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"Grand froid" : plus original, tu meurs ; mais la fin est ratée
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"Grand froid" : plus original, tu meurs ; mais la fin est ratée

Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet pour Culture-Tops

Dominique Poncet est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
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CINEMA

« GRAND FROID » 

de GERARD PAUTONNIER

AVEC JEAN-PIERRE BACRI, ARTHUR DUPONT, OLIVIER GOURMET

 

RECOMMANDATION : BON

           

THEME

Dans une petite ville perdue au milieu de nulle part, le commerce  de pompes funèbres d’Edmond Zweck (Olivier Gourmet) bat de l’aile. Il faut dire que dans ce village du bout du monde déserté par les vivants, les morts se font de plus en plus rares.

L’entreprise ne compte plus que deux employés : l’un, proche de la retraite,  est le bras droit du chef d’entreprise (Jean-Pierre Bacri),  l’autre, encore novice, attend de prendre du galon ( Arthur Dupont). 

Voilà qu’un beau matin de gel à pierre fendre, arrive, enfin, un mort. Il va s’agir de le convoyer jusqu’à sa dernière demeure, dans un cimetière qui va s’avérer introuvable…  Au volant  de  leur  fourgon qui transporte le macchabée, les deux croque-morts vont vivre un inénarrable voyage…

POINTS FORTS

- Ah, mais quelle truculente  histoire que celle de ce duo de croque-morts chargés de convoyer un cercueil sur des routes verglacées et désertes, à la recherche d’un cimetière de campagne introuvable, parce que tellement paumé ! On est à la fois dans un western et dans un road movie. Les chemins se suivent et se ressemblent qui vous font tourner en rond et donc en bourrique. Les rares stations d’essence semblent d’un autre siècle et les brumes étouffent les bruits en même temps qu’elles limitent le champ de vision, empêchant tout repérage. On est  dans un no man’s land, comme suspendu entre terre et enfer, un enfer de neige, de glace et de froid. Forcément on pense à Kafka, et à Beckett, et aux maitres de l’absurde et de l’humour noir. C’est réjouissant.

- Les dialogues aussi sont formidables, qui font mouche à (presque) tout coup. Les écouter vous met dans un état de jubilation irrépressible. Comment ne pas éclater de rire, quand, par exemple, l’un des employés de ces pompes funèbres déclare avec un sérieux d’une sincérité très désarmante : « Je crois que ce qu’il y a de plus difficile dans ce métier, c’est que, quoiqu’on fasse, on arrive toujours trop tard ».

- En matière de distribution, on ne pouvait trouver mieux. Tout en drôlerie ronchonne, ironie bienveillante et mélancolie abyssale, Jean-Pierre Bacri campe un croquemort qui s’imprime durablement dans la mémoire. Avec Arthur Dupont, qui joue son jeune acolyte naïf et inexpérimenté, il compose un tandem aussi poétique que burlesque. Plus ancré, plus terrien, Olivier Gourmet nous régale, comme d’habitude, par son jeu d’une grande subtilité. Aucun de ces trois acteurs cités ne laisse passer la moindre intention du texte. Ca pulse !

Les rôles secondaires sont également d’une belle tenue.

- Quant à la musique, elle évoque à la fois les grands espaces et fait ressortir le burlesque des situations.

POINTS  FAIBLES

Dommage que le film ait un peu de mal à s’installer dans son ton (le burlesque), et dans son style (le road movie). Dommage aussi qu’il ait encore plus de mal à se terminer. Un coup de théâtre, qu’on ne dévoilera pas ici, le fait basculer dans une lourdeur inopportune.

EN DEUX MOTS

On le sait, en matière de cinéma, et même s’il s’agit de chef d’œuvre, il est difficile de plaire à tout le monde. Grand Froid n’échappera pas à la règle. Il divisera. Il sera rejeté par les amateurs de bonnes grosses comédies franchouillardes, mais il séduira sans doute les amateurs de films noirs, et/ou de westerns, et/ou de comédies burlesques, et/ou de road movies , et/ou de films où, comme c’est le cas ici du trio Bacri-Dupont-Gourmet, les acteurs hissent les scénarios sur les grandes hauteurs. Il est également  possible que ce film déçoive à cause de sa fin, qui fait retomber le soufflé, pourtant si bien monté, du scénario. Défaut « véniel » d’un premier film qui, grâce à son script et ses acteurs, aura porté haut l’étendard du loufoque pendant plus d’une heure. Si on devait noter ce Grand Froid, comme une copie, on lui donnerait une note bien supérieure à la moyenne.

UN EXTRAIT

« Ce qui m’a séduit dans le livre de Joël Egloff, c’est l’ absurdité des situations… Je trouvais qu’il y avait dans le ton quelque chose de Beckett. Quant aux personnages, riches et singuliers, j’ai tout de suite eu envie de les voir prendre vie et incarnés par des comédiens ». (Gérard Pautonnier, réalisateur).

LE RÉALISATEUR

Cinéaste autodidacte depuis une dizaine d’années mais  cinéphile depuis toujours, Gérard Pautonnier a été longtemps directeur artistique en agence de publicité. C’est en 2006 qu’il se lance dans le cinéma avec  un court métrage intitulé Chippendale Barbecue, qui obtiendra de nombreux prix. En 2014, il  sort l’Etourdissement, un autre court, inspiré du roman éponyme de Joël Egloff paru en 2005. C’est de la  rencontre entre l’écrivain et le cinéaste qu’est né ce Grand Froid, puisque ce film est tiré de Edmond Ganglion & fils, le livre qu’ Egloff avait fait paraître en 1999.

 

 

 

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