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"Erich Von Stroheim" : entre autres, pour Emmanuelle Béart
©Reuters

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"Erich Von Stroheim" : entre autres, pour Emmanuelle Béart

Danielle Mathieu-Bouillon pour Culture-Tops

Danielle Mathieu-Bouillon pour Culture-Tops

Danielle Mathieu-Bouillon est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).
Voir la bio »
THEATRE
Erich Von Stroheim
de Christophe Pellet
Mise en scène : Stanislas Nordey
Avec Emmanuelle Béart, Thomas Gonzales,
Laurent Sauvage en alternance avec Victor de Oliveira
 
 
INFORMATIONS
Théâtre du Rond-Point
2bis, av. Franklin-Roosevelt 
75008 Paris
Salle Renaud-Barrault
Jusqu'au au 21 mai, à 21h; dimanche, à 15h
Réservation : 01 44 95 98 21 
www.theatredurondpoint.fr 
www.fnac.com
     
 
RECOMMANDATION : BON
 
THEME 
« Elle » est une femme belle et forte, dirigiste, entre deux hommes ; mais il ne s’agit pas de l’éternel triangle amoureux. L’homme (« L’autre »),  qu’elle utilise comme un objet sexuel, est un spécialiste du porno, qui sent que le temps ne tardera pas à anéantir ses talents. L’«Un », est un jeune homme, plus rêveur, qui va alternativement entrer dans le jeu sexuel de cet étrange couple, à l’occasion de  duos successifs.
 
POINTS FORTS
1 – L’« Un »,  très bien interprété  par Victor de Olivera, blotti seul dans un fauteuil, est nu et le restera tout au long du spectacle, sans que ce soit jamais gênant. Cette nudité devient esthétique et symbolique de l’homme nu face à l’univers. Ce n’est certes pas un hasard, s’il s’adresse au public, dès le début, en lui révélant, par une phrase de Schopenhauer, que le couple est impossible, car l’enfant le détruit, mais que l’Homme demeure victime de la pulsion de l’Espèce à laquelle il appartient, qui elle, exige la reproduction.
 
2 - J’ai aimé le texte, même s’il est parfois répétitif, car je l’ai ressenti comme une sorte de parabole philosophique. Nous ne sommes pas ici dans un théâtre psychologique, mais dans la confrontation d’incarnations d’idées, qui donnent à réfléchir.
 
3- J’ai aimé l’élégance de la mise en scène de Stanislas Nordey, qui place ses personnages dans un décor volontairement trop grand pour eux ; Celui-ci est très beau (signé  Emmanuel Clolus), formé d’une immense photos de Lee Remyk  et Mongomery Clift, coupée par l’angle des deux panneaux, qui s’ouvrent en triptyque sur des espaces colorés, (dont un, rouge pompéien, qui n’est pas sans évoquer la Villa des mystères), où ces couples alternatifs vont se retrouver. 
L’ombre tombe à chaque moment où l’acte sexuel va commencer, avec la voix bouleversante de Callas dans « Samson et Dalila », comme une sorte de leitmotiv, qui ponctue la pièce.
 
4 - Emmanuelle Béart, dans une robe noire, est dure et volontaire. Elle traite ses hommes comme ses objets. Elle est archétypale, avec cette force de la femme fondamentale qui intéresse l’auteur. On sent que l’idée d’avoir (à 40ans) un enfant la taraude. Mais ce désir se brise quelque peu, quand, avec violence, elle constate l’irresponsabilité d’engager un autre être à vivre dans ce monde tel qu’il est devenu. La brisure de sa volonté, dans la lucidité douloureuse, est particulièrement touchante.
 
5 – On sent qu’elle s’attache à ce jeune homme nu, dont elle caresse les cheveux, avec lequel elle va pouvoir enfin dialoguer, échanger, ce qui d’une certaine manière la déstabilise. J’ai eu le sentiment qu’elle perdait une partie de sa force en lui avouant son amour ; la comédienne est particulièrement émouvante dans cette mutation. Lui, en revanche, retrouvera son indépendance face à cet aveu. 
 
6 - J’ai aussi aimé cette fuite du jeune homme, qui ne peut se retrouver qu’en se perdant, pour se ressourcer,  au plus profond de la nature, à la fois dangereuse et maternelle.
 
7 -  Les images sont belles et signifiantes. A la fin, « Elle » et « l’autre » sont face à face comme dans un duel. Ils argumentent pour décider ou non de faire cet enfant, avant qu’il ne soit trop tard. Ils savent pourtant que  l’enfant est la mort du couple, car la femme cesse de s’occuper de l’homme pour chérir l’enfant. C’est ce qui était annoncé au prologue. La boucle est bouclée.
 
POINTS FAIBLES
L’auteur  ne fait peut-être pas assez confiance en l’intelligence du public de théâtre qui est différente de celle du public de cinéma. Il aurait pu être un peu moins répétitif et laisser l’intuition guider le spectateur.
 
EN DEUX MOTS
Ce n’est pas une pièce facile, mais j’ai aimé le spectacle. Erich von Stroheim est absent et omniprésent, parce que dans nos références cinématographiques, il est aussi lié aux objets, qu’il trouvait lui-même pour construire ses personnages. On pense à Jouvet « Vous cherchez Erich von Stroheim ? Vous le trouverez au magasin des accessoires ! »
Emmanuelle Béart est la femme éternelle forte et fragile. Le couple, dans la relation sexuelle primaire, engendre le fameux Eros et Thanatos, donc la mort nécessaire et irrémédiable. Quand on comprend dès le début, ce fil d’Ariane tendu par l’auteur, on se laisse guider, en attendant la suite avec curiosité, sans s’ennuyer. Sinon…
 
UN EXTRAIT
« L’un. Tu connais Eric von Stroheim ? Elle. Qui est-ce ? L’un. Un génie. Il a falsifié sa vie comme un vulgaire document. Il l’a falsifié pour s’en sortir. Elle. S’en sortir pour « organiser sa survie » : minable pour un génie. Déshabille-toi. L’un. C’est tout l’effet qu’Eric von Stroheim te fait ? Elle. C’est l’effet que toi tu me fais. »
 
L’AUTEUR
Auteur réalisateur, né en 1963, Christophe Pellet est diplômé de la FEMIS en 1991. Il a publié une quinzaine de pièces chez l’Arche éditeur. Il a reçu le Grand Prix de la Littérature dramatique pour « La Conférence ». Ses pièces sont montées par de multiples metteurs en scène, dont Stanislas Nordey. Egalement cinéaste, il a réalisé six films qui ont fait l’objet d’une rétrospective à la cinémathèque en 2016.
 

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