"Beauté" : le crépuscule d'un "Maître" | Atlantico.fr
Atlantico, c'est qui, c'est quoi ?
Newsletter
Décryptages
Pépites
Dossiers
Rendez-vous
Atlantico-Light
Vidéos
Podcasts
Culture
"Beauté" : le crépuscule d'un "Maître"
©

Atlantico-culture

"Beauté" : le crépuscule d'un "Maître"

Philippe Sollers a sans doute été pendant près de quarante ans l'une des deux ou trois personnalités les plus influentes du monde littéraire. Mais son dernier roman, "Beauté", écrasé sous une culture superficiellement étalée, a, pour l'essentiel, des allures de crépuscule anodin.

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Larocque Latour pour Culture-Tops

Isabelle De Laroque Latour est chroniqueuse pour Culture-Tops.

Culture-Tops est un site de chroniques couvrant l'ensemble de l'activité culturelle (théâtre, One Man Shows, opéras, ballets, spectacles divers, cinéma, expos, livres, etc.).  Culture-Tops a été créé en novembre 2013 par Jacques Paugam , journaliste et écrivain, et son fils, Gabriel Lecarpentier-Paugam, 23 ans, en Master d'école de commerce, et grand amateur de One Man Shows.

Voir la bio »
LIVRE
 
BEAUTE
de Philippe Sollers
Ed.Gallimard
 
 
L’AUTEUR
 
Né à Bordeaux en 1936, Philippe Joyaux, dit Sollers, devient célèbre à 22 ans avec la publication d’un  roman de facture classique, «Une curieuse solitude».
Animateur de  la revue Tel Quel (devenue « l’Infini» en 1982) qui revisite des auteurs controversés (Lautréamont, Bataille, Joyce, Céline, Genet) et publie des écrivains encore inconnus comme Philippe Muray,  Sollers est une figure marquante  du paysage intellectuel et littéraire français, proche qu’il fût d’Althusser, Lacan,  Derrida et  Roland Barthes.
Une grande partie de son œuvre romanesque témoigne d'un rejet des techniques narratives traditionnelles (éclatement des structures, suppression de la ponctuation) et ses études critiques (Céline, Casanova, Fragonard, Mozart…) défendent la conception que la création artistique est une « expérience des limites ».
 
THÈME
 
Le fil rouge de ce «roman» est l’amour que l’auteur porte à Lisa, une pianiste virtuose qu’il retrouve épisodiquement en Grèce, à Paris et dans différentes capitales européennes. Les rencontres sont douces, ponctuées de silences partagés et de bonheurs successifs en communion avec des compositeurs de génie, des écrivains de race, des philosophes légendaires et de grandes figures de la mythologie grecque.
 
POINTS FORTS
 
1 - A la façon des variations de Webern, « Beauté» est conçue comme une sonate, série de notes dissonantes qui finissent par composer une partition à l’image de la vie.
 
2 – Au-delà des recherches stylistiques de ses précédents romans, Sollers en est arrivé à une écriture apaisée qui ne heurte plus le lecteur.
La «guerre» menée par le créatif d’avant-garde laisse la  place au désenchantement du moraliste revenu de l’illusion marxiste et des espoirs suscités par mai 68, de la libération sexuelle devenue pornographie obligatoire et de la transcendance espérée muée en consommation à outrance. «Le sacré est en perdition partout même si, ici ou là, des foules se rassemblent pour en agiter le fantôme » p. 25.
 
3 - De jolis mots sur l’absence qui, contrairement à la mort, permet les retrouvailles «quelle joie de se revoir vivants (…) deux sauvés du néant se retrouvent et s’embrassent» p. 19
 
POINTS FAIBLES
 
1 - Sollers a le génie des considérations  oiseuses et un sens très sûr des citations creuses qui en mettent plein la vue au lecteur  (Sans doute lui doit-on la redécouverte –ou découverte ?- d’Hölderlin par les médias qui nous servent à toutes les sauces sa phrase «Là où croît le danger, croît aussi ce qui sauve»).
 
2 -  Le superficiel chatoyant me semble la marque principale de « Beauté » ; On survole Céline  et Hölderlin,   Webern et Bach,  Pindare et Empédocle, Athéna et Œdipe (et combien d’autres !) avec une anecdote, une phrase, une référence rapide sorties de leur contexte.
 
3 -  La pensée de Sollers s’adosse, comme d’habitude, à  des éléments « auto fictifs » si bien qu’il est parfois difficile de déterminer qui parle, de l’auteur ou de celui qu’il célèbre, dans la grande uniformisation du « Je » ( particulièrement dans le chapitre intitulé Inspiration).
 
EN DEUX MOTS
 
Brillant et dispersé. Ces variations ténues relèvent du touche-à-tout et laissent le lecteur sur sa faim ; une fois le livre refermé il ne reste pas grand-chose sinon la sensation que l’on peut vivre sans avoir lu Sollers.
 
UN EXTRAIT
 
Le texte qui clôt le livre :
« Les principes du calcul infinitésimal » de René Guénon (…) est un livre d’une clarté magistrale sur la confusion philosophique entre infini métaphysique et indéfini mathématique (…) Invisible et imperceptible, ce calcul se poursuit sous le règne de la Quantité, dans lequel la Qualité se fait de plus en plus rare. C’est, comme malgré moi, ce qui a voulu se chiffrer ici."
 
 
RECOMMANDATION :  A LA RIGUEUR
         
 

En raison de débordements, nous avons fait le choix de suspendre les commentaires des articles d'Atlantico.fr.

Mais n'hésitez pas à partager cet article avec vos proches par mail, messagerie, SMS ou sur les réseaux sociaux afin de continuer le débat !