intéresse tous les Européens. Las, Macron n’a de cesse de dégrader ce débat en le réduisant à une confrontation entre pro et anti-européens. Ainsi, il n’a pas de mots assez durs pour Matteo Salvini - et pourtant, lequel des deux suspend Schengen pour refouler les demandeurs d’asile sur la Riviera, faisant de Vintimille un Calais au soleil ? Macron. Salvini serait-il donc plus “européen” que Macron ? Cherchez l’erreur…

L’erreur réside dans cette prétention jupitérienne à incarner l’Europe : qui n’est pas avec lui est anti-européen. Macron croit pouvoir rejouer le rôle d’unique recours face au chaos populiste… Seulement, Paris n’est pas l’Europe, et Macron joue là un jeu dangereux pour cette Union politique dont il se veut le champion. En effet, si l’UE s'identifie elle-même à une seule ligne politique possible, et si elle discrédite l'asile en le laissant être une filière d'immigration clandestine par son impuissance à rapatrier les demandeurs déboutés, alors l'opposition à cette seule politique pourrait mener au rejet de l’UE dans son ensemble.

Diaboliser ses adversaires ne fonctionnera pas au niveau européen, et Macron va devoir faire face aux contradictions entre Schengen, Dublin et les refuzniks de l’allocation centralisée de réfugiés. Un triangle d’incompatibilités d’où l’on ne sortira que par des rapatriements conséquents - ou par la renationalisation de ces politiques. Car dehors, c’est le vrai monde : plus les positions des Etats seront éloignées sur asile-immigration, moins ces politiques demeureront européennes et plus elle redeviendront nationales.

La question est donc simple : quelle politique voulons-nous mener ensemble ? Distinguer les réfugiés des migrants non éligibles à l’asile, certes - mais encore ? Accueillir d’abord et trier ensuite, ou l’inverse ? Continuer à traiter les demandes en Europe serait tenable si les États d’origine reprenaient leurs ressortissants. Or, les dirigeants africains, par un froid calcul économique d’exportation de la pauvreté, leur refusent les laissez-passer. Ainsi se crée un fait accompli migratoire en Europe, aggravé par les nombreuses possibilités de régularisation, et en France par le droit du sol.

C’est ce fait accompli qui fausse tout le débat, et dégrade la perception des réfugiés, de même que chez Molière les faux dévots nuisent à la piété authentique. Les Européens ne sont pas devenus soudainement hostiles à l’asile : il n’y aurait pas cette crispation si la grande majorité des demandes n’étaient pas infondées, et si leur rejet ne restait pas sans effet.

Cette défiance est aggravée par le discours technocratique selon lequel il est vain de vouloir contrôler ses frontières car les mouvements de population sont trop profonds pour être arrêtés, et qui forge dans l’opinion l’image d’une Afrique réservoir inépuisable de misère. Dès lors, comment croire que les Européens se résignent à leur propre dilution sans réagir ?

Quant à l'Italie, elle était prise au piège d’un contrat qu’elle était seule à honorer, constatant que les autres pays sont “européens” quand il s’agit de lui renvoyer les migrants arrivés par ses ports (Dublin), mais pas pour les laisser circuler sans contrôle (Schengen) et surtout pas pour accueillir les quotas de réfugiés (votés en 2015)... Il est normal qu’elle veuille en sortir en déroutant les bateaux vers d’autres pays de première arrivée.

L’alternative est donc simple pour l’UE : soit elle parvient à contrôler les flux - entrants mais aussi sortants avec les reconduites - soit il faudra mettre fin à l’espace Schengen, car c’est lui qui attire les flux migratoires vers l’Italie ou la Grèce. Il va donc falloir impliquer sérieusement les dirigeants africains, grands absents du récit des migrations alors que leur  malgoverno est un facteur premier de l’exode de leurs populations.  Ici, l’UE pourrait avoir une forte valeur ajoutée, en sortant la France de son huis clos postcolonial avec l’Afrique du Nord et de l’Ouest, et en pesant de tout son poids économique pour inciter ces dirigeants experts en chantage à l’instabilité à devenir des partenaires loyaux. Ces pistes, évoquées par la Commission la semaine dernière, sont la clef pour sortir de l’actuel statu quo, mortifère à tous les égards.

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